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Protection animale

Croquettes hors de prix, adoptions en chute : Les ONG au bord de la rupture

16 novembre 2025, 12:00

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Croquettes hors de prix, adoptions en chute : Les ONG au bord de la rupture

■ Face à la hausse du coût des aliments, les ONG peinent à nourrir les centaines de chiens qu’elles secourent chaque jour. Photos: Rishi Etwaroo.

Les propriétaires d’animaux tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme. Depuis plusieurs semaines, la hausse des prix des aliments pour chiens et chats pèse lourd sur les budgets, au point de pousser certains à des décisions douloureuses. Alors que se poursuit l’exercice d’enregistrement des chiens, les «rescuers» observent un phénomène inquiétant: le nombre de chiens errants augmente sensiblement à travers l’île, signe que les abandons se multiplient.

Depuis plus d’une semaine, de nouveaux tarifs sont affichés dans les supermarchés et magasins spécialisés. Les croquettes pour chiens affichent des hausses significatives : un sachet de trois kilos est passé de Rs 646 à Rs 700, tandis que les boîtes de thon pour chats sont désormais vendues à Rs 39,70, contre Rs 34 auparavant. Ces montants, en apparence modestes, pèsent pourtant lourd dans un budget mensuel déjà fragilisé par la vie chère. Et cette cherté ne touche pas que les foyers : elle se répercute aussi dramatiquement sur les organisations non gouvernementales qui nourrissent chaque jour des dizaines, parfois des centaines, d’animaux.

Sur le terrain, les «rescuers» voient la situation se dégrader au fil des semaines. «Des décisions sont prises pour décourager les propriétaires et créent plus d’abandons», déplore l’un d’eux, visiblement à bout. Selon lui, les ONG ne reçoivent aucune aide du gouvernement, alors que l’urgence grandit. La Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), dit-il, ne pourra jamais absorber tous les animaux désormais livrés à eux-mêmes.

Il pointe aussi du doigt les nouvelles mesures évoquées autour de la gestion des chiens. «On parle de cours qui doivent être clôturées. Mais dans certaines régions, c’est impossible. Prenez les faubourgs de Port-Louis : les chiens sautent d’une cour à l’autre. On ne peut même pas parler de propriétaires. Ce sont des familles qui leur donnent parfois un peu à manger, juste par compassion.» Depuis quelques semaines, plusieurs nouveaux chiens ont été repérés dans ces zones. «Certains ont encore leur chaîne autour du cou. Nous sommes découragés…», souffle-t-il.

Des abandons à la pelle

La question financière est au cœur du débat. Comment les ONG pourront-elles continuer à nourrir leurs protégés avec des prix en constante augmentation ? «Certains jours, c’est une centaine de chiens qu’il faut nourrir. On ne peut pas dépendre uniquement des donations. Les entreprises aident, mais souvent c’est du one-off. Rien de régulier. Le gouvernement aurait dû mettre en place un système de distribution de nourriture pour soutenir les ONG.»

À cela s’ajoute un autre constat alarmant: la chute drastique des adoptions. «Avant, on apportait une vingtaine de chiots dans les shopping malls et une quinzaine trouvaient une famille. Aujourd’hui, même après plusieurs semaines, personne ne vient. Les gens ne veulent plus adopter.» Une situation qui élargit le cercle vicieux: plus de naissances, plus d’abandons, moins d’adoptions, et des ONG débordées.

Du côté des organisations, Usha Oodit Bawani, directrice de Pink Pony Charity Trust, partage les mêmes inquiétudes. Selon elle, les propriétaires qui n’ont pas fait stériliser leurs animaux risquent d’être confrontés à des portées imprévues… et coûteuses. «Avec la hausse des prix, cela va créer encore plus d’abandons», prévient-elle. Elle déplore aussi l’absence d’un réel soutien gouvernemental. «On fait une partie de leur travail, mais on nous coupe nos vouchers. Avant, on pouvait obtenir une micropuce via un système simple et efficace. Aujourd’hui, tout cela a été supprimé.»

Elle questionne surtout le manque d’organisation autour de la stérilisation. «On mène des campagnes dans les municipalités, mais qu’en est-il des villages ? On impose la micropuce, mais la stérilisation n’avance pas. C’est pourtant la seule solution durable pour contrôler la population canine à Maurice.»

Les ONG soulèvent également une autre interrogation : comment la MSAW, avec seulement deux vans opérationnels, pourra-t-elle gérer la situation sur tout le territoire ? «Comment vont-ils faire le suivi, poser des micropuces, intervenir dans les zones reculées ?» demandent-elles.

Face à ces défis, l’urgence la plus palpable reste celle du coût de la nourriture. Pour Manishi Doolub Gaungoo, fondatrice de Wellbeing of Strays, les tarifs atteignent des niveaux «abusifs». «Cela devient extrêmement difficile de nourrir tous les animaux dont nous nous occupons quotidiennement.» Elle relève également une incohérence surprenante : «Les aliments fabriqués à Maurice coûtent plus cher que ceux importés… Comment l’expliquer ?»

Au final, l’ensemble des acteurs du terrain arrivent à la même conclusion : sans une intervention rapide des autorités, le nombre de chiens errants continuera d’augmenter, les ONG s’enfonceront davantage dans la précarité, et les abandons risquent de devenir la norme pour de nombreux foyers en difficulté.

La problématique de la nourriture n’est que l’arbre qui cache la forêt. Entre système d’enregistrement incomplet, stérilisation insuffisante, absence d’aide logistique et explosion des prix, c’est toute la chaîne de protection animale qui vacille. Et avec elle, des milliers d’animaux innocents qui en paient déjà le prix.

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