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Réalisateur et président de l’association Porteurs d’Images

David Constantin : «L’industrie n’est pas orientée vers le développement du cinéma local»

17 novembre 2025, 17:00

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David Constantin : «L’industrie n’est pas orientée vers le développement du cinéma local»

Après sept ans d’absence, le Festival Île Courts revient en douceur. David Constantin envisage le futur scénario d’un festival qui veut surtout «être utile» à une industrie du cinéma qui bourgeonne mais peine à mûrir.

Pour parler de développement et de promotion du cinéma à Maurice, l’association Porteurs d’Images – qui organise le festival Île Courts – utilise le symbole de la boîte à outils. Arrivé à la 12e édition du festival, quels sont les outils qui manquent encore ?

Quand nous avons créé Île Courts en 2007, l’intention était de donner les outils, surtout en termes d’écriture, aux jeunes réalisateurs. Il y avait aussi des outils de production : leur donner une équipe professionnelle et des sous quand on pouvait. Les premiers films, c’était Rs 20 000 chacun. Quand nous avons été accompagnés par l’Union européenne, c’était Rs 150 000 à Rs 200 000 par film. C’était devenu une grosse machine. Mais lors de la dernière édition de 2018, nous étions déjà en réflexion pour revoir tout le dispositif. Pendant 12 ans, il y avait eu deux ateliers réguliers : écriture de fiction et écriture documentaire. Chaque atelier recrutait cinq participants. Cela fait dix personnes par an. Au bout de 12 ans, nous n’arrivions plus à trouver dix personnes par an ayant des projets de film ou une démarche de fabrication de films comme nous, on l’envisageait. Les gens voulaient plus des one shot, des projets faits rapidement, et moins s’investir dans un projet d’un an ou un an et demi.

Le deuxième constat, c’était que, pendant 12 ans, avec dix personnes par atelier, cela faisait 120 personnes qui étaient passées par Île Courts. Mais combien avaient fait des films après ou s’étaient investis dans l’association Porteurs d’Images ?

«Kot zot?»

Sur 120, il y a une dizaine qui ne sont pas forcément restés dans l’écriture mais qui sont dans l’écosystème du cinéma. Ils sont par exemple directeurs de la photographie sur des tournages.

Des noms ?

Azim Moollan est directeur de la photo, O’Bryan Vinglassalon est assistant caméra, Zia Eckburally est devenu l’un des piliers du secteur (NdlR : il gère Cine Equipment Rentals entre autres), ou encore Gloria Vivien.

C’est un bilan en demiteinte. Les gens qui composent aujourd’hui ce qu’on appelle l’industrie du cinéma ici, sont, en grande partie, passés à un moment ou à un autre par les ateliers d’Île Courts. Je ne dis pas que c’est grâce aux ateliers qu’ils ont réussi mais que cela a fait partie de leur apprentissage.

Dans l’organisation du festival, nous avons vieilli. Nous avons 52, 53 ans. Est-ce que nous sommes toujours en phase avec ce que veulent les gens qui souhaitent faire du cinéma ? Cette année, il n’y a pas d’atelier.

Par manque de moyens ?

Par manque de moyens. Mais aussi parce qu’il y a des questionnements. Aujourd’hui, alors que les équipements sont hyper accessibles, est-ce qu’il faut aller vers des professionnels qui ont déjà fait des films, pour les aider à aller plus loin ? Ou est-ce qu’il faut miser sur des très jeunes qui ont juste envie de faire des images avec un téléphone portable ?

Une observation personnelle : l’urgence, c’est de donner des outils aux utilisateurs de réseaux sociaux comme TikTok, pour qu’ils comprennent la fabrication d’images. Leur donner des outils non pas pour faire des images mais pour les analyser. Comprendre que du contenu présenté comme un documentaire, en réalité, c’est peut-être une pub. Qu’il y a autre chose derrière qui essaie de manipuler l’utilisateur des réseaux sociaux. Comment repérer une vidéo générée par intelligence artificielle. C’est une direction potentielle vers laquelle nous pourrions aller. Au final, nous voulons que l’association Porteurs d’Images soit utile.

L’une de ses vocations c’est aussi de contribuer à la professionnalisation dans ce secteur. Après une pause de cinq ans, quel retard faut-il rattraper ?

Il y a plusieurs filières dans la professionnalisation. Les filières techniques se sont hyperspécialisées.

C’est un faux débat de dire qu’il manque des techniciens ?

Il y a des techniciens formés, mais pas à tous les postes. Sur les postes techniques, il y a des assistants caméras, chef électro, des machinistes. Le problème, c’est que l’industrie étant orientée vers l’accueil des tournages étrangers, ces postes-là se sont beaucoup développés, mais tous les postes créatifs ne se sont pas développés parce que les tournages étrangers ne viennent pas chercher ça ici. Quand nous proposions des ateliers d’écriture, cela répondait à cette question.

Aujourd’hui, les attentes sont très larges. Il y a ceux qui veulent faire du contenu pour les réseaux sociaux. Il y a ceux qui veulent faire des longs métrages, alors que j’estime qu’il faudrait passer par du court avant. Une fois que le film passe une ou deux fois en salle, comment aller au-delà pour qu’il ne reste pas dans un tiroir ? Nous avons un secteur à trous. Il y a également tous les métiers annexes, la distribution, la production, qui restent à consolider. La Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) achète du contenu local. Cela, c’était interrompu. Au fond, tout le système ne peut marcher qu’avec un gros soutien du secteur public.

L’industrie locale du cinéma a été pensée comme un outil d’investissement étranger et de développement du tourisme parce que cela apporte de la visibilité. Des producteurs locaux qui remplissent les critères du Film Rebate Scheme arrivent à passer entre les mailles. À la base, le secteur n’est pas orienté vers le développement du cinéma local. Ce n’est pas fait pour le développement culturel. C’est fait pour des films qui seront exportés. Il n’y a pas vraiment de guichet pour les films faits par des Mauriciens, pour des Mauriciens, qui ensuite vont voyager.

Dans l’histoire d’Île Courts, il y a eu le pic avec l’enveloppe d’ACP Culture+ financé par l’Union européenne, ensuite c’est retombé.

Quand le Covid est arrivé les sponsors sont partis.

Avec ce retour en 2025, avez-vous trouvé des réponses pour éviter une situation financière précaire ?

Le secteur culturel ne peut pas survivre sans l’investissement de fonds publics. La question de viabilité ne devrait même pas se poser. Dans le culturel, on ne recherche pas la rentabilité mais ce que cela apporte au public.

Pour qu’Île Courts revienne l’année prochaine, il faut que les frais soient payés, non ?

C’est là où le secteur public, normalement, doit aider. Dans tous les pays où cela fonctionne, il y a toujours des financements publics. Le backbone, c’est souvent l’État, ensuite, il y a les sponsors, les chaînes de télévision privées etc.

En 2025, la Mauritius Film Development Corporation soutient Île Court. Mais ce n’est pas financier, n’est-ce pas ?

Là, c’est comme si nous reprenions Île Courts à zéro.

C’est dommage pour un festival qui est arrivé à sa 12e édition.

Bon, nous capitalisons quand même sur l’expérience acquise. La présence de la MFDC, c’est important. L’un de nos partenaires principaux est une agence de l’État. Avoir la MBC comme diffuseur c’est aussi très fort.

Savez-vous si Île Courts revient l’an prochain ?

On y travaille. On le saura début décembre.

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