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Qui veut perdre des millions ?

7 octobre 2018, 05:07

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Le Parlement rouvre ses portes le 16 octobre. Et avec cette nouvelle session, la marmite politique va certainement connaître une hausse de température, ce qui va l’amener à ébullition d’ici décembre, avant les vacances parlementaires de fin d’année. 2019 est «deryer laport». Avec la nouvelle année, nous allons voir poindre à l’horizon le spectre des élections générales. Avec pour slogans officieux : «déviré mam» ou «kontinié mam». Dans cette optique, le gouvernement annonce déjà la couleur : tabler sur les réalisations d’ordre infrastructurel à défaut de pouvoir se vanter des progrès plus populos. Tout en espérant que les électeurs auraient une amnésie collective au sujet des innombrables scandales qui ont secoué la défunte alliance Lepep depuis son installation au pouvoir, en décembre 2014. Le sort des contrats – surtout les projets d'infrastructure – valant plusieurs millions de roupies sonnantes et trébuchantes est «at stake»...

À ce jeu de millions, l’alliance gouvernementale a déjà épuisé deux de ses trois «lifelines». Dès la fin de 2014, nous nous sommes rendu compte que nos nouveaux serviteurs (c’est ce que sont, pour le peuple, les députés qu’on envoie nous représenter au Parlement), inexpérimentés ou dépassés pour la plupart, avaient déjà utilisé leur première «lifeline» : le vote du public. Ils ont demandé au public de voter pour eux et ce dernier, bon enfant, a décidé de «virer mam». Et de faire confiance à ces nouveaux joueurs, dont certains, cependant, étaient plutôt des loups déguisés en brebis. Le public a bien vite déchanté, se rendant compte qu’il s’est fait rouler dans la farine. Et, au fil du jeu, les applaudissements et les vivats ont commencé à se faire rare.

Ensuite, à mesure que les questions venaient, surtout du Parlement, de la rue et de la presse, le gouvernement s’est résolu à utiliser une autre «lifeline» : le 50-50. Le MSM de Pravind Jugnauth a dû se séparer de certains éléments du gouvernement, qui grippaient la machinerie ou qui «ti pé koumans bav dan minn». Ainsi, le PMSD, de son propre gré ou forcé, a quitté la majorité. Puis ce fut Roshi Bhadain «ki finn tir so kanet dan zwé». Des ministres comme Raj Dayal, Showkutally Soodhun ou Roubina Jadoo-Jaunbocus ont dû rendre leur tablier. Même chose pour l’ex-«Deputy Speaker». D’autres ont connu des valses entre différents ministères. Et comme le veut le 50-50, il y a de bons  éléments qui restent mais aussi des canards boiteux, lesquels sont sous le feu des projecteurs : Tarolah ou Sesungkur, pour n’en citer que deux.

Il ne reste qu’une «lifeline» au gouvernement : le «phone a friend». Appeler un ami à la rescousse. Mais lequel ? Ou mieux, l’alliance MSM-ML a-t-elle toujours des amis ? Qui, dans notre landerneau politique, serait assez fou, ou téméraire, pour aller donner un coup de main au gouvernement sortant lors du prochain scrutin ? Si la défunte alliance Lepep avait pu se faire élire en 2014, avec le PMSD, y a-t-il à présent un «zougader» qui oserait parier une roupie sur la reconduction de l’alliance MSM-ML au pouvoir ? Ou bien la majorité chercherait-elle à amadouer un des partis de l’opposition, pour une éventuelle alliance «imbattable et concoctée dans l’intérêt supérieur du pays» ? Il serait intéressant de suivre l’utilisation de cette «lifeline» dans les mois qui viennent.

Ceci dit, il faut continuer le jeu tant que le gong ne retentit pas et tant qu’on a toujours un joker en main. Donc, pour rafler le jackpot, c’est-à-dire un autre mandat, il faut avancer. Ce gouvernement y travaille. Il table, par exemple, sur le Metro Express (mais c’est plutôt tram que métro) pour redorer son blason. Sauf que, pour le moment, les électeurs des circonscriptions concernées par ces travaux sont plutôt en pétard que dans l’euphorie. Bien qu’on sache qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, ces électeurs ont marre de se les faire briser jour et nuit, travaux obligent ! Que l’alliance Lepep ait combattu ce même projet avant fin 2014 n’est, bien sûr, qu’un menu détail qu’il nous faut oublier, n’est-ce pas ?

La rentrée parlementaire sera intéressante à plus d’un titre. Pravind Jugnauth a toujours quelques cartes en main. Qu’elles se révèlent bonnes ou mauvaises, seul l’avenir nous le dira. De l’autre côté, l’opposition est, pour l’instant, en ordre dispersé. Le MMM et le PTr disent vouloir, et pouvoir, affronter l’électorat seuls. Le PMSD ou le ML ont déjà dit, réalistes, qu’ils seront forcément au sein d’une alliance. Les autres partis d’opposition, tel que Rezistans ek Alternativ, n’ont toujours pas ce petit plus qui les ferait paraître comme des alternatives crédibles aux partis traditionnels. Ce n’est pas à quelques mois des élections que les Mauriciens changeront leur manière de voter. Reste à savoir qui parmi ceux qui sont déjà ancrés dans la place rafleront la mise. Et seront couronnés champions.

 

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