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Recyclage
Et si l’eau qu’on jette devenait la solution de demain ?
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Recyclage
Et si l’eau qu’on jette devenait la solution de demain ?
■ Les eaux recyclées pourraient être utilisées pour l’irrigation.
Alors que Maurice fait face au changement climatique et aux risques de pénurie d’eau, une ressource encore peu exploitée pourrait aider à préserver nos réserves. On t’explique comment les eaux usées traitées peuvent être utiles. Suis-nous pour en savoir plus.
Chaque jour, Maurice rejette dans l’océan entre 50 000 et 60 000 mètres cubes d’eaux usées déjà nettoyées. Difficile d’imaginer ce que ça représente ? Dis-toi que 50 000 mètres cubes, c’est l’équivalent de 20 piscines olympiques, et 60 000 mètres cubes, de 24 piscines. Énorme, non ? Et le plus étonnant, c’est que ça se passe dans un pays qui, lui, manque d’eau : nos réservoirs sont sous pression et les périodes de sécheresse reviennent de plus en plus souvent.
C’est Patrick Assirvaden, ministre de l’Énergie et des services publics, qui a récemment attiré l’attention sur ce gaspillage. Pour lui, cette eau pourrait servir bien davantage au lieu de finir à la mer. Le gouvernement veut donc encourager les entreprises à la racheter pour certains usages, comme arroser les champs ou faire tourner des usines. Le sujet est urgent : en moyenne, nos réservoirs ne sont remplis qu’à 64,6 %, et certains, comme Mareaux-Vacoas, sont bien en dessous. Avec le changement climatique, trouver de nouvelles façons de gérer l’eau n’est plus un luxe, c’est une nécessité.
Mais qu’est-ce qu’une eau usée traitée ?
Tu en fabriques toi-même tous les jours ! Chaque fois que tu prends une douche, que tu tires la chasse, que la machine à laver tourne ou que tu fais la vaisselle, de l’eau sale s’écoule de la maison. Cette eau contient des restes de nourriture, des microbes et parfois des produits chimiques. Avant de retourner dans la nature, elle passe par de grandes usines qui la nettoient, appelées stations d’épuration, comme celles que gère la Wastewater Management Authority (WMA). Le nettoyage se fait en plusieurs étapes : on retire d’abord les déchets solides, puis des traitements spéciaux éliminent la plupart des saletés invisibles.
Une fois propre, cette eau peut resservir à plein de choses : arroser des jardins, irriguer des plantations, laver des routes ou aider certaines usines. Attention, cela ne veut pas dire qu’on peut la boire ! Même bien nettoyée, une eau usée traitée n’est pas faite pour être bue.
Une solution face au manque d’eau ?
Pour beaucoup de spécialistes, réutiliser cette eau permettrait de mieux protéger nos réserves d’eau douce. L’environnementaliste Sunil Dowarkasing pense que Maurice doit changer complètement sa façon de gérer l’eau. Selon lui, l’eau potable, l’eau de pluie, l’eau cachée sous terre (les nappes souterraines), l’eau d’irrigation et les eaux usées ne devraient pas être gérées chacune de leur côté, mais comme un seul et même système. «C’est un peu comme se plaindre d’avoir faim, tout en jetant son repas à la poubelle», explique-t-il pour résumer le problème.
L’ingénieur et océanographe Vassen Kauppaymuthoo insiste lui aussi sur la valeur de cette eau. D’après ses calculs, les quelque 60 000 m³ rejetés chaque jour pourraient couvrir les besoins d’environ 60 000 familles ! L’idée n’est pas de la boire à la place de l’eau potable, mais de s’en servir pour tout ce qui demande beaucoup d’eau, comme l’agriculture ou l’industrie.
Des obstacles à surmonter L’idée est belle, mais elle se heurte à plusieurs obstacles. Le premier, c’est la confiance. Certaines personnes hésitent encore à utiliser ces eaux, de peur qu’elles soient dangereuses. Pour Sunil Dowarkasing, cette inquiétude est normale et mérite d’être écoutée : «On ne peut pas demander aux utilisateurs de prendre un risque pour compenser les insuffisances du système», dit-il. Autrement dit, il faudra prouver que l’eau est parfaitement adaptée à chaque usage.
Le deuxième obstacle, ce sont les tuyaux et les installations. Les stations qui nettoient l’eau sont souvent près de la côte, alors que les champs à arroser se trouvent loin, à l’intérieur des terres. Amener l’eau jusque-là coûte cher. Enfin, il y a une question d’habitude. Beaucoup de gens trouvent encore cette eau «sale» dans leur tête, même quand elle a été bien nettoyée. Changer ce regard prendra du temps.
Des exemples montrent que c’est possible
Bonne nouvelle : à Maurice, ça marche déjà. Le golf de Mont Choisy Le Golf, par exemple, n’utilise que des eaux traitées venues de la WMA pour entretenir son terrain. Chaque jour, environ 2 000 m³ d’eau recyclée servent à arroser les pelouses, les jardins et à remplir certains bassins. La preuve qu’une eau qui aurait fini à la mer peut avoir une seconde vie.
Une ressource à protéger
Maurice n’est pas seule. Des pays comme Singapour ou Israël, qui manquent aussi d’eau, ont fait du recyclage une vraie stratégie nationale pour être sûrs d’en avoir toujours assez. Chez nous aussi, cette solution pourrait devenir très importante dans les années à venir. Mais elle devra toujours aller de pair avec des contrôles stricts, pour éviter de polluer les sols, les cultures ou les nappes d’eau souterraines. Recycler l’eau, ce n’est pas seulement gaspiller moins aujourd’hui : c’est apprendre à mieux utiliser chaque goutte pour préparer demain.
Le savais-tu?
Ces pays champions du recyclage de l’eau
Le recyclage des eaux usées n’a rien de nouveau. Plusieurs pays en ont même fait la base de leur gestion de l’eau. À Singapour, une eau appelée NEWater est fabriquée grâce à des machines de filtrage ultra-perfectionnées. Une partie sert aux usines de haute technologie, et une autre est renvoyée dans les réservoirs, puis nettoyée encore une fois pour redevenir de l’eau potable. En Israël, près de 90 % des eaux usées sont recyclées, surtout pour arroser les champs. C’est aujourd’hui le champion du monde dans ce domaine, ce qui lui permet de faire pousser des cultures dans des régions pourtant très sèches, presque désertiques.
Le recyclage a aussi un autre avantage qu’on oublie souvent : il protège la nature. Moins d’eaux usées rejetées, c’est moins de saletés dans les rivières, les lagons et l’océan, et donc plus de vie pour les poissons et les plantes aquatiques. Mais attention, cela demande une surveillance de tous les instants. Les stations d’épuration doivent faire des tests réguliers pour vérifier qu’il ne reste ni bactéries, ni virus, ni métaux dangereux, ni même des restes de médicaments dans l’eau. Car une eau qui sert à arroser un terrain de golf n’a pas besoin d’être aussi pure qu’une eau utilisée dans une usine ou renvoyée sous terre. La preuve qu’une ressource longtemps prise pour un simple déchet peut devenir une véritable alliée face au changement climatique !
Station d’épuration : une grande installation qui nettoie l’eau sale des maisons avant qu’elle ne retourne dans la nature.
Environnementaliste : une personne qui étudie la nature et cherche à la protéger.
Nappes souterraines : des réserves d’eau douce cachées sous la terre, alimentées par la pluie.
Océanographe : un scientifique qui étudie la mer et les océans.
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