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Prison de Melrose

Des détenus forcés de se déshabiller, la NHRC dénonce un traitement dégradant

4 octobre 2025, 14:00

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Des détenus forcés de se déshabiller, la NHRC dénonce un traitement dégradant

Des photos qui ont choqué : les prisonniers ont fait des allégations d’actes de brutalités à leur encontre.

La National Human Rights Commission (NHRC) a rendu public le rapport sévère sur l’intervention menée le 17 juillet à l’Eastern High Security Prison (EHSP) de Melrose ce vendredi 3 octobre. L’enquête met en lumière de graves manquements dans la chaîne de commandement, l’usage disproportionné de la force, des fouilles humiliantes et la persistance de réseaux de corruption au sein de l’établissement. Le rapport appelle à une réforme urgente du système pénitentiaire et à une meilleure formation des officiers.

La NHRC souligne d’emblée l’absence de procédures claires et d’autorisation préalable avant le recours à la force. La décision d’appeler les unités spécialisées, notamment le CERT, le GIPM et le SMF, a été laissée à la seule discrétion de l’officier en charge, sans consultation avec ses supérieurs hiérarchiques ni avec le commissaire des prisons. L’enquête déplore également que le principe de désescalade n’ait pas été respecté. Selon la Commission, l’administration aurait dû prioriser le dialogue, la médiation et les mesures non coercitives pour résoudre la situation. L’absence d’un protocole établi a fragilisé le processus décisionnel, menant à une entrée en force jugée prématurée et injustifiée.

Le rapport révèle que la majorité des détenus étaient obéissants lors des opérations, mais qu’ils ont été victimes de violences graves. Il fait état de coups de tonfa, de coups de pied et de piétinements répétés, souvent infligés sans provocation apparente. Les images de vidéosurveillance confirment ces allégations. Pour la NHRC, le principe de proportionnalité n’a pas été respecté et l’intervention violente contre des détenus non armés a constitué une réponse punitive, contraire aux normes internationales et aux droits humains. La Commission rappelle que l’usage de la force doit être strictement nécessaire et proportionné, citant plusieurs jurisprudences internationales, dont R (Ahmad) v. Governor of HM Prison Frankland au Royaume-Uni, Bouyid v. Belgique devant la Cour européenne des droits de l’homme, ainsi que Kalkan v. Danemark en 2025.

Face contre terre

L’un des points les plus accablants du rapport concerne les fouilles corporelles collectives. Tous les détenus ont été contraints de se déshabiller et de s’allonger face contre terre, certains ayant été battus ou insultés s’ils résistaient. Un détenu identifié comme T a même été rasé de force sur place pour ôter une mèche de cheveux. Pour la NHRC, cette pratique constitue un traitement humiliant et dégradant, en violation de l’article 7 de la Constitution mauricienne et des standards internationaux, notamment l’arrêt Yankov v. Bulgarie de la Cour européenne des droits de l’homme. La Commission estime que ces fouilles ont transformé une mesure de sécurité en un acte punitif et dégradant.

Sur le plan médical, la NHRC a reçu plusieurs plaintes de familles de détenus signalant des blessures graves à la suite de l’intervention. Le 17 juillet, quatorze détenus se sont présentés au médecin de la prison en se plaignant de douleurs corporelles généralisées et ont reçu des antidouleurs. Le Principal Nursing Officer a déclaré avoir examiné quarante détenus et constaté chez certains des ecchymoses et abrasions mineures. Le rapport mentionne également le cas d’un détenu, identifié comme R, qui avait prêté serment, affirmant avoir subi de multiples fractures. Cependant, l’examen médical effectué à l’hôpital Jawaharlal Nehru a infirmé ces allégations, ne révélant qu’un kyste bénin au poignet gauche.

Rs 100 000 un téléphone

Le rapport consacre également un chapitre à la corruption au sein du personnel pénitentiaire. Plusieurs témoins, dont un détenu, ont dénoncé des réseaux de contrebande introduisant drogues, cigarettes et téléphones portables dans la prison avec la complicité d’officiers corrompus. Le coût d’un téléphone 3G atteindrait Rs 100 000, et celui d’un 5G jusqu’à Rs 150 000. Les transactions illicites seraient facilitées par des paiements en ligne via des agents pénitentiaires complices. La NHRC alerte que ces pratiques alimentent un environnement instable et dangereux, minant l’autorité et la sécurité de l’établissement.

La Commission observe aussi que la qualité du système carcéral dépend du professionnalisme des officiers, mais souligne des problèmes de motivation et de carrière. Elle relève notamment le cas d’un officier qui aurait attendu treize ans dans un poste intérimaire avant d’être confirmé. Ces retards, selon la NHRC, nuisent à la performance du personnel et soulignent la nécessité d’améliorer la formation, le suivi et la motivation des agents.

Dans ses recommandations, la NHRC insiste sur la nécessité d’instaurer une nouvelle culture dans la gestion des prisons. Elle encourage l’administration à privilégier le dialogue et la négociation avant toute intervention violente, à cibler la responsabilité individuelle plutôt que de recourir à des sanctions collectives, et à déployer des équipes spécialisées en désescalade lors des crises. La Commission appelle également à une réévaluation des procédures de fouille pour qu’elles respectent la dignité humaine et la proportionnalité, et recommande de reporter les fouilles sensibles afin de prévenir les tensions et d’éviter l’escalade des conflits. Elle insiste enfin sur l’importance d’un accès rapide et équitable aux soins médicaux pour tous les détenus, ainsi que sur la nécessité de renforcer la lutte contre la corruption et d’investir dans la formation continue du personnel.

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