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Témoignage
Gilberte Chung, survivante du cancer du sein
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Témoignage
Gilberte Chung, survivante du cancer du sein
Une année presque «irréelle» entre examens médicaux, chimiothérapie, radiothérapie et belles rencontres. En rémission d’un cancer du sein, Gilberte Chung raconte son expérience dans un livre : «Cancer du sein Coup de grâce ou moment de grâce Sur le chemin de la guérison».
«Je n’ai pas pleuré un seul moment. Je ne me suis pas demandée pourquoi moi ?» Bien sûr que le jour où le diagnostic tombe, c’est un choc pour Gilberte Chung. Une «masse de sept millimètres dans le sein droit. Cela ne faisait même pas un centimètre». Ensuite, la tristesse est venue. Parce qu’il fallait faire le deuil d’une partie de son corps. Une partie si éminemment associée à la féminité pour celle qui ne cache pas qu’elle est «coquette et un peu ‘alerte’». Un sein associé à la maternité pour celle qui a mis au monde trois enfants. Cela a duré un an, entre examens médicaux, chirurgie, séances de chimiothérapie, de radiothérapie et belles rencontres avec d’autres patientes.
Ce parcours entre «le test de dépistage, le 24 octobre 2023, jusqu’à la dernière radiation, le 22 novembre 2024», Gilberte Chung le raconte dans un livretémoignage. Coup de grâce ou Moment de grâce Sur le chemin de la guérison vient de paraître. Les messages WhatsApp, les pensées profondes, toute une série de témoignages d’autres personnes souffrant de cancer. La parole est aussi donnée au veuf d’une patiente décédée d’un cancer du sein. Tant de parcours croisés pour se fortifier contre la maladie à surmonter.
Deux points cardinaux du récit : s’occuper et ne surtout pas s’isoler. Agée de 62 ans au moment du diagnostic, Gilberte Chung a assuré ses fonctions de directrice du Service Diocésain de l’Education Catholique (Sedec) pendant son année de traitement. Elle qui n’en trouvait pas le temps auparavant, s’est remise à la couture et au crochet pour confectionner – en s’aidant de tutos vus sur Youtube – des prothèses mammaires.
Tout démarre à partir du cercle familial. Le 27 septembre 2023, Gilberte Chung apprend que sa belle-sœur, qui vit au Canada, «souffre d’un cancer invasif du sein» et doit se faire opérer trois jours plus tard. «Cela fait tilt dans ma tête. Je n’ai jamais été faire une mammographie. La mammographie fait toujours peur (…) Au prochain dîner familial, je demande à mes deux sœurs aînées si elles ont déjà fait une mammo. Les deux me répondent oui (…) Je suis la seule à n’avoir jamais fait de test de dépistage. Mon dernier rendez-vous chez le gynécologue datait d’au moins dix ans.»
Rétrospectivement, Gilberte Chung remercie cette belle-sœur «qui est beaucoup plus jeune que moi. Sinon, je crois que je n’aurais pas fait de test». Direction l’association Link to Life pour une échographie mammaire. Suivie de la visite chez le médecin généraliste, qui écrit l’ordonnance pour la mammographie. Puis la rencontre avec le chirurgien, qui explique à la patiente qu’elle est parmi les «3 % de femmes qui viennent le consulter aussi rapidement, à la suite d’un test de dépistage et pour une masse aussi petite que sept millimètres».
Si le rythme du récit est soutenu au cours de cette année mouvementée, en réalité, «j’ai beaucoup hésité» pour ce qui est de la chirurgie, confie Gilberte Chung. Elle prend d’abord le temps de passer des vacances en famille pour an- noncer la maladie à ses enfants, qui vivent à l’étranger. Il n’était pas question de leur parler de cela au téléphone. Puis, début 2024, avec la rentrée scolaire, c’est le temps des obligations professionnelles. Tout cela a été possible parce que le dépistage a été précoce. D’octobre à mars, elle prend aussi le temps de mettre de l’ordre dans ses affaires. Parce qu’inévitablement, elle pense au pire.
