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Budget 2026-2027

Entre promesses et contraintes, l’heure des choix

20 avril 2026, 11:30

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Entre promesses et contraintes, l’heure des choix

■ Navin Ramgoolam lors de la présentation du Budget 2025-2026.

À quelques semaines de la présentation du Budget 2026-2027, le Premier ministre et ministre des Finances Navin Ramgoolam doit concilier les engagements électoraux de l’Alliance du changement et la réalité des finances publiques. Dette publique à 91 % du produit intérieur brut (PIB), déficit proche de 10 %, fonds spéciaux épuisés : les marges de manœuvre sont étroites.

Il faut remonter aux semaines qui ont précédé le scrutin du 10 novembre 2024 pour mesurer l’ampleur des engagements pris. L’Alliance du changement présentait alors un programme structuré autour de dix domaines, dont un registre économique et social particulièrement coûteux : carburants moins chers, transport gratuit généralisé, pension vieillesse portée à Rs 21 500, suppression d’impôts pour les jeunes, réforme du Central Electricity Board (CEB), abolition de la redevance télévisuelle. S’y ajoutaient des chantiers institutionnels lourds – Constitutional Review Commission, Freedom of Information Act, abolition du FCC Act – ainsi que de vastes travaux d’infrastructures et de santé.

Porté par une attente forte après presque une décennie de gouvernance Mouvement socialiste mauricien, l’Alliance du changement remporta une victoire de 60-0. Un an plus tard, l’express dressait, le 10 novembre 2025, un constat sans ambiguïté : la majorité des engagements demeurait à l’état d’intention. L’héritage s’est révélé plus lourd que prévu : dette frôlant les 91 % du PIB, déficit réel proche de 10 %, fonds spéciaux vidés, institutions financières internationales en alerte. À cette contrainte intérieure s’ajoutent des turbulences extérieures. L’accord sur les Chagos a été suspendu sine die – le gouvernement britannique l’a confirmé en avril – après le retrait du soutien américain. S’ajoute à cela la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz qui pèse lourdement sur les marchés de l’énergie.

Mesures d’urgence

Jakarta a gelé les prix à la pompe. Dubaï a mobilisé 237 millions d’euros d’aides. À Bangkok, les climatiseurs se sont éteints alors que les températures frôlaient les 40 degrés. À Dacca, les fonctionnaires ont reçu l’ordre d’éteindre les lumières. De l’Égypte à la Thaïlande, la flambée des hydrocarbures a contraint les gouvernements à des réponses d’urgence.

Maurice a pris des mesures tout en protégeant les plus vulnérables. Le Conseil des ministres, réuni vendredi, a décidé d’augmenter les tarifs d’électricité de 15 % à compter du 1ᵉʳ mai 2026. La mesure exempte toutefois les ménages inscrits au Social Register of Mauritius, ceux relevant des tranches tarifaires 110A, 215 et 315, ainsi que les petites et moyennes entreprises.

Le solaire comme solution

À la question de savoir si «Maurice exploite-t-il réellement son potentiel solaire ?», le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, a fait un constat sans détour: «Le pays est passé de 21 % à 17 %.» Il a cependant réitéré l’engagement du gouvernement envers le solaire : «Une nouvelle dynamique est désormais engagée… Nous exploiterons toutes les surfaces disponibles : terres, surface d’eau, parkings, terrains résidentiels domestiques. Chaque surface disponible sera mise à contribution pour développer l’énergie solaire.»

De son côté, le président de la Mauritius Renewable Energy Agency, le professeur Khalil Elahee, a clarifié l’objectif de 60 % de renouvelables: «Il concerne uniquement l’électricité, et l’échéance est pour 2035.» En effet, le CEB viendra de l’avant avec un nouveau Integrated Electricity Plan et l’Energy Efficiency Management Office viendra avec un Demand Side Plan. Ces outils dessineront un plan d’action pour au moins 10 ans : «Nous ne pouvons parler d’énergie et oublier le transport, l’aménagement du territoire ou l’économie océanique.»

