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Entretien

Dr Sanju Sobnach : «Maurice a le potentiel de devenir un pôle régional de transplantation»

18 novembre 2025, 18:00

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Dr Sanju Sobnach : «Maurice a le potentiel de devenir un pôle régional de transplantation»

Le Dr Sanju Sobnach, chirurgien consultant en transplantation, était de passage à Maurice et s’apprête à revenir début décembre pour mener de nouvelles greffes aux côtés de ses collègues Sonal Asthana et Zafar Khan. Avec l’ouverture prochaine d’une nouvelle unité de transplantation à l’hôpital de Rose-Belle, il nourrit l’espoir de voir davantage de Mauriciens s’engager dans le don d’organes pour soutenir leurs proches, dans un esprit de solidarité et de confiance envers le système de santé.

?Quelle est la priorité aujourd’hui pour améliorer la prise en charge des patients en attente d’une greffe ?

La priorité, c’est avant toutl’éducation et la sensibilisation. Il faut parler du don d’organes, expliquer ce qu’il représente et dissiper les peurs. La loi existe déjà à Maurice depuis 2018, elle encadre clairement le don posthume et définit les critères d’éligibilité. Ce cadre est là mais la population reste encore réticente. C’est pourquoi il faut communiquer davantage, informer, dialoguer et surtout rendre ce sujet moins tabou. Je suis convaincu qu’avec le temps, les Mauriciens comprendront la valeur inestimable de ce geste de solidarité.

Mais l’éducation ne concerne pas que le public. Elle doit aussi s’adresser aux professionnels de santé : médecins, infirmiers, psychothérapeutes… Tous jouent un rôle crucial avant, pendant et après une transplantation. Former, accompagner et coordonner ces équipes est essentiel pour garantir le succès des interventions et le bien-être des patients greffés.

Ensuite, il faut aussi regarder la réalité sanitaire du pays.Le diabète, l’obésité, l’hypertension, ces maladies chroniques sont à l’origine de nombreux cas d’insuffisance rénale ou hépatique. Le système de santé publique doit donc renforcer la prévention, en aidant chacun à mieux gérer sa santé, son alimentation et son équilibre de vie.

Enfin, nous espérons bientôt réaliser les premières greffes hépatiques à Maurice. Nous envisageons le modèle du don vivant – un parent donnant une partie de son foie à un proche. Le foie se régénère naturellement, et ce serait une première dans la région subsaharienne, hormis pour l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire et le Soudan qui la pratiquent déjà. Ce serait une immense avancée médicale pour notre pays et pour l’Afrique.

?Comment votre expérience internationale peut-elle aider Maurice à progresser dans les interventions lourdes comme les transplantations ?

Pour la première fois, Maurice dispose d’une équipe complète et formée spécifiquement à la transplantation. C’est un tournant. Autrefois, les chirurgiens qui réalisaient ces opérations venaient d’autres spécialités, comme la chirurgie vasculaire ou hépatobiliaire. Aujourd’hui, nous avons des praticiens entraînés pour intervenir sur plusieurs organes : reins, foie, pancréas… Cette polyvalence, acquise grâce à une formation internationale, nous permet d’adopter une approche intégrée et moderne.

Mon expérience à l’étranger m’a aussi permis de comprendre que chaque patient est unique. Dans plusieurs pays, nous avons constaté qu’il existe des alternatives à la transplantation, notamment pour certaines pathologies du foie. Parfois, une tumeur présumée n’en est pas une, et d’autres traitements peuvent être envisagés. Cela évite des interventions lourdes et améliore la qualité de vie des patients. Notre objectif est donc clair :transférer ce savoir-faire à Maurice, bâtir une équipe autonome et offrir localement des soins de pointe, sans dépendre systématiquement de structures étrangères.

?Votre travail redonne espoir aux patients souffrant de cancer et aux dialysés. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est avant tout une immense source de motivation. Oui, nous apportons de l’espoir, mais c’est aussi une réalité médicale tangible. J’ai choisi la transplantation parce que c’est une discipline exigeante et passionnante. Chaque intervention change une vie. Je me souviens d’une patiente greffée du foie : le lendemain de l’opération, elle était déjà éveillée, souriante, prête à reprendre sa vie. C’est cette transformation qui me pousse à avancer.

