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Les deux-roues de l’infortune
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Les deux-roues de l’infortune
Ça y est, on roule au radar. Hier à minuit, comme Cendrillon, paf, 25 speed cameras ont été rebranchées. Et autant reprendront du service dans deux semaines. Le tout après neuf mois de sommeil et une jolie cagnotte au compteur : les radars automatiques ont permis à l’État de lever quelque Rs 200 millions en un an et demi, grâce à 100 000 contraventions pour vitesse excessive. Un flash toutes les sept minutes, qui dit mieux ? Un tel abattage méritait bien une sieste prolongée.
Pendant ce temps, les maniaques du champignon n’ont pas chômé. Sur les six premiers mois de 2015, radars off donc, il y a eu sur nos routes davantage d’accidents (+8,8 %), de blessés graves (+ 7,2 %) et de morts (+ 4,6 %) comparé à la même période en 2014, radars on. Suffisant pour établir un lien de cause à effet? Peut-être pas. L’efficacité du «radarisme» n’est pas ici clairement démontrée. Là où il n’y a pas photo, c’est que nous ne sommes pas tous égaux face à l’insécurité routière.
Les premières victimes, et de très loin, sont sur deux roues… ou sur deux pieds. Piétons, cyclistes et usagers de deux-roues motorisés totalisent 80 % du nombre de tués au premier semestre 2015. Ces catégories sont plus «vulnérables», c’est l’explication qui revient à chaque fois. Évidemment, un cycliste qui déguste du bus à la sortie d’un virage a autant de chance de s’en sortir qu’un donut face à Homer Simpson. Pour autant, cela n’explique pas tout. Une autre raison est peut-être à chercher ailleurs, dans nos inégalités masquées. Et si sur la route aussi, les riches écrasaient les pauvres ? Le démontrer, je vous l’accorde, est plus ardu.
Quand Statistics Mauritius publie, comme le mois dernier, le baromètre des accidents de la route, il en donne le nombre, il dit si les victimes sont mortes ou blessées, il indique dans quel véhicule et à quelle place, passager ou conducteur, il précise leur âge. Et c’est tout. Il ne dit pas si le patron a écrasé le planton. Des chercheurs français, eux, l’ont dit. Ils l’ont même démontré, chiffres à l’appui. Leur raisonnement : «Les membres des couches sociales les plus aisées sont plus fréquemment possesseurs de grosses cylindrées. Leur style de conduite sera souvent plus hardi, voire téméraire. Résultat : les grosses cylindrées, quoique mieux équipées sur le plan de la sécurité, ont un taux d’accident plus élevé»(1).
Seulement voilà, ces accidents font plus de victimes à l’extérieur du véhicule (c’est-à-dire parmi les piétons, les cyclistes, les autres conducteurs et passagers) qu’à l’intérieur. Dans les accidents des petites cylindrées, c’est l’inverse : il y a plus de victimes internes qu’externes. Conclusion : l’accident ne jette pas tout le monde dans la même ambulance. Lui aussi pratique une discrimination sociale. Rien ne prouve que cette thèse soit transposable à Maurice. Rien ne prouve le contraire, et c’est bien ce qui est le plus dérangeant.
(1) : Déchiffrer les inégalités, Alain Bihr et Roland Pfefferkorn, éd. Syros
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