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Ramgoolam de fond

24 janvier 2016, 08:18

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Finalement, et contrairement à ce que l’on croit trop depuis un an, la neutralisation de Navin Ramgoolam est un concept qui n’a rien d’évident. J’entends par là qu’il faut faire de grands efforts pour se persuader que cet homme est politiquement mort. J’y pensais ce mercredi encore, en l’écoutant plastronner sur les «célébrations» du Parti travailliste. En un sens, c’est réjouissant. Dans ce monde où tout fout le camp, y compris les laveurs de carreaux, il est heureux que des gens s’accrochent aux traditions. Et ça, M. Ramgoolam sait faire dans la maison travailliste. Un seul leader, un seul chef de file, une seule figure de proue : lui-même.

Au chapitre des traditions, justement, prenez une calamité de saison : l’anniversaire du PTr. Calamité, entendons-nous. Je ne pense pas tant aux festivités elles-mêmes qu’aux commentaires désolants qu’elles susciteront immanquablement. Tous les ans, chacun y va de son petit couplet : de toute façon, le Parti travailliste, ça n’est plus ce que c’était. Il y a d’ailleurs là un point historique passionnant à creuser : cela fait tellement longtemps que le Parti travailliste n’est plus ce qu’il était qu’on en vient à se demander quand c’est la dernière fois qu’il a été quoi que ce soit.

Ne versons pas pour autant dans l’idée bêtasse d’une immuabilité absolue. Des choses changent : chaque année, par exemple, le Parti travailliste vieillit d’un an et son leader d’une ou deux charges provisoires. Un confrère a fait le décompte, M. Ramgoolam s’en coltine une dizaine. Et après ? Les gens se scandalisent pour si peu de nos jours. Il eût été de bon goût, notent les rabat-joie de service, que le décuple accusé reste en retrait des lampions. Permettez ! Si M. Ramgoolam s’implique autant, c’est pour la bonne cause : la sienne ! Mais pas que. Imaginez une fête d’anniversaire avec Osman Mahomed et Patrick Assirvaden en guest stars, vous iriez, vous ?

Évidemment, c’est plus émouvant de voir renaître le banni. Chantal Goya a bien su trouver un second souffle, une seconde jeunesse, pourquoi pas lui ? M. Ramgoolam n’est pas plus Bécassine que la vraie après tout. On me dira qu’avec le nombre de casseroles qu’il traîne, on sent plus en lui l’étoffe d’un candidat de Top chef que celle d’un leader de parti. Admettons. Mais le politicien a encore faim. N’a-t-il pas croqué tout cru les princesses rebelles à la Boolell ? Ce n’est pas le sujet mais c’est aussi à cette capacité d’avaler des couleuvres sans broncher que l’on reconnaît les grands gladiateurs du cirque travailliste.

Et puis, M. Ramgoolam, aussi, il faut le comprendre. Il ne supporte pas la relève, ça lui donne de l’eczéma. Cela dit, vous connaissez des stars qui ont su raccrocher à temps, vous ? L’autre jour, à la sortie du bureau politique, il n’a pas su retenir son ventre : «Cette année, nous ferons des congrès dans chaque circonscription et je serai présent !» Pour se remettre en selle au petit trot ? Penses-tu. Pour révéler des «informations troublantes» et dénoncer un «simulacre de démocratie».

Tout cela est fascinant. Hier encore, M. Ramgoolam se faisait coffrer menottes aux poings. Depuis, il a mis son parti sous scellé et joue les chevaliers blancs de la pourriture du système. C’est sans doute ce qu’on appelle passer d’un Ramgoolam en peine à une Ramgoolam de fond. À ce rythme, il nous annoncera bientôt la bouche en forme de coeur (en forme de clé c’est plus rotor) que décidément et malgré tout, au nom de l’intérêt supérieur du pays, faudrait quand même songer à le réélire !

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