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Avneesh Bacha : Quand la musique invoque les esprits
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Avneesh Bacha : Quand la musique invoque les esprits
Travailler dans la musique et explorer une multitude de registres avec une créativité débordante, du «deejaying» au studio d’enregistrement, en passant par le choix d’une playlist pour ambiancer un centre commercial. Mais surtout, l’organisation du concert-anniversaire pour les 70 ans de Menwar, le mardi 21 octobre, au Caudan Arts Centre. Sans oublier la compilation d’un impressionnant catalogue d’archives musicales. De l’esprit «babani» à la scène, Avneesh Bacha sort de derrière les platines pour en parler.
Ressortir des albums collectors. Qui sont introuvables sur le marché. Comme Kiltir de zil, la troisième cassette de Menwar sortie il y a plus de 40 ans, en 1984. Et N’mots de Damien Elisa, qui date de 2003. Patiemment récupérer les cassettes, les restaurer, les numériser, réaliser un mastering de ces œuvres poétiques singulières, qui se démarquent du séga traditionnel, pour qu’elles retrouvent la lumière.
Pour cela, il fallait une oreille. