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De la classe à la scène : Samuel David fait entendre les voix oubliées
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De la classe à la scène : Samuel David fait entendre les voix oubliées
■ Samuel David s’est laissé tenter par une aventure particulière : celle de l’écriture pour composer et réaliser une chanson pour ceux que l’on oublie facilement.
La peur, le rejet, l’anxiété… Ces mots lourds de sens ne sont pas que des concepts abstraits. Ils traduisent des émotions bien réelles que vit une partie de la société, et ce sont eux qui résonnent dans la première chanson de Samuel David, jeune éducateur au sein d’une école spécialisée (SEN) et Youth Coordinator de l’Association pour la protection des droits des handicapés (APDH) depuis trois ans. Avec son titre Mo koz ar divan, il jette un regard critique sur une société où l’oppression se joue autant dans les rues que dans les consciences, tout en offrant une bouffée d’espérance à ceux qui s’y reconnaissent.
L’aventure a commencé par la lecture d’un texte en anglais qui a profondément touché Samuel. «Avec le soutien d’une amie slameuse, nous avons traduit les paroles en créole. Le texte est fort», confie-t-il. Le choix du créole, langue du cœur et du quotidien, a permis de donner plus d’authenticité et d’impact au message. Mais pourquoi parler «au vent» ? Pour le jeune artiste, l’expression est symbolique : «Cela peut représenter la voix des artistes, des gens en détresse dont on ignore la parole. Ils parlent au vent et n’obtiennent pas de réponse. C’est un peu ce qui se passe actuellement. On parle d’un système où l’on nous demande plus de nous taire qu’autre chose. Mais nous, nous voulons trouver des solutions pour sortir de cette situation.»
Depuis la sortie de la chanson, Samuel David a reçu de nombreux retours positifs. «Certains ont aimé le son mélodieux de la guitare, d’autres ont apprécié le clip. Même mes élèves reprennent la chanson à l’école», raconte-t-il avec fierté. Le tournage du clip, justement, a pris une tournure inattendue. Au départ, Samuel voulait faire intervenir plusieurs figurants. Mais la veille du tournage, son vidéographe Paul Dylan lui propose un concept radicalement différent : «Il m’a dit que tourner le clip avec seulement moi et mon double, c’était la meilleure idée.» Résultat : un face-à-face avec lui-même, où l’on découvre un Samuel joyeux et un autre marqué par la détresse. «Au final, je montre à mon double qu’il faut sortir de cette situation. C’est un message d’espoir.»
L’éducateur derrière l’artiste

Si Samuel David réussit à toucher autant de personnes, c’est aussi parce que sa démarche artistique est nourrie par son expérience quotidienne d’éducateur auprès d’enfants à besoins particuliers. «En tant qu’éducateur, je vis et vois la détresse de certains. Ils sont vulnérables, et il faut un vent de libération pour la société. On est en déclin, et les autorités ne font rien pour que les enfants puissent avoir un meilleur avenir», déplore-t-il.
Convaincu que l’éducation ne se limite pas aux salles de classe, Samuel accompagne ses élèves dans leur développement personnel grâce à la lecture, l’écriture et l’écoute active. «Ces enfants appartiennent à ce que nous appelons des Special Needs, mais je dis que même ceux qui n’ont pas de handicap ont besoin d’une attention particulière. Je ne suis pas seulement éducateur : je veux briser les tabous, aider les jeunes, donner aux gens une matière à réfléchir.»
Avec Mo koz ar divan, Samuel David ne signe pas seulement une première chanson, il ouvre un chemin. Déjà, il prépare d’autres collaborations autour de thèmes percutants, toujours en lien avec les réalités sociales. Son objectif : susciter une prise de conscience collective et encourager la société à s’interroger sur ses priorités. Loin de se lancer seul dans cette aventure, il souligne le rôle crucial de ceux qui l’ont soutenu : son vidéographe Paul Dylan et son responsable musical Dylan Gooriah. «Ce clip est une dédicace à tous ceux qui luttent pour des causes nobles», insiste-t-il.
Au-delà d’un simple morceau de musique, «Mo koz ar divan» s’impose comme un cri du cœur. Entre mélancolie et espoir, il nous rappelle que, même lorsque nos paroles semblent se perdre dans le vent, elles peuvent trouver un écho inattendu et rallumer une flamme. Samuel David, lui, a choisi d’en faire un engagement artistique et humain. Et ce n’est, à n’en pas douter, que le début d’un long parcours.
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