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Dr Goutham Gandham: «Pour les jeunes, ce sont les modes de vie qui deviennent un terrain à risques»

26 septembre 2025, 10:00

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Dr Goutham Gandham: «Pour les jeunes, ce sont les modes de vie qui deviennent un terrain à risques»

Dr Goutham Gandham, oncologiste consultant AEGLE Cancer Hospital.

Alors que nous assistons à un bras de fer entre le ministère de la Santé et l’ONG Enn Rev Enn Sourir concernant les enfants atteints de cancer qui vont se faire soigner à l’étranger, le Dr Goutham Gandham, spécialiste à AEGLE Cancer Hospital, explique qu’à Maurice le nombre de cas augmente auprès des jeunes. L’évolution des modes de vie en serait la cause principale.

?Avez-vous constaté une augmentation du nombre de cancers chez les jeunes à Maurice ces dernières années ?

Oui, selon les données récentes du Global Cancer Observatory, nous observons ces dernières années une augmentation progressive du nombre de cas de cancer chez les jeunes, tant à Maurice qu’à l’échelle mondiale. Cette hausse s’explique en partie par une véritable hausse de l’incidence liée à l’évolution des modes de vie, à la montée de l’obésité et à une plus grande exposition aux facteurs de risque environnementaux.

Par ailleurs, l’amélioration de l’accès aux soins et des capacités de diagnostic contribue également à identifier plus tôt et à mieux recenser les cas. Grâce à une sensibilisation accrue et à des systèmes de référence plus efficaces, davantage de jeunes patients sont diagnostiqués, alors qu’auparavant, certains cas pouvaient passer inaperçus. Cette tendance souligne l’importance grandissante de la prévention et du dépistage précoce du cancer dans la population jeune.

?Quels types de cancers touchent le plus souvent les enfants, adolescents et jeunes adultes dans le pays ?

Chez les enfants, les cancers les plus fréquents sont la leucémie (cancer du sang), les tumeurs du cerveau et les lymphomes (cancers du système lymphatique). Chez les adolescents, on retrouve surtout les lymphomes, certains cancers des os comme l’ostéosarcome et le sarcome d’Ewing, ainsi que le cancer de la thyroïde. Chez les jeunes adultes, les cancers les plus répandus sont ceux du sein, du côlon, de la thyroïde et des testicules, et aussi les lymphomes.

Chez ces tranches d’âge, les cancers évoluent souvent plus rapidement, ce qui rend le dépistage précoce et un traitement rapide encore plus importants pour augmenter les chances de guérison.

?Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de risque expliquant cette tendance ?

Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi de plus en plus de jeunes sont touchés par le cancer. Tout d’abord, nos habitudes de vie ont beaucoup changé : une alimentation trop riche en produits transformés, en boissons sucrées et en graisses favorise le surpoids et les problèmes de santé. Le manque d’exercice physique, lié à un mode de vie plus sédentaire, augmente aussi les risques. La consommation de tabac et d’alcool ou même l’exposition à la fumée des autres sont également des facteurs importants.

L’environnement joue aussi un rôle. Par exemple, les résidus de pesticides dans certains aliments ou d’autres substances chimiques peuvent avoir un impact sur la santé. Enfin, l’hérédité et les antécédents familiaux comptent beaucoup, notamment pour certains cancers comme ceux du sein ou du côlon.

?Les jeunes sont-ils suffisamment sensibilisés aux signaux précoces et au dépistage du cancer ?

La sensibilisation des jeunes reste insuffisante. Beaucoup d’entre eux, ainsi que leurs familles, ne connaissent pas bien les signes d’alerte précoce, tels qu’une perte de poids inexpliquée, une fatigue persistante, des plaies qui ne guérissent pas, la présence de grosseurs inhabituelles, une fièvre prolongée ou encore des changements soudains dans les habitudes intestinales ou urinaires.

Le dépistage préventif est encore peu utilisé, surtout chez les plus jeunes, en raison de plusieurs obstacles : la stigmatisation culturelle autour du cancer, la peur du diagnostic et l’idée reçue que le cancer est une maladie qui touche uniquement les personnes âgées. Ce manque de sensibilisation entraîne souvent un retard dans la consultation médicale, réduisant ainsi les chances de traitement efficace. Il est donc essentiel de renforcer l’éducation et les campagnes de sensibilisation, notamment dans les écoles et au sein des communautés.

?Les structures médicales à Maurice sont-elles adaptées pour la prise en charge des jeunes patients ?

Maurice a réalisé des progrès remarquables dans le développement de ses services d’oncologie, avec des centres spécialisés proposant des traitements tels que la chimiothérapie, la chirurgie, l’immunothérapie, la radiothérapie et même la greffe de moelle osseuse. L’accès aux thérapies plus récentes, comme les traitements ciblés et certaines immunothérapies, s’améliore mais reste limité en raison de leur coût élevé.

En revanche, les services de soutien psychosocial pour les jeunes patients et leurs familles demeurent peu développés. Il existe un réel besoin de renforcer l’accompagnement nutritionnel, psychologique et en réhabilitation.

Maurice bénéficierait grandement de la création de nouvelles ONG dédiées au financement de la prise en charge des cancers pédiatriques, car de nombreuses familles rencontrent des difficultés à couvrir les frais de traitement et de suivi à long terme.

?Quelles mesures prioritaires devraient être mises en place pour renforcer la prévention et améliorer le traitement du cancer chez les jeunes ?

Une approche multi-facettes est nécessaire pour renforcer la prévention et améliorer la prise en charge du cancer chez les jeunes à Maurice.

Côté prévention, des campagnes de santé devraient promouvoir une alimentation équilibrée et l’exercice régulier, et décourager le tabac ainsi que l’alcool. Les programmes éducatifs dans les écoles pourraient jouer un rôle central en sensibilisant les jeunes dès le plus jeune âge. Il est également crucial de renforcer la communication autour des programmes de vaccination contre le papillomavirus humain ou HPV (pour prévenir les cancers du col de l’utérus et autres cancers liés au HPV) et contre l’hépatite B (pour réduire le risque de cancer du foie).En matière de dépistage précoce, la mise en place d’initiatives adaptées aux jeunes et de campagnes régulières de bilans de santé permettrait de détecter les cancers plus tôt, lorsqu’ils sont plus facilement traitables.

Côté traitement, il est nécessaire d’élargir l’accès aux technologies avancées de diagnostic et de rendre les thérapies modernes, telles que les traitements ciblés et l’immunothérapie, plus accessibles et abordables. Le renforcement des systèmes de soutien est tout aussi important, incluant le conseil psychosocial, l’accompagnement nutritionnel et les programmes de rééducation adaptés aux jeunes patients.

Après le traitement des cancers pédiatriques, un suivi à long terme par des spécialistes dédiés est indispensable pour gérer les effets secondaires liés aux traitements.

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