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Agroalimentaire

Fin d’année : la production vivrière sous pression de la demande et des aléas climatiques

26 novembre 2025, 17:00

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Fin d’année : la production vivrière sous pression de la demande et des aléas climatiques

À l’approche des fêtes de fin d’année, alors que la consommation de produits frais augmente fortement, les planteurs doivent composer avec un climat capricieux. Chaleur intense, manque d’eau, éventuelles pluies intenses et menaces cycloniques menacent les cultures, mettant à l’épreuve la protection des récoltes et la capacité à répondre à la demande.

La production vivrière se déroule dans un contexte climatique délicat à l’approche des fêtes de fin d’année. L’été s’installe avec ses journées lourdes, ses températures élevées et des sols qui s’assèchent rapidement, compliquant le travail des planteurs. Quelques averses apportent un peu de répit, mais elles restent insuffisantes pour stabiliser les cultures, encore fragilisées par la chaleur. Cette situation nourrit une certaine inquiétude, d’autant que des pluies plus fortes pourraient survenir soudainement et affecter davantage les plantations.

Les prévisions pour cet été de la station météorologique de Vacoas confirment cette incertitude. Les premières pluies estivales devraient arriver plus tard que d’habitude, vers la seconde moitié de décembre. Entre novembre et janvier, Maurice devrait enregistrer des précipitations en dessous de la normale. Et, sur l’ensemble de la saison chaude – novembre à avril – le cumul attendu reste inférieur à la moyenne, autour de 85 %, soit environ 1 150 mm. Ce déficit annoncé signifie que les planteurs devront composer avec des conditions plus sèches que d’habitude en début de saison avant d’éventuelles pluies intenses difficiles à gérer, tandis que les températures devraient dépasser de 2 à 3 °C les moyennes saisonnières – un scénario qui rend la production plus vulnérable et accentue les risques de pertes.

Pourtant, malgré ces aléas climatiques, les chiffres montrent un secteur vivrier dynamique. Même si nous sommes encore en novembre et que les données complètes pour 2025 ne sont pas disponibles, les chiffres provisoires de Statistics Mauritius pour les mois de janvier à juin de cette année permettent déjà de dégager une tendance positive. Entre le premier semestre 2024 et celui de 2025, les cultures vivrières ont enregistré une progression notable. En champs ouverts, la superficie récoltée est passée de 3 728,2 à 4 209,6 hectares – une hausse de 12,9 % – tandis que la production a bondi de 28,6 % pour atteindre près de 68 000 tonnes. Pour les cultures sous abris, les superficies ont augmenté de 12,2 % pour atteindre 55,9 hectares et la production a progressé de 33,6 %, dépassant 6 100 tonnes. Au total, les surfaces récoltées atteignent 4 265,5 hectares en 2025 pour les premiers six mois de l’année, en hausse de 12,9 % par rapport à 2024 et la production globale progresse de 29 %, passant d’environ 57 500 à 74 141 tonnes.

Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de demande accrue pour les fêtes de fin d’année, qui accentue la pression sur les marchés et fait grimper les prix. Pour la fin de novembre à début décembre, les prix observent déjà d’une augmentation de 15 à 25 % pour certains légumes comme pomme d’amour, brèdes, fines herbes et salades. D’autres hausses sont à prévoir. Depuis, le début de ce mois, les averses ont permis de réhydrater les terres, mais la montée des températures a limité leurs effets. Les producteurs ajustent leur irrigation pour éviter que les plants ne flétrissent en milieu de journée. «Dès midi, la chaleur pèse sur les plantes. Même avec l’arrosage, certaines peinent à tenir», explique Rakesh, planteur à Flacq. Pour lui, la situation reste gérable pour l’instant, mais les réserves d’eau diminuent vite.

De plus, les conditions chaudes et humides de l’été favorisent le développement de maladies végétales, soulignent les agriculteurs. Champignons et bactéries se multiplient rapidement, touchant feuilles, tiges et tubercules, menaçant la qualité des récoltes. La crainte est palpable pour les semaines à venir. Car pendant les fêtes, la consommation de légumes évolue pour s’adapter aux repas festifs. Les salades et crudités sont particulièrement prisées, souvent pour accompagner des plats ou composer des buffets. Les légumes cuisinés restent également présents, intégrés dans des gratins ou autres accompagnements de viandes et poissons.

L’incertitude climatique se poursuit avec l’inquiétude liée aux pluies de janvier. Les épisodes des dernières années ont montré qu’un excès d’eau peut être aussi destructeur qu’un manque. «La pluie nous aide en décembre, mais si elle devient trop forte en janvier, elle peut emporter des semaines de travail», confie Sunil, planteur dans le Sud. Les infrastructures de drainage peinent parfois à absorber ces averses soudaines, laissant les champs saturés d’eau.

