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COP30 : Leadership absent, voix invisible

18 novembre 2025, 02:45

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Une évaluation critique de notre échec diplomatique climatique...Alors que le monde se réunit à Belém, au Brésil, pour le sommet climatique le plus décisif de la décennie, Maurice ne se présente pas comme le champion du climat que nous aspirions à être, mais comme une nation satisfaite d’occuper les bancs du fond de l’histoire. L’absence criante de notre ministre de l’Environnement, de la Gestion des déchets solides et du Changement climatique, ainsi que de la ministre junior à la tête de notre délégation à la COP30, n’est pas simplement une omission symbolique — c’est une trahison de nos responsabilités en tant que Petit État insulaire en développement, en première ligne de la crise climatique.

Ce qui a été réalisé à la COP29

Lors de la COP29 de l’année dernière à Bakou, la communauté internationale a finalement convenu d’une nouvelle architecture de financement climatique après des négociations houleuses. Les pays développés se sont engagés à mobiliser au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour les pays en développement, bien que cela reste très en deçà des 1 300 milliards de dollars que les pays en développement — y compris les PEID — exigeaient et dont ils ont besoin.

Le sommet de Bakou a également achevé les négociations décennales sur les marchés du carbone de l’Article 6, créant un mécanisme qui pourrait aider les pays à atteindre leurs objectifs d’émissions grâce à la coopération internationale.

Cependant, la COP29 a échoué de manière catastrophique sur ce qui comptait le plus : les pays ne sont pas parvenus à s’entendre sur la manière de faire avancer l’engagement historique de l’année précédente de «se détourner des combustibles fossiles». Le langage sur l’élimination progressive des combustibles fossiles obtenu à la COP28 à Dubaï a été abandonné à Bakou, sans feuille de route concrète pour sa mise en œuvre.

Pour quoi les PEID se battent actuellement

À la COP30, l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS), représentant 39 nations dont Maurice, prend clairement position : «L’AOSIS ne fera partie d’aucun consensus à la COP30 qui ferait de nous les co-signataires de notre propre destruction.» Les PEID exigent que la limite de température de 1,5 °C soit traitée comme une obligation légale et non comme une aspiration, comme l’a préconisé le récent avis consultatif de la Cour internationale de justice.

Les représentants des PEID ont tenu des sessions stratégiques intensives avant le sommet pour aligner leurs positions sur la protection de la limite de 1,5 °C, garantir un financement climatique équitable et accessible, faire avancer le soutien aux pertes et dommages, et finaliser les indicateurs d’adaptation. Les dirigeants du Pacifique ont déclaré que leur combat pour 1,5 °C est à la fois «une obligation légale et un combat pour la survie».

Les PEID poussent également pour des systèmes agroalimentaires durables, sachant que plus de la moitié des nations insulaires importent plus de 80 % de leur nourriture, les rendant particulièrement vulnérables aux chocs climatiques et à la flambée des prix alimentaires.

La conférence doit finaliser la Feuille de route de Bakou à Belém, montrant comment faire passer le financement climatique de 300 milliards à 1 300 milliards de dollars nécessaires, et compléter les indicateurs mondiaux d’adaptation pour mesurer les progrès.

Maurice : un vide de leadership

L’accusation la plus accablante concernant l’ambition climatique de Maurice est la suivante : ni le ministre Rajesh Bhagwan, ni la ministre junior Joanna Bérenger ne sont présents à la COP30.

Ce sont pourtant des négociations de vie ou de mort pour les petits États insulaires. Le monde finalise la feuille de route qui déterminera si le financement climatique peut atteindre les montants nécessaires. Les PEID se battent pour faire de la limite de 1,5 °C une obligation légale. Les indicateurs d’adaptation qui détermineront les flux financiers pour les décennies à venir sont en cours de discussion.

Et nos ministres ? Absents.

Cette absence révèle un profond désintérêt pour la crise climatique. Que ce soit par complaisance, par priorité mal placée ou par simple indifférence, le message est clair : la COP30 — le sommet climatique le plus crucial depuis des années — ne mérite pas leur présence.

Maurice : l’éternel suiveur

La réalité est encore plus accablante lorsque l’on examine la performance climatique réelle du pays. Maurice a soumis sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0) avec sept mois de retard — le 29 septembre 2025, bien après la date limite de février.

Alors que nous avions promis une réduction de 30 % des émissions en 2016, nos émissions ont au contraire augmenté en moyenne de 3,3 % par an.

Notre CDN 3.0 reprend largement les mêmes objectifs que la CDN 2.0 : même réduction visée de 40 %, désormais repoussée à 2035 ; mêmes promesses d’expansion des énergies renouvelables ; mêmes engagements vagues sur la sortie du charbon. «Le même vieux vin dans une nouvelle bouteille», selon les critiques.

Maurice n’a aucune position de négociation indépendante. Nous suivons plutôt que nous ne dirigeons. Alors que les Seychelles innovent dans le financement du carbone bleu, que Mia Mottley défend l’Initiative de Bridgetown et que les Fidji se battent pour le Pacifique, Maurice se contente d’acquiescer.

Le coût de l’invisibilité

Le monde négocie l’architecture du financement climatique qui déterminera si les PEID peuvent survivre au siècle. Le Brésil lance un Fonds tropical pour les forêts de 125 milliards de dollars. L’UE soumet des objectifs ambitieux. Les nations du Pacifique bataillent pour chaque clause.

Et Maurice ? Présente physiquement, mais politiquement invisible.

Pas de voix distinctive. Pas de propositions audacieuses. Pas de leadership moral.

Nous méritons mieux

Maurice a déjà su boxer au-dessus de sa catégorie dans les forums internationaux : l’Accord BBNJ, la gouvernance des océans, le plaidoyer des PEID. Cette époque semble révolue.

À la COP30, alors que d’autres petits États insulaires se battent pour leur survie, Maurice reste en retrait. Ce n’est ni du leadership ni une représentation adéquate. C’est un échec — et nous sommes complices si nous ne demandons pas mieux.

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