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Aldo Farla
«Comparer les stéroïdes et autres SARM à des compléments tels que les protéines est une grave erreur»
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Aldo Farla
«Comparer les stéroïdes et autres SARM à des compléments tels que les protéines est une grave erreur»
Aldo Farla, culturiste et propriétaire d’un club de fitness.
La passion d’Aldo Farla c’est bien évidemment la musculation. Qui mieux que lui pour donner un avis d’expert sur une discipline qui attire de plus en plus d’adeptes dans les salles de sport ? C’est dans son club de fitness à Curepipe que «l’express» l’a rencontré. Entre des séances de coaching, il se livre sans filtre. Il nous parle de son ancienne addiction à l’alcool, des épreuves qu’il a traversées avec l’ancien ministre des Sports, de son désir de reconnaissance et de récompense, de la génétique exceptionnelle des Mauriciens, de la Fédération de culture physique mauricienne qu’il remet en question, et surtout, de l’usage des stéroïdes, ainsi que d’autres substances aux propriétés similaires et risquées.
Comment êtes-vous tombé dans la marmite de la culture physique ?
Effort physique intense en salle, assiduité, discipline, technique, coût exorbitant des suppléments et d’une nutrition spécifique… À bien y réfléchir, il s’agit de l’un des sports les plus exigeants au monde. J’ai commencé le bodybuilding à l’âge de 17 ans. J’ai débuté avec beaucoup d’enthousiasme mais très vite, je n’arrivais plus à financer ma pratique. Comme je n’étais pas un élève modèle à l’école, pour mes parents, la priorité était les études et non le sport. Quelques années plus tard, j’ai sombré dans l’alcool. Pour m’en sortir, je me suis rapproché de ce formidable sport qu’est la musculation. C’était ma thérapie. J’ai pu arrêter l’alcool pour consacrer du temps et de l’effort au temple qu’est mon corps et, par conséquent, à mon mental. J’ai choisi le bodybuilding car il allie endurance, santé, puissance, esthétique et discipline. Le bodybuilding est la base de tous les sports.
Vous avez remporté plusieurs titres de champion et fait honneur au drapeau national. Vous avez même été le premier Mauricien à briller à ce niveau. Second en Pro à Acapulco ! Pourtant, vous avez déclaré que vous n’avez reçu aucune aide de l’État avant et après vos nombreuses consécrations.
(Rires gênés) Le gouvernement a changé. C’est une très bonne chose pour le sport et les bodybuilders. L’ancien ministre des Sports ne faisait absolument rien pour nous. Mr World 2017 à Mexico City. Après ce premier sacre, toutes les fédérations de bodybuilding mauriciennes se sont réunies au bureau du ministre des Sports, en 2018, pour enfin créer une fédération reconnue par le gouvernement. Mr World 2018 à Vicenza en Italie. Mr Universe 2018 au Portugal. En pro, j’ai terminé second à Acapulco, au Mexique. Savez-vous ce qu’on m’a répondu lorsque j’ai demandé une aide au ministère concerné pour obtenir un parrainage pour mon premier déplacement en 2017 ? La secrétaire du ministre de l’époque a ri au téléphone quand je lui ai dit que j’avais la ferme intention de remporter le premier titre de champion du monde pour notre île. Peu après, j’ai reçu une lettre me signifiant officiellement un refus d’aide. J’ai alors puisé dans mes propres ressources pour me rendre aux quatre coins du monde et faire briller notre quadricolore. Résultat : je me suis endetté et j’ai accumulé des retards de loyer à un certain moment. Que m’a-t-on offert à mon retour ? Un accueil chaleureux du ministre des Sports de l’époque à l’aéroport, accompagné de belles promesses de récompense, bien sûr non tenues. Je n’oublierai jamais ce jour où ce ministre avait réuni tous les champions du monde mauriciens à son bureau pour nous remettre une enveloppe et une coupe. Je me souviens de tous ces visages remplis d’espoir, fiers de cette reconnaissance. L’enveloppe contenait… Rs 5 000 – soit l’équivalent de deux jours de nutrition.
