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Financer l’avenir, assumer l’Histoire

5 mars 2026, 09:25

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Il y a trois semaines, Navin Ramgoolam laissait filtrer un doute presque intime. «Parfois, j’aurais préféré perdre les dernières élections», confiait-il à voix basse, comme si le poids du 60-0 pesait plus lourd que la défaite. Dimanche, pourtant, à l’occasion des 90 ans du Parti travailliste (PTr), le leader des Rouges a montré un autre visage. Celui d’un chef qui assure qu’il sera là «pandan enn bon letan», qu’il ne compte pas raccrocher et qu’il redressera l’économie, coûte que coûte. Ce n’est plus le ton hésitant entendu le 8 février à Bell-Village. C’est un discours de combat devant ses troupes alors que la rue gronde face aux promesses non tenues.

Ce regain n’est pas anodin. Il intervient à la veille des consultations prébudgétaires, dans un contexte brutalement refermé. Les Rs 10 milliards attendues du deal des Chagos ne pourront être comptabilisées dans le prochain exercice. Les déclarations erratiques de Donald Trump, combinées à l’escalade militaire au Moyen-Orient après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, ont rebattu les cartes diplomatiques et financières. L’argent promis n’est plus une certitude. Il devient une hypothèse.

À cela s’ajoute la menace immédiate : le pétrole. Si le conflit iranien s’enlise, les cours mondiaux grimperont. Pour une économie insulaire, importatrice nette d’énergie, l’effet sera mécanique : pression sur la balance commerciale, tension sur l’inflation, marges budgétaires encore plus étroites. Ramgoolam l’a reconnu lui-même : «Le prix du pétrole augmentera et nous devrons y faire face.»

Autrement dit, il faudra trouver l’argent ailleurs.

C’est ici que le ton change. Le Premier ministre ne parle plus en héritier d’un parti nonagénaire célébrant ses gloires passées. Il parle en comptable d’un État sous contrainte. La dette tutoie des niveaux inconfortables. Les agences de notation observent. Les fonds spéciaux sont exsangues. La réforme des pensions a déjà entamé le capital politique du gouvernement. Gouverner après un 60-0 n’offre aucune échappatoire : il n’y a plus d’alibi.

Le sursaut affiché lors des célébrations du PTr ressemble donc moins à un élan partisan qu’à une nécessité stratégique. Ramgoolam sait qu’il joue sa crédibilité sur ce Budget. Sans manne chagossienne immédiate, sans accalmie énergétique, sans croissance mondiale robuste, l’équation ne se résoudra ni par l’incantation ni par la nostalgie travailliste.

Reste la méthode. Chercher l’argent «ailleurs» signifie arbitrer. Réduire certaines dépenses. Mieux cibler les subventions. Repenser l’efficacité des corps parapublics. Accélérer les partenariats stratégiques. Peut-être rouvrir le débat fiscal, au risque d’irriter. Peut-être, surtout, engager enfin les réformes structurelles que l’on diffère depuis une décennie : productivité, gouvernance, hiérarchisation des priorités publiques.

Mais la clé sera politique. On ne demande pas des sacrifices dans un climat de soupçon. L’exemplarité, nous le martelons depuis le dernier Budget, devra accompagner la rigueur. Sans cela, chaque coupe budgétaire apparaîtra comme une punition infligée aux mêmes. L’histoire du travaillisme est celle de la justice sociale ; elle ne peut devenir celle d’une austérité mal expliquée.

À 90 ans, le PTr célèbre une mémoire. Le pays, lui, attend une trajectoire. Le regain de Ramgoolam est peut-être sincère. Il traduit en tout cas une prise de conscience : gagner une élection n’a jamais garanti la maîtrise des circonstances. Les semaines à venir diront si ce nouvel aplomb est le prélude d’un redressement assumé ou la dernière posture avant l’épreuve du réel.

Car désormais, il ne s’agit plus de célébrer un héritage. Il s’agit de financer l’avenir.

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L’histoire récente de l’Iran rappelle d’ailleurs une vérité que les petits États connaissent trop bien. En 1953, la chute du Premier ministre Mohammad Mossadegh (qui est connu pour avoir nationalisé l’industrie pétrolière iranienne en 1951, jusque-là contrôlée par une compagnie britannique, l’Anglo-Iranian Oil Company (ancêtre de BP), n’a pas seulement renversé un homme ; elle a inversé la trajectoire d’un pays. En nationalisant le pétrole, Mossadegh affirmait une souveraineté économique. L’opération Ajax, orchestrée par les services américains et britanniques, a restauré le pouvoir du Shah Mohammad Reza Pahlavi. À court terme, l’Occident sécurisait l’énergie. À long terme, il fragilisait la légitimité du modèle qu’il prétendait défendre.

La Révolution islamique de 1979 s’est nourrie de cette blessure. L’anti-américanisme est devenu doctrine d’État. Chaque sanction, chaque tension nucléaire, chaque flambée géopolitique réactive ce traumatisme fondateur. L’Iran a fait de la maîtrise de ses ressources un enjeu existentiel. Le pétrole n’est pas seulement une richesse : c’est une affirmation d’indépendance.

Pour Maurice, l’actualité iranienne n’est pas une abstraction lointaine. Elle rappelle que l’énergie, la souveraineté et la géopolitique sont liées. Quand le pétrole flambe, les budgets vacillent. Quand les puissances s’affrontent, les économies fragiles encaissent.

Ramgoolam ne peut pas contrôler le détroit d’Ormuz. Il peut, en revanche, contrôler la cohérence de sa politique. L’Histoire enseigne que les nations qui subissent le choc extérieur sans réforme intérieure finissent par payer deux fois. À Port-Louis comme à Téhéran, le prix de l’énergie est toujours plus qu’un chiffre. C’est un test de solidité politique.

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