Six mois s’écoulent pendant lesquels Gilberte Chung sait qu’il y a «quelque chose en train d’agir dans [son] corps». Elle tourne et retourne une question dans sa tête : fallait-il faire la mastectomie ou pas ? «Pour beaucoup de femmes, c’est la question. Faut-il enlever le tout ? Un seul côté ? Faut-il enlever l’autre sein aussi ? Les médecins disent que les Mauriciennes sont beaucoup plus drastiques. Certaines femmes vont dire : ‘enlevez tout, comme ça c’est fini.» Il y a aussi des questions post-opératoires. «Faut-il une reconstruction mammaire ? Porter une prothèse ? Dans d’autres pays, surtout en Europe, la reconstruction est proposée automatiquement. Ce n’est pas le cas à Maurice.» Ses nombreuses recherches sur le net lui renvoient des images de femmes avec un seul sein ou complètement plates, qui se sont fait faire des tatouages après la mastectomie. Voir d’avance comment on va devenir physiquement était thérapeutique.
Que lui a appris son expérience de la prise en charge locale ? «Les médecins, aujourd’hui, ont une approche plus humaine», constate-t-elle. Elle estime avoir eu la «chance» de tomber sur un chirurgien spécialisé dans le cancer du sein. «À chaque étape, il nous expliquait comment ça allait se passer, à mon mari et moi. Ce premier contact est im- portant. Mais on peut tomber sur un médecin qui ne vous dit rien du tout.»
Qu’en est-il du regard des autres sur les cancéreux ? A-t il évolué ? L’un des passages obligés du traitement c’est la chimiothérapie, la perte des cheveux et d’autres effets secondaires. Quand ses cheveux, qu’elle porte d’habitude courts «tombent par grappes» après la deuxième semaine de traitement, elle décide de se raser la tête. «Et m’amuser avec des turbans. C’était mon new look». Gilberte Chung le reconnaît : «c’est une maladie qui est encore taboue. Il y a plein de femmes qui n’en parlent pas». Mais la société sait reconnaître les signes : à la vue d’une femme au crâne rasé, «automatiquement, on va se dire qu’elle est malade. Qu’elle a un cancer». Les regards étaient pleins d’«empathie» et de «solidarité. Je n’ai pas senti de rejet. Jamais».
Une fois passée la solitude de la chirurgie, vient la chimiothérapie où la patiente se retrouve avec d’autres malades dans une même salle. Elles ne sont séparées que par des rideaux. Les conversations deviennent des confidences. Gilberte Chung a six séances programmées. Elle rencontre tour à tour celle, qui est à sa douzième séance et qui en a 20 au total. Ou cette jeune fille de 18 ans qui en souffre. Elle croise également la «grandmère de 95 ans, qui a un cancer». Ce qui lui permet de relativiser. «Je n’ai pas le droit de me plaindre.» Certaines de ces femmes livrent une parcelle de vécu dans le livre de Gilberte Chung. Une fois les six séances terminées et qu’il fallait subir la radiothérapie, «je n’en pouvais plus. Je voulais en finir le plus vite possible». Tourner la page.
Et maintenant ? Un chapitre s’intitule «Et la vie continue». C’est l’étape de l’hormonothérapie avec un comprimé à prendre tous les jours pendant cinq, sept ou dix ans, «on verra, parce que le cancer que j’ai eu est lié aux hormones». C’est l’étape de rémission. Cela pourrait revenir.
* Cancer du sein Coup de grâce ou moment de grâce Sur le chemin de la guérison de Gilberte Chung Kim Chung. En vente à Rs 200. Disponible chez Link to Life, Breast Cancer Care et la librairie Le Cygne. Les recettes seront intégralement reversées aux deux associations.
Témoigner pour aider
Raconter son expérience à la première personne. Pour Gilberte Chung, «cela peut être bénéfique pour d›autres personnes. Il y a tant de femmes qui passent par là. Moi, je l’ai échappé belle». Son message insiste surtout sur le dépistage précoce. «Je n’ai eu aucun symptôme.» C’est le dépistage qui a détecté la maladie à un stade précoce. Que dit-elle à celles qui redoutent la mammographie ? «Beaucoup de femmes disent qu’elles ont peur de faire une mammographie. Oui, c’est un peu pénible mais c’est une petite seconde de douleur, d’inconfort. Mais au moins vous saurez si vous êtes OK ou pas..» Ce livre n’est pas qu’un témoignage, il est aussi informatif, avec des renseignements sur plusieurs types de cancers.

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