Khalil Elahee est aussi revenu sur les 405 mégawatts (MW) annoncés. Il s’agit d’une «capacité installée additionnelle», rappelle-t-il, et non pas d’«énergie renouvelable générée». Tout dépendra du capacity factor – la production réelle – et du moment où cette énergie sera disponible : «Ce qui est critique, c’est de savoir à quelles heures nous bénéficierons de ces 405 MW. Notre capacité de stockage avec des batteries doit être au rendez-vous pour faire face à la pointe du soir particulièrement.»

La mesure doit, selon lui, s’accompagner d’une stratégie de maîtrise de la demande, notamment des économies d’énergie, une efficacité énergétique, et des installations sur toitures dans le secteur résidentiel désormais libéralisé : «Ensemble, ces mesures nous rendront moins dépendants des importations de fuel oil et de kérosène. Ainsi nous serons à l’abri d’une hausse comme celle que nous connaissons actuellement.»

Associate Professor à l’Université de Maurice et formateur du programme Photovoltaic Energy Systems, Yatindra Kumar Ramgolam a chiffré l’enjeu : «Les 405 MW supplémentaires représentent près d’un tiers de la capacité totale installée, et ces nouvelles additions compteront pour plus de 15 % de la production d’électricité d’ici quelques années. Les projets 10 × 10 MW, 3 × 40 MW et REHF Agri PV nécessiteront un investissement d’au moins Rs 15 Md. Si le coût initial est élevé, nous pouvons réduire progressivement notre dépendance aux combustibles importés, diminuer les émissions de carbone et produire de l’électricité propre à très faible coût.»

Il a également rappelé la nécessité d’un encadrement adéquat : «Le CEB devra moderniser le réseau là où c’est nécessaire pour s’assurer que les projets supplémentaires ne surchargent pas le système. Aucun compromis ne doit être fait sur la qualité des équipements installés ou la sécurité des installations. Les installateurs doivent être correctement formés. Le CEB doit vérifier les installations.»

La pension de vieillesse

Autre chantier structurel qui se profile : le système de pension. Le comité institué par le gouvernement doit, dans les prochaines semaines, soumettre son rapport au Steering Committee. Le président de la Commission sur la réforme des pensions, Ashok Prayag, a détaillé le calendrier : «La Commission espère présenter un rapport intérimaire, incluant un état des lieux et ses premières propositions de réformes de tout le système de pension dans sa globalité, c’est-à-dire les volets étatiques et privés, au Steering Committee vers la mi-mai 2026. Il appartiendra aux décideurs politiques de décider si la feuille de route proposée cadre avec la philosophie et la gouvernance économiques qui guident l’action du gouvernement, et du calendrier de sa mise en œuvre, graduellement, partiellement ou in toto.»

Il a rappelé la sensibilité du dossier : «Le montant total actuel de la pension universelle dite vieillesse non contributive payée à partir de 65 ans est de Rs 16 555, ce qui représente 93 % du salaire minimum de Rs 17 745, et 58 % du salaire médian, estimé à Rs 28 500 en 2025. Ce sont là les ratios de loin les plus élevés au monde. À la lumière de ces statistiques, et de l’état avéré des finances publiques sous très forte pression, je vous laisse conclure si un tel niveau de pension de retraite universelle est envisageable et soutenable.»

Le Budget 2026-2027 de Navin Ramgoolam ne sera donc pas qu’un simple exercice technique. Trois voies se dessinent. La première : prolonger les dispositifs de court terme, subventions, compensations, reports d’engagements. La deuxième : trancher brutalement, au risque d’un choc social. La troisième, plus exigeante, suppose un exercice de transparence : publier une photographie budgétaire complète, auditer les engagements hors bilan, définir un calendrier clair de réformes, et distinguer le soutien conjoncturel de ce qui engage l’avenir.

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