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Entre neige et soleil

Comment deux familles mauriciennes célèbrent Noël et le Nouvel an au Canada

19 décembre 2025, 15:00

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Comment deux familles mauriciennes célèbrent Noël et le Nouvel an au Canada

■ (De g. à dr.) Veedha, Amal, Shanya et Laksha Seeburuth ; (De g. à dr.) Dhruv, Anu Hema, Dweej et Yuguesh Fagoonee.

Quand décembre s’installe, il n’apporte pas seulement la fin d’une année, mais aussi une charge émotionnelle particulière pour les Mauriciens vivant à l’étranger. Noël et le Nouvel an deviennent alors bien plus que des dates sur un calendrier : ce sont des ponts invisibles entre le pays natal et la terre d’accueil, entre souvenirs d’enfance et nouvelles traditions. Cette période festive est souvent vécue avec intensité car elle réveille la nostalgie de Maurice tout en offrant l’occasion de créer de nouveaux rituels familiaux. Nous avons sollicité deux familles mauriciennes vivant au Canada – les Seeburuth et les Fagoonee – afin de comprendre comment elles vivent cette période si symbolique, entre héritage mauricien et adaptation à la culture canadienne.

Les Seeburuth : alliance des traditions canadiennes et mauriciennes

Amal et Veedha Seeburuth vivent à Edmonton, au Canada, avec leurs deux filles Laksha et Shanya depuis 15 ans. Leur quotidien se déroule dans un cadre très différent de celui de Maurice, tant par le climat que par le rythme de vie. Pourtant, à l’approche de Noël et du Nouvel an, la maison des Seeburuth se transforme en un espace où les traditions mauriciennes trouvent toujours leur place. Au Canada, la période des fêtes commence bien avant le 25 décembre. Dès la fin de novembre, les rues s’illuminent, les maisons se parent de guirlandes lumineuses et l’esprit de Noël s’installe doucement. Pour la famille Seeburuth, cette ambiance hivernale donne une dimension presque féerique à Noël. La neige, omniprésente, transforme le paysage et crée un décor digne d’un conte de fées. Veedha nous raconte : «Les célébrations sont avant tout familiales ou avec les amis. Le froid intense pousse naturellement les gens à rester à l’intérieur, à partager des moments chaleureux autour de repas copieux, de boissons chaudes et de films de Noël. Les échanges de cadeaux, souvent organisés autour du sapin, sont des moments forts pour les enfants qui vivent Noël avec des étoiles plein les yeux.»

L’ambiance festive au Canada est radicalement différente de Maurice. Ici, décembre rime avec été, chaleur, plages et barbecues. Les fêtes se vivent souvent à l’extérieur, dans une atmosphère animée et bruyante, ponctuée de musique, de pétards et de feux d’artifice. «Au Canada, tout est plus calme, plus structuré. Les célébrations sont organisées, encadrées par des règles strictes, notamment en ce qui concerne les feux d’artifice, largement réglementés. Cette différence crée parfois un manque : celui de la spontanéité mauricienne, de cette joie collective qui envahit les quartiers à l’approche du Nouvel an.» Ainsi, malgré l’éloignement, la famille Seeburuth tient à préserver certaines traditions mauriciennes. Le nettoyage de fin d’année reste un rituel incontournable, symbole de renouveau et de purification avant d’accueillir la nouvelle année. En cuisine, les saveurs de Maurice s’invitent à table : mine frit, curry, gâteaux piments ou encore desserts traditionnels. Les appels vidéo avec la famille restée au pays sont également essentiels. Ils permettent de partager les moments forts, d’échanger des vœux et de réduire la distance, au moins symboliquement.

Pour Amal et Veedha, Noël et le Nouvel an sont aussi des moments de réflexion et de gratitude. Leur message à leurs proches restés à Maurice est empreint d’émotion : «Nous sommes loin physiquement, mais proches par le cœur. Que cette nouvelle année vous apporte santé, bonheur et sérénité.»

Les Fagoonee : entre Toronto, traditions et fusion culturelle

Anu Hema Bansoodeb Fagoonee et son époux, Yuguesh Fagoonee, vivent à Brampton, à Toronto, depuis 21 ans avec leurs enfants Dhruv et Dweej. Pour eux aussi, la période des fêtes est un moment clé, chargée de souvenirs et de contrastes. Vivre Noël au Canada est souvent décrit par Anu comme une expérience magique. L’hiver y joue un rôle central : les rues enneigées, les marchés de Noël, les décorations lumineuses et la présence omniprésente du père Noël dans les centres commerciaux créent une ambiance féerique. Les maisons brillent de mille feux, avec des sapins décorés, des figurines lumineuses et parfois même, des rennes gonflables dans les jardins. Il est intéressant de souligner l’omniprésence de Santa : dans les grandes surfaces et les cours avec son effigie gonflable accompagnée de ses rennes.

