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Électricité
Évitons de frôler le black-out
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Électricité
Évitons de frôler le black-out
Le 15 octobre dernier a mis en évidence la faiblesse de la marge opérationnelle du réseau électrique du pays. Ce jour-là, la marge de réserve – du Central Electricity Board (CEB) et des producteurs indépendants électricité (IPP) – n’était que de 5,5 MW. Alors que le pic de demande était prévu à 445 MW, le pic réel s’est limité à 422,6 MW, soit 437,6 MW une fois la réserve tournante minimale ajoutée, pour une capacité disponible de 465,5 MW. Le réseau fonctionnait ainsi avec une marge très étroite, offrant une capacité limitée à absorber un incident ou une variation imprévue de la demande. Les 20 et 21 novembre, la marge de réserve s’est également révélée limitée, autour de 15 MW, plaçant le système dans une situation de vigilance accrue.
Un autre épisode mérite une attention particulière. Le 29 décembre, la demande de pointe, initialement estimée à 475 MW, a atteint 534,6 MW, un écart exceptionnel qui a entraîné le basculement immédiat du statut vert au jaune. Selon le ministère de l’Énergie, cet épisode est considéré comme un événement isolé, attribué à une hausse inattendue des activités commerciales et une utilisation accrue de la climatisation, liée à des températures particulièrement élevées ce soir-là.
À cette situation s’est ajoutée l’indisponibilité de la turbine à gaz GT G3 et de l’unité IPP CTDS, plaçant le système dans des conditions de fonctionnement plus contraignantes. Le réseau a néanmoins pu être stabilisé grâce à des ajustements opérés avec l’appui des IPP, permettant de dégager des capacités supplémentaires durant le pic de consommation en soirée.
Réseau sous pression
Aucune panne généralisée n’a été enregistrée en décembre 2025. L’alerte jaune déclenchée à certaines périodes ne signifie pas un effondrement du réseau, mais un déséquilibre temporaire entre l’offre et la demande, nécessitant une vigilance accrue. Durant ces épisodes, le CEB a dû ajuster finement la production, mobiliser davantage la réserve tournante et s’appuyer sur la flexibilité des IPP. Le blackout a ainsi été évité, mais au prix d’une exploitation en flux tendu, laissant peu de marge pour absorber un incident supplémentaire. L’envolée observée le 29 décembre a également mis en évidence les limites des modèles de prévision fondés sur les tendances passées. Elle souligne la difficulté croissante à anticiper des comportements de consommation de plus en plus volatils, notamment en période de for tes chaleurs et d’activités commerciales soutenues.
Au-delà de l’épisode du 29 décembre, les chiffres révèlent une tension plus profonde. Le parc de production repose encore largement sur des unités thermiques vieillissantes, dont la fiabilité tend à diminuer. En même temps, la demande évolue plus rapidement que les capacités mobilisables en temps réel. Cette combinaison accroît la probabilité qu’un incident technique, survenant lors d’un pic de consommation, entraîne une rupture de l’équilibre du système.
Ligne rouge
Les données de décembre 2025 montrent que la limite critique du réseau ne correspond pas à la capacité maximale affichée du réseau, mais au niveau de charge que le système peut supporter tout en conservant une réserve tournante suffisante. Lorsque la demande réelle, additionnée de cette réserve minimale, s’approche des niveaux observés en fin de mois, la marge d’erreur devient quasi nulle et le réseau entre dans une zone de fonctionnement critique où chaque mégawatt supplémentaire compte.
Décembre 2025 a ainsi agi comme un signal d’alerte, révélant que le risque de blackout ne tient plus uniquement à un déficit global de capacité, mais à une accumulation de fragilités : évolution rapide des usages, concentration croissante de la demande sur des pointes horaires, dépendance à des équipements vieillissants et limites des outils de prévision.
Avec une hausse de plus de 34 MW du pic de demande en un an, la trajectoire actuelle met à l’épreuve la capacité du réseau à absorber de nouvelles augmentations. Si cette tendance se poursuit sans ajustement structurel, décembre 2027, pourrait marquer le point de rupture opérationnel du système.
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