Publicité

Local Government

Gestion des villes : citadins et conseillers réclament du concret

17 août 2025, 12:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Gestion des villes : citadins et conseillers réclament du concret

■Les conseillers de Curepipe ont déjà pris le taureau par les cornes concernant la présence des marchands ambulants, aujourd’hui c’est l’état des routes latérales qui pose problème aux citadins

À quand les amendements à la Local Government Act ? La question revient avec insistance aussi bien du côté des citadins que des conseillers municipaux des cinq villes. Plus de trois mois se sont écoulés depuis les élections municipales, et pourtant, aucune réforme concrète n’a encore été mise en œuvre. Une lenteur administrative qui commence à exaspérer une population de plus en plus vocale.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux habitants partagent leur mécontentement face à la gestion actuelle des villes. Les critiques portent surtout sur l’état des routes, jugé désastreux dans plusieurs régions de l’île. À Curepipe, notamment dans le Ward 1, quartier de Résidence Loiseau, la colère gronde.

Une habitante, excédée, raconte son quotidien marqué par les nidsde-poule : «Vous ne pouvez pas sortir de chez vous tout propre pour aller travailler. Dès qu’une voiture passe, vous êtes éclaboussé de la tête aux pieds. Ici, il pleut plus souvent qu’il ne fait beau, et le chemin est dans un état lamentable», déplore-t-elle dans une vidéo publiée en ligne. Elle ajoute que si la route menant à un morcellement a récemment été asphaltée, son quartier reste, lui, totalement délaissé. Avant de lâcher une pique amère : «Les députés sont bien venus frapper à nos portes pour demander nos votes en novembre dernier. Mais aujourd’hui, où sont-ils ?»

Ce type de réclamation, relayée à répétition, met directement la pression sur les conseillers municipaux. Or, eux-mêmes reconnaissent leurs limites. «Le problème, c’est que beaucoup de décisions dépendent toujours de la haute sphère. Les camions de ramassage des ordures appartiennent au gouvernement, tout comme les recrutements. Nous ne faisons qu’approuver et exécuter quelques tâches mineures, mais rien de vraiment structurant», regrette un conseiller.

Dans les conseils municipaux, les discussions se multiplient avec les députés et ministres pour tenter de clarifier la situation. «Les citadins nous tombent dessus parce que nous sommes leur premier interlocuteur. C’est normal, mais nous aussi, nous attendons des réponses.» Lors de la campagne électorale, les candidats avaient pourtant mis en avant leur proximité avec la population et leur volonté d’améliorer le quotidien. Aujourd’hui, ils se trouvent pris en étau entre des habitants mécontents et une réforme qui tarde à se matérialiser.

Une refonte législative en chantier

En début d’année, un comité ministériel a été mis sur pied pour piloter la réforme de la Local Government Act. Il est composé du ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, du ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, et de l’Attorney General, Gavin Glover.

Jeudi dernier, Ranjiv Woochit a réuni ce comité. Selon lui, beaucoup de lois existent déjà et permettent d’agir. «Que ce soit en matière de santé publique ou de travaux, la loi est claire. Les conseillers peuvent sanctionner les constructions illégales, assurer le nettoyage des marchés ou des chemins. Dire qu’on attend la réforme pour agir n’est pas exact», soutient-il.

Le ministre insiste : les nouveaux élus doivent faire preuve de plus de détermination et de cœur à l’ouvrage. Toutefois, il reconnaît l’existence de problèmes concrets, notamment le manque de camions pour la collecte des déchets. «Autrefois, nous disposions du Renewable Fund qui permettait de renouveler notre flotte tous les cinq ans. Mais ce fonds a été supprimé par l’ancien régime. Aujourd’hui, nous dépendons du ministère des Finances pour acquérir de nouveaux véhicules. Cet aspect fera partie de la réforme», explique-t-il.

Parmi les changements annoncés, l’un des plus notables concerne la tenue des élections municipales et villageoises. Cellesci devraient être inscrites dans la Constitution afin d’éviter les reports successifs. Une évolution qui, selon les autorités, redonnera de la crédibilité au système.

Le chantier, toutefois, est colossal : près de 500 pages doivent être étudiées, avec des recommandations venant de plusieurs instances. La réforme compor tera deux volets, administratif et politique. L’un des exemples cités par le ministre illustre l’urgence de clarifier certaines dispositions : «Aujourd’hui, une contravention de Rs 50 000 peut sanctionner aussi bien la construction d’un simple muret que celle d’un grand immeuble. Ce n’est pas logique. Il faut rééquilibrer.»

Le comité ministériel devrait se réunir de nouveau dans deux semaines pour poursuivre les discussions. En attendant, les habitants continuent de se faire entendre. Les réseaux sociaux servent désormais de caisse de résonance aux doléances, mais aussi de baromètre de la colère. «Cela fait trop longtemps qu’on attend», résume une habitante de Rose-Hill. «Nous ne demandons pas des miracles, mais au moins des routes praticables, des poubelles vidées à temps et des élus qui nous écoutent.» Le message est clair : au-delà des discours et des promesses, ce sont des actions concrètes que réclame la population. La balle est désormais dans le camp du gouvernement et du comité ministériel.

Publicité