L’objectif est que, trois mois après une greffe, le patient puisse retrouver une vie normale, sans dépendre de la dialyse ou de traitements lourds. C’est une libération, à la fois pour lui et pour le système de santé. Chaque transplantation réussie permet de libérer une place de dialyse, offrant à un autre patient la chance d’être pris en charge.

Au-delà de l’aspect médical, il y a aussi un impact économique et humain : moins de coûts liés aux soins, moins de souffrance, et surtout, des Mauriciens qui retrouvent la dignité et la joie de vivre pleinement.

?Qu’est-ce qui vous a mené vers la transplantation ?

C’est une vocation née d’une épreuve personnelle. Deux de mes oncles, proches de moi, ont souffert de problèmes rénaux et sont décédés après des années de dialyse. Cette expérience m’a profondément marqué. Puis, durant ma troisième année de médecine, j’ai rencontré un professeur passionné qui pratiquait des transplantations. Ce fut une révélation. Ce que je croyais être une malchance est finalement devenu ma plus belle chance professionnelle.

?Pour qu’un véritable programme de transplantation fonctionne durablement, il faut des moyens, mais aussi une vision. Que manque-t-il concrètement à Maurice pour y parvenir ?

Maurice possède un potentiel réel, mais il manque encore un dialogue plus structuré entre les acteurs. L’un des points positifs toutefois, est la présence de proches prêts à se mobiliser pour aider certains patients, ce qui n’est pas le cas partout. Il faut néanmoins distinguer les cas éligibles de ceux qui, en raison de maladies complexes, ne pourront pas aller plus loin.

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Le professeur Sonal Asthana et les Drs Sanju Sobnach et Zafar Khan.

Lors de notre mission, le gouvernement nous a accueillis avec beaucoup d’ouverture. Nous avions prévu trois paires de transplantations, mais après les évaluations des donneurs, une seule a pu être réalisée. Les deux autres ont été reportées pour les ajustements nécessaires. Cela ne freine pas pour autant l’élan : nous avons rencontré six patients supplémentaires, qui devraient être greffés prochainement. Nous avons également pris en charge des cas pédiatriques plus délicats, où les reins doivent d’abord être retirés avant toute transplantation.

Pour avancer, il faudra renforcer la collaboration entre le public et le privé. Même si le secteur privé ne pratique pas encore de greffes, il peut jouer un rôle d’appui essentiel.

?Le don d’organes reste un sujet délicat, parfois tabou. Comment mieux sensibiliser la population et dépasser les réticences culturelles ?

Maurice est un véritable melting-pot religieux et culturel, et c’est justement là que réside la clé. Nous devons travailler main dans la main avec les institutions religieuses pour clarifier, rassurer et informer. Les médias ont aussi un rôle majeur à jouer pour expliquer le processus et démystifier le don. Il est tout aussi important que les patients déjà greffés, et leurs familles, témoignent publiquement. Leur vécu peut convaincre et inspirer. Je suis optimiste : les Mauriciens sauront répondre présents.

?Vous faites partie de cette génération de médecins mauriciens formés à l’étranger. Comment comptez-vous mettre votre expérience au service du pays et transmettre ce savoir-faire aux équipes locales ?

Je suis encore un jeune chirurgien, mais chaque mission est pour moi l’occasion de partager ce que j’ai appris. Dès notre arrivée, nous avons échangé avec les équipes locales pour comprendre les difficultés rencontrées, malgré les quelque 400 interventions déjà réalisées. Ces discussions avec les autres spécialistes de santé – sur les pratiques, les dosages, l’approche clinique – ont été très enrichissantes pour tous.

Nous accompagnons aussi deux jeunes chirurgiens mauriciens qui, avec le temps, maîtriseront pleinement ces techniques. J’ai été particulièrement impressionné par le travail du néphrologue Dr Ip, qui a beaucoup fait avancer la discipline.

Les structures existent ; nous venons simplement ajouter un niveau d’expertise et aider à réaliser des greffes encore hésitantes. Nous sensibilisons aussi les patients : perte de poids, contrôle du sucre, préparation du donneur… J’ai rencontré un père, qui a perdu 12 kilos pour pouvoir sauver son enfant. Et pourquoi pas, un jour, envisager des greffes de cœur à Maurice ? Nous voulons être des acteurs sûrs et utiles pour le pays.

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