Imaginez que vous ayez le ministre des Sports en face de vous. Que lui diriez-vous ?
Si c’est l’ancien, c’est peine perdue (rires). Quant au nouveau ministre des Sports, je lui demande humblement de se pencher sur mon cas et celui de Kathrine Rabot – nous sommes les premiers athlètes pro et champions du monde de l’île en culturisme (fédération WABBA dont le siège se trouve à Londres). Cela servirait d’exemple pour inciter d’autres sportifs à se surpasser et à faire briller notre quadricolore à l’international. Récompensez ceux qui le méritent vraiment. Je peine toujours à croire que mes trois titres mondiaux pour my beloved country n’ont valu que Rs 5 000 aux yeux de ceux censés promouvoir le sport à Maurice. Quelle insulte à nos sacrifices et batailles ! Il était grand temps que de vrais athlètes, dotés de l’ADN sportif, intègrent le Parlement.
Ces déplacements ont certainement coûté une fortune… Mais cela a aussi dû être coûteux pour être au top physiquement ?
Cela m’a coûté plus de Rs 700 000 par an pour maintenir mon physique et couvrir les frais liés (billets d’avion, hébergement, stages). J’ai dû compter sur l’aide de mes parents et de mes amis. Malgré cela, j’ai pris du retard sur certaines factures, ayant fait le choix de privilégier ma passion.
Pourtant, il existe bien la Mauritius Bodybuilding and Fitness Federation (MBBFF), qui encadre ce sport au niveau national et prétendument international. Où en est cette discipline aujourd’hui ?
Nous, les athlètes mauriciens et rodriguais, avons une génétique exceptionnelle. Sur les scènes internationales, notre morphologie est différente de celle des Européens, par exemple. Ce mélange de peuples – caucasien, africain, asiatique – nous rend uniques. Cette structure morphologique nous confère un avantage en termes d’esthétique musculaire. Regardez Phil Heath (culturiste professionnel américain né en 1979 à Seattle). C’est un métis avec une génétique hors norme. Beaucoup de champions de musculation sont métis. Le potentiel mauricien est là. Il suffit d’un encadrement adapté.
Quelque chose me dit que vous n’allez pas être tendre envers la fédération…
Je vous le garantis. Aucun athlète affilié à cette fédération ne brillera sur la scène internationale d’Olympia, par exemple. Les dirigeants actuels ne possèdent ni la maîtrise ni la science pour hisser nos athlètes à ce niveau. Quel dommage pour tous ces jeunes prodiges. Put the right person there!
Êtes-vous à la recherche d’une double récompense ? Monétaire et à responsabilité au sein d’une nouvelle fédération ?
Surtout pas ! Je connais des gens mieux placés que moi. D’ailleurs, j’ai tout appris d’une personne en particulier : Rudy Sassoli. He is the right guy, avec 13 champions du monde à son actif – dont moi avec le triplet. C’est mon mentor. Celui qui m’a fait toucher les étoiles.
Quel est votre moyen de subsistance aujourd’hui ?
J’ai une salle de gym, Aldo Fortress, à Curepipe. J’ai aussi créé ma marque de compléments en 2018 – Fortress Ammo – qui marchait très bien avant la pandémie. Aujourd’hui, je continue à aider les gens à transformer leur corps et à améliorer leur santé.
Parlons d’un sujet, qui a récemment suscité la polémique, en raison d’un article publié par «l’express» sur la prise de stéroïdes, des «growth hormone secretagogues» et des «Selective Androgen Receptor Modulators» (SARM). Vous êtes Aldo Farla, multiple champion et bodybuilder reconnu. Votre opinion fait autorité sur ce sujet. Parleznous de cette tendance.
