Publicité
De la puce canine aux 40 heures
Par
Partager cet article
De la puce canine aux 40 heures
À combien se chiffre le prix d’attendre ? Pas seulement celui des heures perdues dans la file, mais aussi celui de l’énervement, du chaos, de la résignation. On croyait avoir tout vu : la poste, les guichets, les convocations judiciaires qui promettent 9 heures et vous livrent midi. Et voici que la MSAW ajoute un nouveau chapitre à la chronique mauricienne de l’attente inutile : deux centres pour pucer des centaines de milliers de chiens. Deux. Pour toute l’île.
Ceux qui ont accouché de cette idée savent-ils compter ? Ont-ils calculé le coût d’un taxi pour transporter deux, trois, cinq chiens depuis La Gaulette (à lire le témoignage d’une lectrice de l’Ouest en page 2) ? Ont-ils pensé aux maîtres âgés, sans voiture, aux familles modestes ? Interdits de bus et de métro, comment feront-ils ? Le résultat est prévisible : files interminables, chiens paniqués qui s’étripent dans la chaleur, propriétaires épuisés, services débordés. On voit déjà la scène : parking saturé, agents dépassés et l’inévitable panneau «Revenez demain».
La sanction promise – Rs 100 000 d’amende et jusqu’à trois ans de prison – achève de rendre l’exercice absurde. Menacer n’est pas gérer. Une telle peur poussera certains à abandonner plutôt qu’à enregistrer. Voilà comment une loi prétendant contrôler les errants risque d’en produire davantage.
On nous promet e-gouvernement, modernité, services fluides. Mais le réflexe reste le même : créer la queue. Pas de rendez-vous en ligne, pas de déploiement mobile par région, pas de vraie campagne d’information. À croire que la file d’attente est notre mode par défaut de régulation sociale. «Faites la queue, payez votre dû, attendez qu’on vous appelle.»
Soyons clairs : l’identification des chiens est utile. Elle peut responsabiliser, traquer l’abandon, mieux gérer les morsures, les fugues, les litiges. Mais pas ainsi. Pas avec une infrastructure ridicule, des menaces disproportionnées et zéro soutien logistique pour la majorité silencieuse des maîtres responsables.
La MSAW doit revoir sa copie : ouvrir des points temporaires, envoyer des équipes mobiles village par village, associer les vétérinaires, dédramatiser le geste. Sinon, ce sera le chaos : davantage de chiens errants, plus de colère, plus d’injustices. Et surtout, une nouvelle démonstration de notre addiction nationale à l’attente inutile – punition lente et sans imagination.
Attendre un peu, d’accord. Mais attendre pour rien et faire payer cette absurdité à ceux qui aiment leurs animaux : non.
******
Maurice rêve tout haut d’une semaine de 40 heures. Mais pendant que nous discutons d’ôter cinq heures symboliques, ailleurs on bouscule vraiment l’organisation du travail. L’Islande a abaissé la norme à 35-36 heures, l’Espagne teste 32 heures sur quatre jours, la Belgique condense les horaires, le Royaume-Uni mesure l’impact sur la productivité et la santé mentale avant de légiférer.
Ici, le débat s’épuise en querelles défensives : peur de baisses de salaire déguisées, égalité entre Mauriciens et travailleurs étrangers, survie des petits indépendants. Des préoccupations légitimes, mais qui passent à côté de la clé : la productivité. Travailler moins n’est pas travailler moins dur, c’est travailler mieux. Les pays qui réussissent ce virage ne décrètent pas des heures ; ils investissent dans l’efficacité : automatisation des tâches répétitives, formation managériale, réduction des réunions inutiles, nouveaux outils numériques.
Chez nous, rien de tel. Pas d’indice national de productivité suivi et rendu public. Pas de plan pour repenser les processus dans les entreprises, ni pour accompagner celles qui risquent de vaciller si la charge horaire baisse sans gains d’efficacité. On se contente de brandir une réforme sociale comme un totem, sans la rattacher à des résultats mesurables.
Or, les données mondiales sont claires : une semaine réduite mais pensée – flux simplifiés, objectifs clairs, management responsabilisé – entraîne moins d’absentéisme, plus d’engagement et souvent une productivité inchangée, voire en hausse.
Le risque est grand : annoncer 40 heures pour flatter l’opinion et se réveiller avec un système bancal, où seuls les travailleurs protégés gagnent du temps, pendant que les informels s’épuisent davantage et que les entreprises fragiles s’enfoncent.
Si Maurice veut crédibilité et compétitivité, il faut mettre de côté ces réformes de façade. Le vrai débat est de mesurer, secteur par secteur, comment produire plus intelligemment en moins d’heures. Sans cela, la «semaine de 40 heures» restera un rêve creux – et un fardeau de plus pour une économie déjà sous tension.
Publicité
Publicité
Les plus récents