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Enn ti zistwar nwel

22 décembre 2019, 07:24

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«Bolom nwel, Bolom Nwel, to kapav donn mwa enn kado? Mo le mo mama retourn lakaz. Linn parti…» On était le 24 décembre, veille de Noël. Sonia priait. Du haut de ses cinq ans, elle priait comme seule une enfant peut le faire : avec toute son âme, tout son cœur. Sa maman était partie en voyage. C’est, du moins, ce que son papa lui avait dit, la semaine dernière. Elle se souvient qu’il y avait beaucoup de monde à la maison, ce lundi-là. «Bann fami inn vinn dir to mama orevwar, avan li ale», lui avait dit son papa. Elle-même, elle n’a pu lui donner un dernier bisou, car des messieurs sont venus dans une grande voiture et ils ont emmené sa maman. Sa tante Maria avait serré la petite fille dans ses bras et puis les gens sont partis. Sonia se rappelait simplement que les gens pleuraient. Mais papa lui a dit que c’était parce que les gens étaient tristes de voir maman partir en voyage.

Donc, une semaine plus tard, Sonia priait. Sa maman lui manquait et elle voulait la revoir. Elle en a parlé à son papa et, d’une voix qu’il voulait rendre forte, ce dernier lui avait conseillé de faire appel au Père Noël. Et que, peut-être, ce dernier allait pouvoir l’aider. Faut dire qu’à cinq ans, Sonia sait que le Père Noël a de grands pouvoirs. Il peut, si on prie suffisamment fort, vous donner la poupée de vos rêves ou la petite bicyclette que vous avez vue dans le grand magasin. Il a tout plein de superpouvoirs, ce Papa Noël. Ramener Maman doit être dans ses cordes. Enn badinaz, quoi ! Il peut la ramener à la maison dans son traîneau, et la déposer près du lit de Sonia, entre deux distributions de cadeaux aux enfants du monde entier. Sonia espérait juste que sa maman ne soit pas trop fatiguée du voyage, car elle voulait lui faire un gros câlin.

Le papa de Sonia pleurait. Depuis la mort de sa femme, il ne faisait que ça dès que la petite se couchait. Il ne pouvait se décider à expliquer à la fillette que sa maman était morte, qu’elle ne reviendrait plus jamais à la maison. Que de ce voyage-là, personne n’en revenait. Jamais. Il se disait qu’il devait trouver le courage et les mots justes, pour lui raconter les derniers instants de sa maman. Lui dire combien sa mère l’aimait. À tel point que sa femme n’avait pas voulu que Sonia la voie durant les derniers jours qu’il lui restait à vivre. Ces jours où le crabe qui lui dévorait l’intérieur se faisait plus vorace. Foutu cancer.

En cette veille de Noël, le papa de Sonia avait déjà acheté les cadeaux que sa femme et lui voulaient offrir à leur petit bout de chou. Des robes, des jouets, des livres à colorier, son cartable (que la petite a vu en magasin) pour la rentrée de janvier, dans la grande école…En passant devant la chambre de Sonia, il l’entendit prier à voix basse. Et il comprit qu’il devait faire quelque chose. Il se résolut donc à lui écrire une lettre, pour lui dire la vérité sur sa maman. Mais ce sera le Père Noël qui signerait la lettre. Ça passerait mieux, se dit-il.

Et la lettre fut écrite. Le matin de Noël, Sonia s’est précipitée dans le salon. Son cœur battait la chamade. Sa maman était-elle de retour ? Elle vit les montagnes de cadeaux sous le sapin que son papa et elle avaient installé et décoré dans la journée du 23 décembre. Mais, pour une fois, elle n’était pas super-excitée à l’idée d’ouvrir ses présents. Maman ? Elle n’était pas là. Sa déception fut grande. Elle s’est assise au pied du sapin. Son père est venu la voir. Il a ramassé une grande enveloppe rouge, qui se trouvait entre deux paquets. «Tiens, il y a ton nom écrit dessus. Qui a bien pu t’envoyer une lettre ?»

Sonia, qui arrivait, malgré ses cinq ans, à lire des petites phrases, se dépêcha de décacheter l’enveloppe. Elle y tira une feuille de papier. Elle pouvait voir une fine écriture qui tapissait les deux côtés de la missive. Sonia tendit la lettre à son papa. «Dis-moi qui m’a écrit et ensuite, peux-tu me la lire, s’il-te-plait ?» Son père, ému, lui dit que cela vient du Père Noël. Sonia sut tout de suite que cela devait avoir trait à sa demande, au sujet de sa maman. Elle écouta patiemment la belle voix de son papa. Ce dernier, émotionné, lu à haute voix ce qu’il avait eu du mal à écrire, la veille…

Quand ce fut fini, Sonia se mit debout et vint enlacer son papa. «Le Papa Noël a raison. Il y a des cadeaux que, malheureusement, il ne peut offrir aux enfants. J’ai compris où maman est partie. Ne t’en fais pas, papa, je suis une grande fille. Je vais prier pour elle. Je suis sûre qu’elle veille sur nous, là où elle se trouve. Le Papa Noël a dit que maman se repose au cimetière. Dis, tu vas m’y emmener ? Je veux lui offrir des fleurs…»

 Les larmes aux yeux, mais un sourire aux lèvres, le papa de Sonia fit un gros câlin à sa fille. Il allait enfin pouvoir faire son deuil. Il se dit que c’est cela aussi, la Noël : des enfants qui ont perdu un être cher, des enfants malades, des enfants qui vivent dans la précarité et qui ne connaîtront jamais la joie de recevoir un jouet ou de faire un repas festif, des enfants qui n’auront pas de nouveaux habits, des enfants qui ont, à tout jamais, perdu leur innocence… Mais des enfants qui, malgré tout, croient heureusement encore au Père Noël.

 

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