Les stéroïdes anabolisants sont des versions synthétiques de la testostérone, initialement utilisées à des fins médicales pour traiter diverses pathologies : inflammation, impuissance sexuelle, retard de croissance, lupus, dépression, cancer, perte de masse musculaire et manque d’appétit liés au VIH. Aujourd’hui, ces stéroïdes sont détournés par certains, souvent des jeunes, qui cherchent à améliorer rapidement leur physique. Malheureusement, ces substances peuvent entraîner des effets secondaires et avoir un impact sur la fertilité et le système cardiovasculaire, entre autres. Beaucoup de jeunes ne réalisent pas les risques à long terme et choisissent la facilité, pensant qu’ils obtiendront un corps parfait en quelques mois. Cependant, ces gains sont souvent éphémères. Une fois les effets indésirables apparents, certains abandonnent, parfois en état de santé fragile. Dans le bodybuilding, ces produits existent mais leur usage n’est pas anodin. Il est crucial de les utiliser sous surveillance médicale. Malheureusement, trop de personnes, souvent des charlatans, exploitent cette quête de perfection physique en poussant des individus à prendre des substances, sans tenir compte des conséquences.
Pourtant, face aux réactions passionnées suscitées par l’article sur les stéroïdes, les stimulants hormonaux et les SARM, certains affirment qu’il ne s’agit que de compléments alimentaires ordinaires, au même titre que les protéines.
Comparer les stéroïdes, les SARM et les stimulants hormonaux à des compléments tels que les protéines, est une grave erreur. Le MK-677 et le RAD-140 ne sont pas à proprement parler des stéroïdes mais ils permettent d’atteindre des résultats similaires, bien que temporaires. Les protéines soutiennent la croissance musculaire de manière naturelle et sans risques majeurs tandis que les stéroïdes et autres substances puissantes modifient l’équilibre hormonal, entraînant des effets secondaires graves comme des troubles hormonaux ou des problèmes cardiaques. Les banaliser est dangereux. Ces produits nécessitent un suivi médical strict et ne doivent pas être utilisés sans une réelle compréhension de leurs risques. Il est crucial d’informer les jeunes et les pratiquants des dangers de ces substances.
Le MK677 et le RAD 140 ne sont pas à proprement parler des stéroïdes, dites-vous, mais il s’agit d’une route pour arriver à la même destination du stéroïde. C’est très dangereux de banaliser ces produits ?
Les gens manquent souvent d’informations et ne réalisent pas que les vrais résultats viennent de la nutrition et non des stéroïdes ou autres dérivés, qui ne sont pas de simples suppléments. De 18 jusqu’à 22-24 ans, le taux de testostérone est naturellement élevé dans le corps, variant entre 264 et 900 ng/dL (ces niveaux fluctuent selon l’âge et d’autres facteurs physiologiques), soit un taux comparable à celui d’un bodybuilder sous cycle. À cet âge, l’homme est encore en pleine croissance. Avec une bonne alimentation, il est tout à fait possible d’atteindre ses objectifs naturellement. La clé du succès ne réside pas dans ces produits. Il est crucial de faire attention à ce que l’on dit et à ce que l’on incite à croire. Il faut être clair : ces substances ne sont pas la solution.
On doit vous poser la question. Etes-vous un «natural bodybuilder» ?
Oui, mon garçon ! Je suis un bodybuilder naturel, sans stéroïdes ni autres substances. Je l’avoue, j’ai fait certaines erreurs au début de ma carrière. J’avais envisagé d’en prendre en 2018 pour le concours de Mr. Universe, pensant pouvoir améliorer encore mon physique, mais Rudy Sassoli m’a remis en question sur ma catégorie et m’a fait comprendre que j’étais déjà à mon meilleur niveau. Sur la scène internationale, je me comparais aux autres compétiteurs, tous énormes et gonflés, mais moi, j’étais bien plus esthétique au naturel. Pli zoli! Avec une bonne nutrition, un entraînement intelligent et un préparateur compétent, j’étais imbattable.
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