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Portrait

Christophe Ramsamy : Un auteur est né

21 février 2026, 16:30

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Christophe Ramsamy : Un auteur est né

Il arrive parfois dans une vie que Dieu, le cosmos, le hasard, le destin, la coïncidence, la chance, appelez-le comme vous voulez, nous fasse croiser un être avec qui la connexion est quasi-instantanée. S’installe alors une complicité qui n’a pas besoin de mots pour s’exprimer, les regards disant tout. Christophe Ramsamy, 37 ans, né avec un défaut génétique rare et incurable, le Xeroderma Pigmentosum (XP), a ressenti cela en rencontrant Bilkiss. Alors qu’il croyait, vu son état, qu’il mourrait le premier, c’est elle qui est ‘partie’ subitement. Pour lui rendre hommage, il a imaginé et couché sur papier un dialogue entre eux, basé sur des évènements vécus à deux et cela a donné un livre remarquable intitulé «Still with me – a dialogue beyond goodbye».

Cet homme de 37 ans, qui est né avec le XP, soit une absence de mélanine - avec pour résultat l’impossibilité pour lui de circuler de jour sans protection, sous peine d’être brûlé par les rayons ultraviolets du soleil et de devenir aveugle –, a rencontré Bilkiss en avril 2012, sur son lieu de travail. C’était chez Parfip Mauritius, société d’externalisation des processus d’affaires, basée à Ebène et qui a depuis fermé ses portes. «Je me souviens très clairement du moment où elle est arrivée. C’est un souvenir resté intact», raconte-t-il.

Sa première impression d’elle est que Bilkiss est une personne lumineuse. «Elle avait une présence calme, une douceur naturelle, et en même temps une intelligence vive. Il y avait quelque chose de profondément humain et d’authentique chez elle.»

La connexion entre eux est alors immédiate. «Oui, cela s’est fait très naturellement. Sans effort. Comme si nous nous connaissions déjà. La conversation coulait facilement, et il y avait une confiance spontanée.»

Si bien qu’au lieu de l’appeler Bilkiss, il finit par l’appeler ‘d’ pour dear. «Je la surnommais ‘d’ pour ‘dear’. C’était un diminutif affectueux, une façon courte et personnelle de m’adresser à elle, dérivée naturellement de notre proximité et de nos échanges quotidiens. Ce surnom s’est installé avec le temps, sans raison particulière.»

Complicité naturelle

La complicité a d’abord été professionnelle car ils étaient tous les deux codeurs. «La relation a commencé dans le cadre professionnel mais très vite, elle a évolué. Notre complicité s’est installée naturellement, sans que nous cherchions à la définir.»

Cette relation n’a posé aucun problème à leur entourage respectif, car, précise-t-il, «notre relation était avant tout une relation humaine. Ce qui comptait, c’était le respect, la bienveillance, et la sincérité. Les différences n’étaient pas des barrières pour nous. Elles faisaient simplement partie de qui nous étions. Et comme il n’y avait pas d’ambiguïté dans la nature de notre relation et cela n’a pas vraiment causé de difficultés particulières au niveau de nos proches.»

Christophe considère que Bilkiss l’a ‘sauvé’, le 11 juillet 2024, lorsqu’il a fait un accident vasculaire cérébral à domicile et qu’il n’y avait personne chez lui à ce moment-là. Lui et la jeune femme avaient rendez-vous et ne le voyant pas arriver ni répondre à ses textos, elle a senti que quelque chose clochait et elle a averti Nathalie et Tony Ramsamy, qui sont rentrés à la maison en quatrième vitesse. Christophe a séjourné un mois à l’unité des soins intensifs de l’hôpital SSRN et une semaine en salle avant d’être autorisé à regagner son domicile. Mais cela lui a pris six mois pour retrouver ses facultés d’avant.

Il savait que Bilkiss aussi souffrait d’une maladie. C’était une maladie cardiaque congénitale et lorsqu’elle était enfant, elle avait été envoyée en Afrique du Sud par la SACIM pour y être opérée. En 2024, elle est partie pour l’Inde afin de subir une nouvelle opération, sauf que les médecins indiens ont estimé que l’intervention n’était pas nécessaire. Un mois après son retour, Bilkiss a été prise de faiblesse et a dû être hospitalisée. Elle est morte vers la fin 2024.

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Même avec le recul, Christophe est incapable de dire si c’était de l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. «Ce que nous avons partagé dépassait les mots et les catégories. Par respect pour sa mémoire et pour ce que nous étions, je préfère simplement dire que nous partagions un lien pur, profond et sincère. C’était une relation fondée sur la confiance, la présence et une compréhension mutuelle rare, une amitié d’une profondeurrare. Une connexion qui dépasse les définitions habituelles.»