Renforcer la résilience

Par ailleurs, il y a l’activité cyclonique – une douzaine de tempêtes tropicales modérées étant prévues. Ces phénomènes représentent un risque sérieux pour le secteur agricole, déjà fragilisé. Les pluies violentes et les vents forts peuvent endommager les plants, provoquer l’érosion des sols et détruire les infrastructures, entraînant des pertes de récoltes importantes. Pour les cultures sensibles, un épisode trop intense peut réduire la production de plusieurs semaines, voire anéantir des parcelles entières, accentuant la pression sur les prix.

De son côté, le ministère de l’Agro-industrie fait de la sécurité alimentaire une priorité et souhaite renforcer la résilience du secteur. Il considère comme urgent d’augmenter la quantité et la qualité de la production locale afin de réduire la forte dépendance aux importations alimentaires, qui représentent Rs 65 milliards par an. Ainsi, il multiplie les initiatives pour accompagner les producteurs et moderniser le secteur. Parmi elles, le Crop Watch – Innovative Cooperation Programme, développé avec l’United Nations Conference on Trade and Development (UNCTAD), l’Aerospace Information Research Institute de la Chinese Academy of Sciences et l’Alliance of International Science Organisations, fournit des données détaillées sur la qualité des sols, l’adéquation des cultures et les pratiques agricoles les plus adaptées grâce à la télédétection.

Par ailleurs, le ministère prévoit l’introduction d’un système satellitaire de suivi des cultures, combinant GPS, vidéos haute définition, système d’information géographique et intelligence artificielle. Des explorations sont aussi en cours pour l’agriculture verticale et aéroponique, dans l’idée de relier innovation et savoir-faire traditionnel pour renforcer la productivité et encourager un développement agricole durable. Parallèlement, le ministère souhaite élargir la base des cultures locales stratégiques, afin de réduire la dépendance aux importations et de mieux sécuriser l’alimentation.

L’exemple le plus concret est la pomme de terre, une culture clé pour Maurice avec l’absence de production locale de riz. Actuellement, l’île produit environ 60 % de sa consommation de pomme de terre, un niveau que le ministère et les acteurs du secteur souhaitent faire progresser. Une nouvelle variété, baptisée Everest, est introduite dans ce cadre. Elle affiche un rendement supérieur à celui de la Spunta et elle est présentée comme une option prometteuse pour augmenter la production locale et renforcer la sécurité alimentaire. En parallèle, différentes variétés de patate douce, gingembre et ail sont mises en avant, montrant le potentiel d’autres filières moins visibles. planteur.png

Le président de l’association Planteurs des îles, Krit Beeharry, plaide pour l’extension de la culture de pomme de terre et d’oignon dans d’autres régions, avec un objectif clair : atteindre 90 à 95 % de production locale. Il évoque aussi les contraintes qui freinent la progression, comme l’accès limité aux terres, les exigences climatiques et le besoin de mieux coordonner les actions entre autorités et planteurs. small .png

Pour le ministre de l’Agro-industrie, «produire ce que nous consommons» doit rester une ligne directrice, face aux défis climatiques qui modifient les habitudes de culture. Arvin Boolell estime que l’avenir du secteur passera par la modernisation – usage de drones, nouvelles méthodes de stockage et appui accru à la transformation agroalimentaire.

Rappelons que le dernier Budget prévoit une enveloppe de Rs 800 millions pour soutenir la sécurité alimentaire. Ces fonds sont mobilisés à travers différents programmes d’aide et de soutien afin de renforcer la résilience du secteur, tout en accompagnant les producteurs face aux défis climatiques et économiques. Entre essais variétaux, nouvelles méthodes de culture, diversification des filières et volonté de renforcer la production locale, le secteur agricole cherche à avancer malgré des conditions souvent difficiles.

Toutefois, les agriculteurs rappellent que leur pérennité dépendra d’un accompagnement constant. Pour sa part, le président de la Small Planters Association, Kreepalloo Sunghoon, salue les intentions du ministère tout en rappelant les défis persistants : «Le manque de main-d’œuvre, les terres abandonnées, l’accès limité à certaines parcelles et les effets du climat restent des obstacles majeurs. Les planteurs veulent avancer, mais les réalités du terrain ne changent pas du jour au lendemain.» En cette période d’été marquée par chaleur et sécheresse, il souligne également la crainte d’une baisse de l’irrigation, au moment même où débute la saison de cultures vivrières pour la fin d’année et le début de l’année prochaine.

Par ailleurs, plusieurs cultivateurs espèrent des progrès rapides dans la redistribution des terres agricoles inexploitées. Travailler sur des parcelles louées limite les investissements et les plans de culture à long terme. «Avec une terre stable, on peut organiser notre saison. Pour l’instant, tout dépend trop des conditions du terrain que nous occupons», explique Sanjeev Soobhee, un planteur de pomme de terre.

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