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Travailleuses étrangères
Derrière les déportations, des destins qui interpellent
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Travailleuses étrangères
Derrière les déportations, des destins qui interpellent
Ces femmes venues à Maurice dans l’espoir d’une vie meilleure ne doivent pas être réduites à leur statut de travailleuses étrangères, avance Fayzal Ally Beegun.
Elle sont venues à Maurice avec l’espoir d’un avenir meilleur. Elles ont quitté leur pays, leur famille et parfois leurs enfants pour travailler et subvenir aux besoins de leurs proches. Mais, selon le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, pour certaines, ce projet de vie se serait transformé en une succession d’épreuves : disparition, mauvais traitements, perte d’emploi ou renvoi dans leur pays d’origine.
C’est cette réalité qu’il entend mettre en lumière. À travers plusieurs cas de travailleuses étrangères dont il dit avoir eu connaissance, il appelle à replacer l’humain au cœur des débats sur la maind’œuvre étrangère. «On dirait que nous faisons face à des déportations barbares, et l’on ne prend pas en considération l’aspect humain», déplore-t-il. Pour lui, derrière chaque dossier administratif se trouve une personne, avec une histoire, une famille et des circonstances qu’il estime nécessaire d’examiner avant toute décision.
Parmi les situations qui le préoccupent figure celle de Munawara Begum, une ressortissante bangladaise portée disparue depuis le 3 avril dernier. Le syndicaliste espère toujours qu’elle pourra être retrouvée saine et sauve. Il indique qu’elle aurait travaillé comme garde-malade.
L’affaire a été évoquée à l’Assemblée nationale le 20 octobre dernier. Interpellé à ce sujet, le Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, a indiqué que, selon les informations disponibles, Munawara Begum n’aurait pas quitté le pays, évoquant notamment la possibilité que son passeport soit toujours en sa possession. Récemment, Mᵉ Rama Valayden a de nouveau sollicité le PM ainsi que le commissaire de police afin que cette affaire soit prise davantage au sérieux.
Fayzal Ally Beegun cite également le cas d’une ressortissante malgache qui travaillait auprès de personnes âgées. Selon lui, elle aurait été renvoyée à Madagascar peu après avoir livré un témoignage public, en mai, lors de l’International AIDS Candlelight Memorial, organisé au Caudan. Il estime que ce renvoi pourrait être lié à son état de santé.
Selon des informations rapportées par des radios privées, l’ONG PILS et la National Human Rights Commission ont dénoncé ce qu’elles considèrent comme une mesure discriminatoire.
Pour le syndicaliste, ces événements soulèvent une question essentielle : quelle place est accordée à la dignité humaine lorsqu’un travailleur étranger est confronté aux autorités ou aux procédures d’immigration ? Il estime que, face aux travailleurs en situation irrégulière, il arrive que l’on manque d’humanité, faute de connaître les circonstances qui les ont poussés à quitter leur lieu de travail. Il considère également que certaines procédures pourraient nuire à l’image de Maurice à l’étranger.
Fayzal Ally Beegun revient également sur le cas d’Ashma, une ressortissante bangladaise qui, en 2021, avait fait état d’allégations de harcèlement et de violences sexuelles dans le cadre de son emploi au sein d’une entreprise textile. Ces allégations avaient été rendues publiques après son retour au Bangladesh.
Selon les informations disponibles, le ministère du Travail aurait ouvert une enquête sur les circonstances entourant ces allégations et le traitement réservé à la travailleuse. Les Casernes centrales et le Central Criminal Investigation Department auraient, de leur côté, lancé un appel à témoins, notamment auprès de travailleurs sociaux et de syndicalistes. À notre connaissance, aucune décision judiciaire n’a été rendue à ce jour, et la présomption d’innocence s’applique à toute personne mise en cause.
Le syndicaliste affirme avoir sollicité le haut-commissariat du Bangladesh à Maurice afin de connaître l’évolution de cette affaire. Selon lui, aucune arrestation n’aurait eu lieu à ce jour. «Je demande à la police mauricienne de rouvrir cette enquête. Je pense que tous les travailleurs méritent d’être protégés tant qu’ils sont sur le territoire mauricien», insistet-il, tout en soulignant que ces allégations doivent être examinées dans le cadre d’une procédure impartiale.
Il évoque aussi le cas d’une ressortissante sri-lankaise qui, selon son récit, aurait été recrutée pour travailler dans le domaine du maquillage, mais se serait ensuite vu confier d’autres tâches qu’elle aurait refusées. Son passeport aurait alors, toujours selon le syndicaliste, été retenu. Elle aurait saisi le ministère du Travail ainsi que la police.
Pour Fayzal Ally Beegun, ce cas soulève des interrogations sur les éventuelles pressions auxquelles peuvent être confrontées certaines travailleuses étrangères lorsqu’elles tentent de faire valoir leurs droits.
Au-delà de ces différents dossiers, le syndicaliste souhaite provoquer une réflexion plus large sur la situation des travailleurs étrangers à Maurice. «Tous viennent à Maurice afin de sortir de la pauvreté et des difficultés. Ils quittent leur famille et même leurs enfants pour venir travailler ici», rappelle-t-il.
Il estime qu’il faut chercher à comprendre les circonstances qui conduisent certains travailleurs à quitter leur emploi ou à se retrouver en situation irrégulière, plutôt que de considérer uniquement leur statut administratif.
Il appelle notamment la PM adjointe et ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, Arianne Navarre-Marie, à prendre position lorsque des travailleuses étrangères se retrouvent, selon lui, confrontées à des situations injustes. «Face aux injustices que ces femmes subissent, qu’elle lève la voix, elle aussi», demande-t-il.
Fayzal Ally Beegun craint enfin que de nombreuses histoires restent dans l’ombre, notamment celles de femmes qui souffrent sans oser parler. Il souhaite un examen plus attentif de ces dossiers, dans le respect des droits de chacun. «On n’aurait pas aimé que cela arrive à une Mauricienne qui travaille à l’étranger», lance-t-il.
Derrière les procédures, les statistiques et les décisions administratives, il rappelle ainsi une évidence : chaque travailleur étranger demeure avant tout une personne. Et pour lui, c’est précisément cette dimension humaine qu’il ne faudrait jamais perdre de vue.
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