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Coopération

Économie bleue : le Japon partage sa vision

16 janvier 2026, 14:00

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Économie bleue : le Japon partage sa vision

(De g. à dr.) Le responsable de la COI, Raj Mohabeer, la Pr Haruko Yamashita et l’ambassadeur Kan Masahiro au Caudan Arts Centre, mercredi.

La question de comment concilier développement économique, préservation des ressources marines et stabilité régionale a été au cœur de la conférence organisée, le mercredi 14 janvier au Caudan Arts Centre, par l’ambassade du Japon à Maurice, en collaboration avec le Secrétariat général de la Commission de l’océan Indien (COI). Invitée d’honneur, la Pr Haruko Yamashita, de l’université Daito Bunka (Tokyo), a présenté la vision japonaise d’une économie bleue fondée sur la pêche comme levier central du concept de Free and Open Indo-Pacific.

Raj Mohabeer, Officer in Charge à la COI, a rappelé le rôle stratégique de l’océan pour les États insulaires de la région : «Le monde est couvert à 70 % par les océans et nous n’avons qu’un seul océan, même si nous lui donnons cinq noms.» Selon lui, en tant que ressource vitale, et espace de circulation et de sécurité, l’océan impose aujourd’hui une responsabilité collective, appelant à une gouvernance durable et concertée.

Même message du côté japonais. Kan Masahiro, ambassadeur du Japon à Maurice, a rappelé l’importance stratégique de Maurice dans l’espace maritime régional : «Maurice, avec sa vaste Zone économique exclusive et sa position stratégique dans l’océan Indien occidental, assume pleinement avec fierté son rôle et sa responsabilité en tant que grand État océanique.»

L’ambassadeur a mis en avant la solidité du partenariat nippo-mauricien dans le domaine maritime : «Accueillir la Pr Yamashita ici témoigne de notre engagement à travailler ensemble, à partager des idées, et à bâtir un avenir durable à travers nos régions et nos océans. Le Japon a été un partenaire constant dans l’avancement de l’économie bleue de Maurice.» De la construction du centre de recherche halieutique d’Albion en 1980 à l’inauguration récente de la Marine Biodiversity Exhibition Facility, en passant par les projets de coopération technique, de surveillance côtière et de sécurité maritime, le Japon accompagne depuis plusieurs décennies le développement du secteur maritime mauricien.

Au cœur de la conférence, la Pr Haruko Yamashita a défendu une approche élargie de l’économie bleue appliquée aux pêches. Au Japon, celle-ci ne se limite pas à la capture du poisson : elle englobe la transformation, la commercialisation, le tourisme côtier, la restauration et d’autres industries marines connexes. L’objectif est de garantir des revenus durables et de maintenir l’emploi dans les zones littorales, tout en renforçant la résilience des communautés côtières. Elle a insisté sur l’importance de renforcer la chaîne de valeur locale.

Se reposant sur des études menées au Japon, elle a expliqué comment les pêcheurs ne percevaient qu’environ 25 % du prix de détail du poisson. Pour corriger cet écart, les autorités ont encouragé la transformation sur place, la vente directe et l’accès facilité aux marchés, permettant ainsi d’augmenter les revenus des pêcheurs tout en dynamisant les économies côtières. La Pr Yamashita a illustré son propos à travers un échange concret et vivant : «Dans le village de pêcheurs de Mebaru, à Kyushu, les épouses de pêcheurs ont créé une industrie artisanale typique, transformant le poisson en produits en bouteille au sésame et en filets prêts à cuisiner.»

Autre concept clé développé lors de la conférence : l’approche Marine Industry + Home Town. Il s’agit de considérer le littoral non seulement comme un espace de production mais aussi comme un lieu de vie. Cette vision vise à accroître la productivité de l’océan tout en protégeant les écosystèmes, en conciliant durabilité économique et environnementale. Le rôle de l’État est jugé déterminant pour accompagner cette transition, notamment à travers les infrastructures, l’appui aux initiatives locales, et le soutien à des projets à court et long termes.

La Pr Haruko Yamashita a également mis en avant le rôle de l’éducation dans la valorisation de l’économie bleue en s’appuyant sur des initiatives menées au Japon dès le niveau secondaire. Elle a évoqué des démonstrations de cuisine du poisson organisées dans les lycées, où l’apprentissage passe par le contact direct avec les acteurs de la pêche et les produits de la mer : «Dans certains lycées, notamment à Shikoku, des pêcheurs locaux viennent avec leur prise, et apprennent aux élèves comment découper le poisson, le préparer et le cuisiner.»

La conférence a ainsi mis en lumière une convergence de vues entre le Japon, Maurice et la COI autour d’une même priorité : faire de l’économie bleue, plus particulièrement du secteur des pêches, un moteur de développement durable et inclusif. En mettant l’accent sur la création de valeur locale, le renforcement des communautés côtières, la transmission des savoir-faire et la préservation des ressources marines, les échanges ont souligné l’importance d’une approche intégrée de l’océan.

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