Un monde féerique certes, le climat glacial pousse les gens à rester davantage en famille et à organiser des activités intérieures chaleureuses. Anu Fagoonee confie : «Le froid intense limite les célébrations extérieures. Les familles privilégient les activités intérieures : repas chaleureux, jeux de société, soirées cinéma et discussions prolongées autour d’un chocolat chaud.» Elle ajoute : «À Maurice, les fêtes sont synonymes de chaleur humaine et climatique. Les soirées s’étirent tard dans la nuit, rythmées par la musique, les rires et les feux d’artifice.» Cette effervescence manque parfois à la famille Fagoonee, qui ressent une certaine nostalgie pour l’ambiance vibrante de l’île. «Au Canada, tout se déroule dans le calme. Il nous manque cette spontanéité mauricienne, cette joie de vivre ponctuée par le bruit des pétards, les feux d’artifice, le shopping de fin d’année, le sega diffusé par les haut-parleurs et la pause repas dans un restaurant avec des mets typiquement mauriciens.» Les liens avec Maurice sont aussi entretenus:«Nous restons connectés grâce aux appels vidéo sur WhatsApp et Messenger. Nous partageons des photos et des vidéos, nous envoyons des messages vocaux de souhaits et nous participons virtuellement aux prières ou petites célébrations. Cela nous permet de minimiser la distance afin de prouver le dicton loin des yeux, près du cœur.»

Pourtant, le mélange de traditions est de mise. «Au fur et à mesure que le temps passe, force est de constater que nous avons adopté quelques coutumes canadiennes. Nous choisissons et décorons nos sapins naturels ou artificiels. Nous sommes en extase devant les quartiers illuminés et visitons les marchés de Noël. Nous buvons du chocolat chaud chez Tim Horton et pourquoi pas de l’egg nog. Au travail, nous participons à des échanges de cadeaux, le fameux Secret Santa. Nous essayons les recettes qui sont enracinées dans le mode de vie canadien (la dinde rôtie, la bûche de Noël canadienne, la poutine). Nous essayons de notre mieux de créer une belle fusion culturelle.» Anu élabore : «Nos repas sont un mélange de plats mauriciens – mine frit, curry, briani, rougaille saucisse, gâteaux piments – et de plats canadiens – dinde, saumon, poutine, fromages. Parfois, nous avons recours à une cuisine fusion : farata avec dinde épicée, saumon au massala ou salade tropicale en plein hiver.»

Les activités populaires au Canada sont les marchés de Noël, le patinage en plein air, les spectacles de lumières, les soirées cinéma et les Ugly Christmas sweater parties. «Nous participons aussi à des activités caritatives telles que les collectes de nourriture des food banks pour les démunis de la société et de jouets. Le Canada met beaucoup d’accent sur la communauté et la solidarité», explique Anu. Le 31 décembre, le réveillon se fait souvent entre amis ou en famille avec, au menu, un bon repas, des jeux de société, le compte à rebours devant la télévision et parfois, des feux d’artifice dans le froid. «Comparé à Maurice, où on célèbre à l’extérieur, au Canada, c’est une fête plus intérieure.» Lorsque l’occasion se présente, la famille Fagoonee célèbre avec d’autres Mauriciens de la région. Ces rencontres sont précieuses : «On parle Kreol, on écoute du sega, on cuisine mauricien et surtout, on se sent chez soi le temps d’une soirée.»

Son message aux Mauriciens : «Nous sommes loin de vous, mais vous êtes présents durant toute cette période festive. Je vous envoie le froid en échange de la chaleur et des bénédictions. Que la nouvelle année vous apporte santé, bonheur et paix. Zot dan nou panse touletan.»

EventWave : faire vivre la culture mauricienne au Canada

Anu est également impliquée dans EventWave, une organisation à but non lucratif qui vise à promouvoir la culture mauricienne au Canada, et dont les fondateurs sont Yuguesh et elle. À travers la musique, les événements culturels et les rencontres communautaires, EventWave permet aux Mauriciens de rester connectés à leurs racines. Un événement pour le Nouvel an est prévu le 20 décembre à Brampton, avec le DJ mauricien DLF et le groupe Blue Bay Band. Une soirée pensée comme un véritable «chez-nous loin de chez nous». Pour la famille Fagoonee, il est essentiel de transmettre aux enfants l’amour de la culture mauricienne : la cuisine, la musique, le Kreol, les valeurs de partage et l’importance de la famille. Même en grandissant au Canada, ils doivent connaître leurs racines.

Deux familles, une même nostalgie, une même fierté

Qu’elles soient vécues à Edmonton ou à Brampton, les fêtes de fin d’année restent profondément marquées par l’identité mauricienne. Les familles Seeburuth et Fagoonee illustrent parfaitement cette capacité à s’adapter sans renier ses origines. Entre neige et soleil, silence hivernal et éclats de pétards, Noël et le Nouvel an deviennent des moments de transmission, de mémoire et d’espoir. Loin de Maurice, mais proches par le cœur, ces familles continuent de faire vivre l’âme de l’île, prouvant que les traditions voyagent et évoluent, mais qu’elles ne disparaissent jamais.

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