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Réforme électorale: Mission impossible 3

27 janvier 2016, 05:09

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Selon l’auteur, changer de système électoral, même le plus mauvais, peut être difficile si celui-ci sert les intérêts de politiciens soutenus par une fraction de la population ayant une «controlling majority».

L’unique occasion favorable d’appliquer la proportionnelle à Maurice est venue de Banwell. Si un vent démocratique traversait le pays, que la population changeait de comportement, elle pourrait alors forcer l’acceptation de la proportionnelle. «Mais c’est mission impossible, ou presque», estime l’auteur.

Non, il ne s’agit pas de la série télévisée, celle-ci comprenant trop d’épisodes. Il ressemble plutôt à la version film, les longs métrages en nombre plus restreint.

On a eu le premier avec feu Carcassonne et un rapport. Puis, en 2014, un comité pour dépoussiérer le rapport vieux de 14 ans et produire un appât pour sceller une alliance électorale. Aujourd’hui, les moteurs recommencent à tourner. Encore une fois avec un comité qui, comme la bande sonore qui annonce la mission dans le film, va sûrement s’autodétruire dans quelques semaines ou  mois. Le tableau est déjà présenté, il ne nous reste plus qu’à voir les acteurs à l’oeuvre. De vrais artistes qui nous donneront, nous spectateurs assidus, comme d’habitude, le plaisir de l’illusion.

Tout comme dans le film, lorsque la séance sera terminée, on dira que ce fut vraiment une mission impossible car dans la réalité, elle ne pourrait jamais avoir lieu. Mais on aura eu au moins le plaisir, le temps de quelques réunions de comité, de donner aux artistes l’impression d’avoir cru en leur cinéma.

Dans le film, on demande au spectateur d’avoir un sens de l’irrationnel et de ne pas se poser des questions. Il n’a plutôt qu’à suivre l’intrigue. Le réalisateur compte sur la participation du spectateur à un jeu. Il ne le prend pas pour un naïf qui va croire que les prouesses de Tom Cruise et de sa bande sont réelles ou réalisables. Il respecte le spectateur qui est donc averti d’avance que la mission est vraiment impossible.

 

Dans notre film à nous, ce n’est pas tout à fait la même chose. On nous prend vraiment pour des idiots, et on nous fait croire du début jusqu’à ‘The End’ que c’est du réel. Du ciné-réalité. Notre Tom Cruise, suspendu à un fil, glissera d’un trou, fera avaler la réforme électorale aux  ennemis de la proportionnelle, et s’en ira prendre des vacances méritées sur des plages lointaines.

Dans le vrai film, on exclut la possibilité que les méchants à vaincre soient aussi intelligents que Tom Cruise. Dans notre cinéma de réforme, on exclut la possibilité que ceux qui profitent allègrement du système soient aussi bêtes à vouloir le changer.

Dans le film, les techniciens font preuve d’une intelligence inimaginable pour construire l’illusion, à travers masques et autres gadgets, et faire croire aux méchants qu’il s’agit du vrai, et ainsi vaincre leurs mauvais desseins.

 

Dans notre film à nous, nos artistes ont recours aux chiffres, à la statistique, à des théories pour masquer une réalité. Et pourtant, cette réalité est simple à saisir. Elle est faite de l’élément humain. Son abstraction reste le drame de nos tentatives de réformer un système électoral inique.

Les propositions de réforme électorale faites à ce jour reposent sur une définition de la démocratie, essentiellement de souche occidentale, car considérée comme étant la plus représentative des valeurs universelles d’égalité et de justice. Les chiffres et théories avancés s’appuient sur cette définition et focalisent l’attention sur les objectifs à atteindre. Or, pour atteindre ces objectifs, fussent-ils les plus nobles, il faut compter sur les hommes et les femmes qui vont permettre leur réalisation. Occulter le déterminisme humain dans toute tentative de réformer un système qui risque de changer la vie d’une population est voué à l’échec.

