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Une histoire d’hommes… et de femmes
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Une histoire d’hommes… et de femmes
Une jeune femme est tuée. Sauvagement. C’est un meurtre. Son assassin passe aux aveux. Oui, c’est un homme. Et la même semaine, d’autres femmes sont victimes de violence : poignardées, tailladées, tabassées, fracassées, violées… Des actes du type que la société appelle pudiquement «violence domestique». Comme pour se donner une contenance, pour essayer de trouver une rationalité à ce qu’on aurait, tout simplement, dû appeler «crime». Ces hommes qui tuent, mutilent, brutalisent – des êtres qui ne méritent pas, d’ailleurs, l’appellation d’«homme» – se croient tout permis, y compris d’avoir droit de vie ou de mort sur la femme. Pourquoi cela ?
Se pose la part de responsabilité de notre société dans ces actes de violence. Ce sont souvent, et très largement, des hommes qui agressent des femmes. Celles-ci sont souvent des personnes qui leur sont proches : épouses, copines, voisines, connaissances ou amies. On entend très peu de cas où ce sont des femmes qui auraient tué ou agressé des hommes, avec violence. Notre société mauricienne, comme beaucoup de sociétés à travers le monde, est une société à prédominance masculine. Une société qui est restée hautement patriarcale, malgré les nombreuses avancées et conquêtes que les femmes auraient faites depuis ces dernières décennies. Et le patriarcat n’aime pas les femmes.
Oui, messieurs, vous les misogynes (il y en a hélas beaucoup), vous qui ne pouvez tolérer qu’une femme vous fasse la leçon ou vous «manque, un tant soit peu, de respect», vous vous devez de «corriger cette insolence», n’est-ce pas ? Après tout, «notre ego de mâle supérieur ne peut pas accepter de se faire dominer par une femme, foutre va !» Pas vrai, mes chéris ? Alors, faut vite montrer à cette impertinente qui est le «mari», grand dieu ! Et la ramener à sa juste valeur, à la place qu’elle mérite, c’est-à-dire sous notre botte de mâle dominant !
Et là, ayant poussé cette gueulante, j’ai envie de vomir. De vomir sur ces sous-hommes, souvent des jeunes, qui débutent à peine dans la vie adulte, et qui croient que le fait de tuer la femme «insoumise et rebelle», de la marquer dans sa chair, va faire d’eux des hommes, des vrais. J’aurais qualifié cela de pathétique si ce n’était pas, déjà, tragique. Car notre société, dans son ensemble, grandit ses garçons selon le modèle que ce sont eux qui font la loi ; que ce sont eux qui doivent avoir la haute main sur tout ; que les filles leur doivent obéissance ; que le fait de taquiner des filles, de les agacer dans la rue, de les suivre, de les harceler à l’école, de les agresser verbalement, etc., etc., sont des caractéristiques que font d’eux des «hommes». Que c’est, au fond, naturel, de se comporter ainsi. Et la société grandit ses filles en leur disant d’accepter cela. Que c’est normal.
Ni bleu ni rose
Il est plus que temps que notre société se ressaisisse. L’éducation reçue à la maison, par les parents, doit être une vraie éducation égalitaire. Qu’on se dise une fois pour de bon que «bleu» ce n’est pas uniquement pour les garçons, et «rose» uniquement pour les filles, par exemple. Qu’on se dise qu’il n’est pas normal de donner des fusils, des jouets mécaniques, des ballons de foot qu’à des garçons, et des poupées, des «kitchenettes», des jeux sages qu’à des filles. Donnez-en à tous, sans distinction aucune.
Un garçon doit savoir que c’est normal de pleurer, par exemple. Que cela ne diminuera en aucune façon sa masculinité. Une fille n’est pas un objet de porcelaine, une poupée fragile qu’il faut ménager à tout prix. Elle doit aussi apprendre à se salir les mains avec du cambouis ; à jouer à des jeux physiques ; à pratiquer du sport, sans pour autant perdre de sa féminité. Bref, les garçons et les filles doivent être élevés de manière à ce qu’ils sachent ressentir et exprimer des sentiments et des émotions, indistinctement de la barrière des sexes.
Et une femme adulte a le droit de revendiquer la manière dont elle compte mener sa vie. Elle a le droit de s’exprimer ; de dire et de matérialiser sa pensée ; de vivre sa sexualité comme bon lui semble ; de faire son choix de carrière professionnelle ; de décider si elle veut vivre en couple ou pas ; de sortir et de s’amuser comme bon lui semble, sans que les hommes ne se sentent «diminués» dans leur pseudo-autorité. Une femme adulte n’a pas de permission à prendre de son mari, son petit ami, son copain, son amant, son père, son frère ou son cousin avant de pouvoir lever le petit doigt. Parce qu’il y a, hélas, encore certains hommes qui agissent de telle manière que les femmes de leur entourage sentent qu’elles doivent leur demander la permission pour respirer !
Et, pour terminer, comment ne pas mentionner ces medias, friands de sensationnalismes obscènes, qui vont jusqu’à dénigrer l’image d’une morte, en mettant l’accent sur le métier qu’elle faisait ou la manière dont elle vivait sa vie. En quoi cela apporte-t-il un complément d’information utile aux lecteurs ? Quand un homme est tué, met-on systématiquement le métier qu’il pratiquait en avant, comme gros titre ? Non ! Parce que c’est un homme. Même s’il se prostituait, cela ne sera pas mentionné. Par contre, faut toujours chercher à rabaisser la femme, celle qui a le «toupet» de se vouloir l’égale de l’homme !
Notre société dans son ensemble gagnerait en humanité à ne pas sombrer dans des facilités et des clichés contre les femmes, des idées reçues qui n’aident en aucune manière nos enfants qui grandissent. Car nos enfants sont abreuvés d’informations instantanées et cela les marquent, à vie. Et après, on s’étonne que les cas de violence contre les femmes ne cessent d’augmenter…
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