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L’an I de Pravind

21 janvier 2018, 08:54

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«Il est mieux de marcher seul qu’avec la foule qui va dans la mauvaise direction.» Devinez de qui sont ces mots ? Oui, c’est bien l’ancien député Roshi Bhadain qui, le 23 janvier 2017, un an de cela, exprimait ainsi son amertume du «couronnement» de Pravind Jugnauth comme Premier ministre. Si, officiellement, Bhadain a dit que son poste de ministre des Services financiers devenait caduc le moment où sir Anerood Jugnauth soumettait sa démission comme PM, ce dernier, amer devant cette «trahison» du «blue-eyed boy» du MSM, lui intimait l’ordre «d’aller faire de la Bonne gouvernance ailleurs !» C’est dire que la première journée de Pravind Jugnauth comme PM avait connu des couacs dans son déroulé avec, déjà, la perte d’un de ses députés.

Un an donc depuis que ce fameux «deal» s’est concrétisé. Dans le dos du peuple diront certains esprits critiques. Il faut dire que pendant sa campagne électorale, l’alliance Lepep du trio SAJ-Duval-Collendavelloo n’avait jamais dit au peuple qu’il y aurait changement de capitaine à la mi-temps du match. Même si les experts en politique supputaient un pareil coup, personne n’osait vraiment croire que SAJ passerait le flambeau à son fils à presque mi-mandat. D’où les qualificatifs et autres épithètes que le peuple a donné à Pravind après son accession au poste de PM.

Ce tour de passe-passe, réalisé dans le dos du peuple – car cela ne figurait aucunement dans le manifeste électoral de l’alliance Lepep – est resté au travers de la gorge de beaucoup de Mauriciens. Y’a qu’à voir les propos virulents et sarcastiques sur les réseaux sociaux, ou qu’à écouter les potins «dan lari» pour se rendre compte que Pravind Jugnauth, comme Premier ministre, souffre d’un gros déficit de «légitimité» aux yeux de la population. Et ce ne sont pas les arguments «légitimistes et législatifs» de ses supporters sur la légalité de sa nomination qui vont changer les perceptions contraires.

Ceci dit, Pravind Jugnauth est PM depuis un an. En théorie, il a encore deux années avant la fin de son mandat. Sauf dissolution du Parlement avant terme. L’auteur de cette chronique n’a pas la prétention d’établir un bilan de l’an 1 de Pravind. Mais on peut dire qu’il fait tout pour se débarrasser de l’ombre du père sur sa mandature. Car les gens ne peuvent s’empêcher de comparer les deux styles de gouvernance. SAJ a été PM pendant plus de 18 ans (en passant, il est temps de venir avec des législations sur la limitation de mandats de nos parlementaires). Pravind n’a qu’un an au compteur. C’est dire que l’ombre du patriarche plane toujours sur le Bâtiment du Trésor. Tenace.

La première année du PM Pravind peut être décrite comme un tour sur des montagnes russes. Cela n’a pas du tout été un long fleuve tranquille pour lui. La faute surtout à ses troupes, qui ont le chic de s’empêtrer dans des bourbiers et des scandales pas possible. Il a dû se séparer de ministres et autres PPS, se débarrasser de proches collaborateurs devenus trop encombrants et jouer au pompier de service sur pas mal de fronts. Sans compter ses propres carences en matière de communication qui font que les bonnes choses accomplies par son gouvernement et par luimême (il y en a pas mal, soyons honnêtes), sont reléguées au second plan ou tout simplement ignorées du grand public. Car mal communiquées.

Pravind Jugnauth doit aussi composer, depuis quelques mois, avec un retour à l’avant-plan de celui que son gouvernement croyait mort et enterré : Navin Ramgoolam. Le leader du Parti travailliste, à qui la majorité issue des urnes en 2014 avait attaché casseroles sur casseroles, s’est débarrassé de ces pièges politiques au fur et à mesure que la justice l’exonérait de ces charges. Ramgoolam n’est pas encore sorti d’affaire mais, la victoire des rouges au n°18, en décembre, est le symbole de son retour sur la scène politique. Voyez aussi avec quelle nonchalance les partisans du PTr n’hésitent plus à afficher leur couleur et vous comprendrez que la donne a changé. Le MSM doit compter avec le PTr. Les signes du «déviré mam» sont là.

Cependant, au-delà de la chose politique, les Mauriciens veulent que ce gouvernement gouverne. Deux ans, c’est une longue période. De nombreux défis guettent notre pays. Il nous faut un gouvernement stable et visionnaire pour nous lancer sur les années 2020. Le peuple attend Pravind Jugnauth au tournant. Le PM n’a pas le droit à l’erreur, mais, cela, il le sait...

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