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Musée de l’Esclavage Intercontinental
Constance Couronne et Furcy Madeleine : résilience personnifiée
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Musée de l’Esclavage Intercontinental
Constance Couronne et Furcy Madeleine : résilience personnifiée
Photos : © Kiranchand Sookrah
Aller à la rencontrer de deux anciens esclavés aux parcours atypiques et inspirants : Constance Couronne, l’enfant déportée à l’âge de neuf ans en Australie. Et Furcy Madeleine (1786-1856), un Réunionnais mort à Maurice, qui s’est battu pendant plus de 25 ans devant la justice française pour faire reconnaître son statut d’homme libre. C’est ce que propose l’exposition visible jusqu’au 13 février au Musée de l’esclavage intercontinental, à Port-Louis.
? Ganny Jangeerkhan, descendant de Furcy Madeleine

Ganny Jangeerkhan habite à Rose-Hill. Il est l’un des descendants de Furcy Madeleine et participe aux actions pour mieux faire connaître le combat mené par son aïeul. Il se présente comme l’un des gardiens de ce patrimoine.
? Furcy Madeleine, le «financeur»
À Maurice, Furcy Madeleine a eu des activités économiques prospères. Devenu pâtissier confiseur, des actes notariés permettent de suivre sa situation financière. La partie de l’exposition consacrée à Furcy Madeleine a été montée en collaboration avec le Musée Villèle à La Réunion. C’est l’une des suites de la Déclaration d’intention dans le domaine du patrimoine, signée le 25 avril 2025, lors de la visite d’État à Maurice, du ministre délégué français chargé de la Francophonie et des partenariats internationaux, Thani Mohamed-Soilihi.

L’exposition explique que le testament de Furcy Madeleine a été rédigé en 1835. Qu’il a prêté 904 piastres au taux d’intérêt de 8 % par an au marquis de Saint-Gilles. Qu’en 1838, il achète un terrain de 35 arpents à Pamplemousses, terrain revendu en 1841. La même année, il achète un autre terrain de 39 arpents à Moka.
? «Long road to justice»

27 ans. C’est le temps pris par les procédures légales entamées par Furcy Madeleine pour faire reconnaître qu’il est un homme libre. Sa mère, Madeleine, a été affranchi en 1789, trois ans après la naissance de Furcy comme esclavé. Mais ni mère ni fils ne sont au courant de l’affranchissement de Madeleine. Furcy ne le découvre qu’à l’âge de 31 ans. À partir de 1817, à La Réunion, Furcy engage un premier procès. Il est débouté une première fois, puis une deuxième fois en appel. En 1835, il demande l’annulation du premier procès à Paris. Un nouveau procès a lieu en 1843. Le 23 décembre 1843, Furcy est reconnu par la cour comme étant né libre. Il recevra un dédommagement.
? Prix Jean Fanchette 2025
Nicolas Couronne a raconté l’histoire de Constance Couronne ainsi que ses recherches longues de sept ans. Le texte intitulé Le regard de l’ancêtre esclave lui a valu le prix Jean Fanchette 2025. L’ouvrage a été lancé le 2 février. Un livre disponible chez Le Cygne à Rose-Hill et Le Trèfles à Curepipe.

? Exposition itinérante aux États-Unis
L’exposition réalisée par le Musée Villèle sur Furcy Madeleine, qui est visible au Musée de l’esclavage intercontinental, est aussi en itinérance aux États-Unis. Xavier Le Terrier, historien, du Musée Villèle a fait le déplacement à Maurice pour l’installation et le vernissage de l’expo, le 2 février. Il explique que l’expo a aussi été montrée à la Duke University, celle de Virginie.

«Ce qui attire le public, c’est l’histoire singulière de Furcy qui a gagné le procès. Là, on a un exemple concret, à travers les archives judiciaires, qui permet d’incarner cette histoire. C’est important de faire cet acte de décentrement auprès du public: sortir de la période actuelle pour se projeter dans les mœurs et comportements de l’époque, pas pour comprendre, mais accepter comment la société de l’époque fonctionnait. Cela permet de ressentir un peu ce que Furcy a pu ressentir.» Trois historiens se sont penchés sur le cas Furcy : Gilles Gérard, Sue Peabody et Jérémy Boutier.
? À bas les idées préconçues
Xavier Le Terrier du Musée Villèle à La Réunion a guidé la visite de l’exposition effectuée par Dharam Gokool, président de la république. Nous avons demandé à Xavier Le Terrier ce qu’il pense de Furcy Né libre, film d’Abd Al Malik, sorti en salles en France le 14 janvier.

«En tant qu’historien, on a du mal à regarder un film qui prend autant de libertés avec la vérité historique», confie Xavier Le Terrier. «Dans ce film,on présente Furcy comme un kaf, comme on dit à La Réunion, alors qu’il est un descendant d’indien.» Madeleine, la mère de Furcy, est née dans le Comptoir français de Chandernagor en Inde. Elle a été enlevée enfant pour être amenée en France, puis confiée par sa première maîtresse, une Réunionnaise nommée Routier, en échange de la promesse que la jeune fille soit affranchie à son arrivée à Bourbon. Ce qui ne sera fait que des années plus tard, en 1789, sans que Madeleine ne soit prévenue. Que Furcy soit arrivé dans le cinéma français est pour l’historien une «appropriation. Si l’histoire est cantonnée dans les livres, elle ne remplit pas son office. C’est une bonne chose que le cinéma s’en empare. Après, c’est une question de dosage entre vérité historique et fiction».
? Nicolas Couronne, descendant passionné

Depuis qu’il a appris l’existence de Constance Couronne, Nicolas Couronne consacre une bonne partie de son temps à faire connaître l’histoire de cette enfant esclavée déportée en Australie à neuf ans. Son crime : elle a été accusée d’avoir tenté d’empoisonner sa maîtresse. Les recherches de Nicolas Couronne ont mené à sa rencontre avec Gloria Provest, descendante de Constance Couronne vivant en Australie (à dr.). Celle-çi a fait le déplacement à ses frais à Maurice pour l’exposition. Les efforts de Nicolas Couronne ont été salués par Kate Chamley, haute-commissaire d’Australie à Maurice.
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