Mettre l’être humain au centre n’est pas qu’un simple cliché. Non plus est-il une vague condition d’une quelconque stratégie de changement. En matière de réforme électorale, on ne peut mettre politiciens et électeurs à la périphérie des considérations prioritaires. Ce sont eux, leurs comportements, leurs intérêts, leurs attitudes et leurs émotions qui déterminent si réforme électorale il y aura. On peut avoir le plus mauvais des systèmes d’élections, mais s’il sert les intérêts d’un groupe de politiciens soutenus par une fraction de la population pas nécessairement majoritaire mais ayant une controlling majority, le changement, même s’il est voulu pour des raisons les plus hautes, devient difficile à réaliser. Voire impossible.

Ce n’est pas du fatalisme, c’est un rappel à une simple condition de possibilité d’une quelconque réforme : que la philosophie politique  qui règne dans notre pays évolue. En termes simples, il faut que les politiciens et les électeurs changent de mentalités. Si cela relève de l’impossible, et que le sacro-saint réalisme politique domine les esprits, il y a de quoi parler de fatalité. Sinon, on peut et l’on doit espérer. Pour cela, il nous faut des politiciens et une population qui veulent bien se débarrasser de certains réflexes : pour les premiers, il s’agit des réflexes pouvoiristes, soit prendre ou se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Pour la population, il s’agit de la peur et la nécessité de satisfaire un besoin sécuritaire.

C’est la participation de l’être humain dans le système qui mérite une analyse rationnelle. Les chiffres qui sont versés au dossier de la réforme électorale ne sont que secondaires. Ils servent seulement à expliquer le résultat injuste du système First-Past- The-Post (FPTP).

On s’acharne à démontrer à  tous les coups comment un parti avec moins d’un tiers de votants peut contrôler plus de trois quarts des sièges au Parlement. Mais cette démonstration ne sera jamais suffisante pour convaincre ceux capables de changer le système qu’il y a nécessité de le remplacer par un autre qui réduira leur emprise sur le pouvoir. Ce serait demander à un parti qui règne en maître sur nos destins grâce au FPTP s’il veut que le pays accède à la proportionnelle qui risque de lui grignoter plusieurs sièges de députés.

La mission restera impossible aussi longtemps que persiste l’environnement politique qui nous assiège depuis plus d’un demi-siècle. Dans l’histoire de notre pays, la seule opportunité, désintéressée, d’appliquer la proportionnelle est venue de Banwell. Mais ce fut trop tard, puisque nous étions déjà entrés dans l’ère ramgoolamienne, avec tout ce que cela comportait comme virage comportemental politique dont les effets se sont accentués au fil des années. Ce fut un cycle de notre histoire politique qui démarra lorsque Forget et Seeneevassen approuvèrent la base justificative de l’entrée de Ramgoolam au Parti travailliste, parti que celui-ci avait combattu auparavant.

ET si un vent démocratique traversait le pays, et qu’un souffle nouveau nous signalait un espoir ? Et que la population changeait de comportement ? Elle pourrait alors forcer l’acceptation de la proportionnelle. Une pression, si elle est majoritairement exercée par le peuple, obligerait tout gouvernement à agir dans ce sens. Mais pour que cela advienne, il est long le chemin.

Il est difficile la mission. Mission impossible, ou presque. Il nous reste donc que les politiciens au pouvoir sur qui compter. Eux, ils peuvent apporter le changement. Mais le feront-ils si le système FPTP leur assurait le pouvoir encore dans l’avenir ?

Il faut être naïf pour croire qu’ils sont naïfs. Par contre, s’ils sentent qu’ils vont être balayés par un 60-0, alors, là, la proportionnelle sera leur planche de salut. Mais cette fois-ci, ce serait l’alliance ou le parti qui pense balyer karo qui refusera tout changement au système inique du FPTP.

Ainsi, l’acceptation ou non d’un changement de système électoral se réduit aujourd’hui à une question de spéculation. Les partis misent sur leur capacité de prévoir les résultats des prochaines élections. Dans ce sens, l’appui au changement ressemble à la décision sur les alliances à venir. Tout dépend si le parti est dans une position de force ou non.

Ce qu’il nous faut si on veut vraiment changer, c’est une vraie initiative, sans hypocrisie, pour stopper nos réflexes politiques coupables : une guerre contre ces mentalités qui déconstruisent la nation. Mission impossible 4 ?

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