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Cyril Ramdoo : «letan margoz» adouci par la chanson

1 décembre 2025, 18:00

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Cyril Ramdoo : «letan margoz» adouci par la chanson

■ Cyril Ramdoo et son biographe, le Dr Koomar Surrun. Photo: Aurelio Prudence.

Sans faire le Grand fanor, ni Lerwa Peto. Un peu comme son personnage de Gaby dans Froder mariaz, Cyril Ramdoo fait lui aussi son comeback. Pas en chanson, mais sous forme d’une biographie rythmée par des souvenirs du temps révolu. Un bouquet d’humour avec Cyril Ramdoo signé Koomar Surrun a été lancé le 20 novembre dernier au Hennessy Park Hotel.

Pena pou desann pouse. On plonge directement dans le décor du Ward IV de Port-Louis de la fin des années 50. Boul kaskot, la gifle du père pour avoir crié «mariaz pa badinaz, pour reprendre les paroles d’un séga populaire de Serge Lebrasse», au passage d’une voiture où de nouveaux mariés avaient pris place. Tout cela se déroule à l’ombre des flamboyants et au pied des marches du monument Marie Reine de La Paix.

Plus que la vie d’un instituteur plus connu pour ses talents de chanteur, c’est toute l’existence d’un quartier de la capitale, le vécu d’une époque, qui rendra certains lecteurs extrêmement nostalgiques, que restitue le biographe. Il nous fait saliver avec les «choses à grignoter pour le thé de quatre heures», dont le «manioc bouilli bien beurré».

L’une des nombreuses scènes parlantes, c’est l’image de Cyril Ramdoo, alors âgé de dix ans, qui se réveille à 6 heures le dimanche matin. «Il se faufilait silencieusement entre les meubles dans la pénombre de l’aube pour accéder au salon. Là, il allumait la radio en diminuant le volume au maximum pour ne pas réveiller ses parents. Il cherchait la station de Radio Ceylan sur les ondes courtes (…) Tous les morceaux en vogue, les hits anglais étaient au programme. Il écoutait et écrivait les paroles pour qu’il puisse siffloter ou chantonner les morceaux bien avant ses amis. Ces derniers devraient attendre au moins deux mois pour que les disques arrivent de la France par les bateaux des Messageries Maritimes. On pouvait alors les acheter chez les magasins Venpin, Damoo ou Neptune, pour ensuite les écouter.»

Ces quelques lignes situent avec justesse Cyril Ramdoo, né le 28 janvier 1947 et avant-dernier d’une fratrie de neuf enfants. Son père était policier. On y lit la naissance d’une vocation et les difficultés d’une époque d’avant internet et les plateformes digitales. Les signes se multiplient quand «un voisin de Cyril, un infirmier en partance pour l’Angleterre, lui donna sa guitare. Au collège, son ami Lucien Finette allait lui prêter son livre de guitare Marabout Flash». Voilà qu’un petit groupe se forme au collège.

L’école c’est aussi le milieu professionnel de Cyril Ramdoo. Instituteur le jour. Chanteur la nuit. Puis rattrapé par les réalités : «Après son mariage, Lilette (NdlR : également institutrice) ne voulait pas que Cyril continue à chanter six soirs par semaine à l’hôtel.» Le voilà qui intègre l’ensemble Cimiotti. Qui monte sur les planches dans l’adaptation de Zozef ek so palto larkansiel de Gérard Sullivan et Dev Virahsawmy. Une vie riche en projets musicaux. Une carrière d’instituteur qui n’a pas été de tout repos.

«C’est durant l’un des déjeuners annuels des anciens élèves du Collège Royal de Port-Louis (NdlR : Cyril Ramdoo fait partie des old boys) que l’idée d’écrire sur la vie et les ségas de Cyril germa (…) Cyril et moi pensions qu’il y avait un vide cruel qu’il fallait combler au plus vite. On n’y est pas allé par quatre chemins», note en avant-propos le biographe Koomar Surrun.

Le préfacier, Sedley Assonne, n’y va pas de main morte non plus. Lui aussi souligne que Cyril Ramdoo est «un des seuls ségatiers à avoir fréquenté un collège d’État. Montrant que notre séga n’était pas si "sale" que ça. On pouvait donc être Royaliste et chanter du séga». Le préfacier se désole que le répertoire de Cyril Ramdoo ne passe pas sur les ondes des radios. «Et la télévision nationale est plus préoccupée à se faire bien voir par les politiciens pour se soucier du sort de nos ségatiers. Mais toujours est-il qu’à l’heure des textes ninport de 666 Armada et de Cartel, tous bourrés de jurons, il est réconfortant de savoir qu’un Cyril Ramdoo a pu donner quelques joyaux au séga mauricien.»

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Le biographe

Koomar Surrun, docteur au chevet de la musique

Bitmap (13).jpgCyril Ramdoo le jour de sa première communion.

Un an d’entretiens avec Cyril Ramdoo. «J’ai dû persévérer pour obtenir tous les renseignements. Il est si occupé», confie le biographe du chanteur, le Dr Koomar Surrun.

Particularité du biographe, il est également auteur d’une thèse sur «Humoristic sega as a musical discourse. A musical and textual analysis in an evolving sociocultural context». Un travail universitaire réalisé sous la supervision de Patrick Allen, professeur de musique à l’université de Londres et l’Associate Professor Adi Sankara Peruman du Mahatma Gandhi Institute (MGI). Ce qui lui a valu une note «avec mention», en début d’année, quand il a obtenu le BA (Hons) Music de l’université de Maurice.

«J’ai choisi ce sujet d’études à cause de Cyril Ramdoo», explique le biographe. Il dit avoir mené de front l’écriture de la biographie et celle de la thèse. «Au moment de m’inscrire à l’université, j’avais déjà fini la moitié de la thèse», affirme cet étudiant atypique. Docteur en médecine ayant dépassé l’âge officiel de la retraite, avant même de commencer le cours, Koomar Surrun avait déjà détaillé sa méthodologie et constitué sa bibliographie. Il est aussi musicien et suit des cours de flûte traversière. Il ne cache pas qu’il trouve «difficile» les épreuves du Grade 5. Le Dr Koomar Surrun a aussi écrit un recueil de poèmes, à paraître.

Au cours de sa carrière, Koomar Surrun a été directeur par intérim du SSR Medical Research Centre. Il avait aussi été nommé premier président du Clinical Research Regulatory Council. Il a aussi occupé diverses fonctions au Koweït et à Singapour, dont celui de directeur par intérim du département de médecine du Singapore General Hospital.

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