Âme soeur

Face à notre insistance, Christophe concède que Bilkiss était son âme sœur. «Oui, je le crois profondément. Certaines rencontres changent une vie. Elle était de celles-là.»

S’il a choisi de lui consacrer un livre sous forme d’événements vécus par eux et commentés chacun à sa façon, lui se mettant aussi dans la peau de Bilkiss, c’est parce qu’il voulait «que son existence continue à vivre à travers les mots. Et ce format me permettait de recréer ce dialogue qui était le nôtre. C’était ma façon de continuer à parler avec elle, et à lui redonner une voix.»

La principale difficulté qu’il a éprouvée lors de cet exercice d’écriture était émotionnelle. «Revivre les souvenirs, les moments heureux comme les plus douloureux, demandait beaucoup de courage.» Et cela n’a pas été aisé pour lui de se glisser dans la peau de Bilkiss. «Ce n’était pas simple mais c’était naturel. Je la connaissais profondément. Je connaissais sa façon de voir le monde, sa sensibilité, sa douceur.»

Il a écrit «Still with me – a dialogue beyond goodbye» en à peu près deux mois. «Certains passages ont été écrits peu de temps après son décès, d’autres un peu plus tard.» Raconter les adieux a été particulièrement pénible. «Mettre des mots sur l’absence est ce qu’il y a de plus difficile.»

Si dans son livre, Christophe indique qu’il lui a écrit des lettres après son décès, il avoue qu’il lui écrit encore. «D’une certaine manière, ce livre lui est adressé. Et à travers l’écriture, le dialogue continue.»

Que regrette-t-il ne lui avoir jamais dit ? «On regrette toujours de ne pas avoir dit davantage à ceux qui comptent le plus. Mais je crois qu’au fond, elle savait.»

Ce qui lui donne la force de continuer sans elle, dit-il, c’est «sa lumière. Sa présence intérieure. Et la conviction que certaines relations ne disparaissent jamais vraiment.»

Son manuscrit terminé, il l’a envoyé à une de ses tantes qui vit en France. Celle-ci a contacté un éditeur, qui s’est ensuite mis en rapport avec lui. «Still with me – a dialogue beyond goodbye» a été publié aux frais de Christophe par Publibook France dans la collection société des écrivains. Il en a fait tirer une soixantaine d’exemplaires.

Ce livre est destiné «avant tout à ‘d’. Mais aussi à toutes les personnes qui ont aimé, qui aiment encore, et qui continuent à porter quelqu’un dans leur cœur.»

Le message qu’il souhaite transmettre aux lecteurs qui lui commanderont le livre qu’il vend à Rs 650 l’exemplaire, avec expédition postale à la clé, est que «l’amour, sous toutes ses formes, est ce qui donne du sens à nos vies. Et que même interrompu, il ne disparaît jamais.»

Christophe ne pense pas retrouver une amie comme Bilkiss. «Chaque personne est unique. Elle l’était profondément. On ne remplace pas une personne comme elle. On apprend simplement à continuer à vivre avec ce qu’elle nous a donné.»

Un geste de solidarité nécessaire

Et quid de sa santé à lui ? «Je continue mon parcours petit à petit avec courage et espoir.» Christophe a besoin de subir une opération aux yeux en Inde mais le coût du déplacement pour lui et sa mère et celui de l’intervention tournent autour de Rs 700 000. Argent que les Ramsamy n’ont pas, d’autant plus que Tony, le papa de Christophe, est à la retraite. L’argent reste donc le nerf de la guerre pour les Ramsamy… Tout geste de solidarité à leur égard serait bienvenue.

Christophe ajoute que son livre est un acte de mémoire mais aussi d’amour. «Écrire a été une façon de transformer la douleur en quelque chose de vivant.» Perdre Bilkiss a déclenché chez lui un fort désir d’écriture. «Oui, je pense me lancer dans l’écriture de mon autobiographie. L’écriture est devenue une partie de moi. Elle me permet de donner une forme à ce qui ne peut pas toujours être dit autrement.»

Nous avons lu «Still with me – a dialogue beyond goodbye» d’une traite. Christophe Ramsamy a non seulement une belle maîtrise de l’anglais, un style limpide mais a aussi le don de transmettre des émotions fortes. Comme nous l’avons dit, c’est un livre vraiment remarquable, qui nous a émus aux larmes et qui ne devrait laisser personne indifférent. Mais une chose est sûre, un auteur est né…

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