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Éducation
Cyberharcèlement : un fléau qui détruit des vies, un dialogue pour espérer
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Éducation
Cyberharcèlement : un fléau qui détruit des vies, un dialogue pour espérer
Des jeunes, parents et psychologues réunis à l’Institut Cardinal Jean Margéot à Rose-Hill pour un forum sur le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement, un fléau qui touche de plus en plus de jeunes à Maurice.
Le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement ne cessent de gagner du terrain à Maurice. Derrière les écrans comme dans les cours d’école, de plus en plus de jeunes se retrouvent piégés dans un engrenage de moqueries, de menaces, de chantage ou d’humiliation publique. Certains sombrent dans la dépression, d’autres vont jusqu’à envisager l’irréparable. Le drame survenu le week-end dernier, lorsqu’une adolescente s’est donné la mort après la diffusion de ses photos sur les réseaux sociaux, en est une douloureuse illustration.
C’est pour mettre des mots sur ce mal et encourager le dialogue que l’Institut Cardinal Jean Margéot (ICJM), à RoseHill, a organisé un forum de discussion autour du thème du harcèlement scolaire et du cyberharcèlement. Plusieurs intervenants – psychologues, experts, représentants d’organisations et parents – ont échangé sur l’urgence d’agir et les responsabilités de chacun. «Le dialogue et le débat, même quand ils touchent à des sujets tabous, sont essentiels», a souligné Jonathan Ravat, directeur de l’ICJM. «C’est en parlant que l’on crée des liens et que l’on trouve ensemble des solutions.»
Selon Rowin Narraidoo, collaborateur de l’ICJM, beaucoup de parents ne saisissent pas l’ampleur du phénomène. «Quand on parle de sextorsion, de sextaping ou d’intimidation en ligne, certains sont dépassés. Le téléphone portable est devenu une cour de récréation ouverte 24h/24. Mais les parents savent-ils vraiment ce que font leurs enfants dans leurs chambres ?», questionne-t-il.
Cette vigilance parentale est d’autant plus cruciale que les jeunes, livrés à eux-mêmes sur les réseaux sociaux, s’exposent à de graves dérives.
Quand les témoins deviennent complices
Pour Élise Koeing, psychologue spécialisée en enfance et adolescence au sein de l’ONG Konekte, «le harcèlement, c’est une violence répétée, physique ou psychologique, exercée le plus souvent par un groupe contre une cible isolée.» Elle rappelle qu’«il n’y a pas de profil type ni pour le harceleur ni pour la victime.»
Son message aux parents est clair : «Valorisez vos enfants pour ce qu’ils sont. Observez les signes : repli sur soi, refus d’aller à l’école, chute des résultats scolaires… Souvent, on minimise leur détresse, croyant à une comédie. Mais ces jeunes vivent un véritable mal-être.»
Le neuropsychologue Damien Fabre a, lui, insisté sur le rôle des «spectateurs» : «Le harceleur tire sa force du public qui rit, qui filme ou qui se tait. Réfléchissons à ce que deviennent ces témoins passifs : ils alimentent sans le vouloir le pouvoir du harceleur.»
Un message fort a également été lancé par Clifford Motet de la Cybercrime Unit. «Vous offrez un téléphone à votre enfant, mais savez-vous seulement comment il fonctionne ? », a-t-il lancé. «Une fois l’appareil en main, l’enfant s’expose à tout : photos intimes, partages imprudents, conversations nocturnes. Et quand le pire arrive, il est souvent trop tard.»
Il a dénoncé la tendance à la banalisation : «Le cyberharcèlement est devenu un fléau. Ce qui s’est passé la semaine dernière aurait pu être évité. Ne soyez pas des parents démissionnaires face à vos responsabilités.»
La psychologue Dr Stéphanie Fanchette a rappelé que «le harceleur n’est pas né violent, il se construit dans un processus de transformation sociale». L’adolescence est une période charnière : «Le jeune cherche à exister dans son groupe. Il observe, il imite, il veut être accepté. Parfois, il trouve dans la moquerie ou la domination un moyen de s’affirmer.»
Elle souligne l’impor tance d’accompagner non seulement les victimes, mais aussi les auteurs : «L’intimidateur perd toute empathie. Il faut l’aider à comprendre la souffrance qu’il inflige.»
Du côté de l’Ombudsperson for Children, Ismaël Bawamia, investigateur, déplore le manque de moyens pour un suivi psychologique systématique : «Nous recevons des parents désespérés, mais nous n’avons pas de psychologue attaché à notre bureau. Les cas sont référés au ministère, mais les démarches sont longues. Nous devons passer de la réaction à la prévention.»
«Proche des ministres»
Il insiste : «Le harcèlement est une atteinte aux droits et à la dignité de l’enfant. Les écoles doivent promouvoir des sanctions éducatives plutôt que purement répressives, et les parents doivent apprendre à parler de ces sujets sans peur. »
La rencontre s’est achevée sur des témoignages poignants. Amélie, une jeune fille présente dans le public, a raconté son calvaire : «J’ai été harcelée à l’école. J’ai tout raconté. Mes parents ont alerté la brigade des mineurs, mais rien n’a été fait. La fille qui m’a harcelée a juste changé de classe. Elle m’a même dit que sa famille était proche des ministres, qu’elle ne risquait rien… et c’est ce qui s’est passé. J’ai vécu une peur panique. J’ai dû changer d’école.»
Sa mère, émue, a confié : «On a l’impression d’être seuls. Il faut que les institutions agissent vraiment.» Ce forum aura au moins permis de faire entendre les voix de ceux qui souffrent et de rappeler l’urgence d’une mobilisation collective.
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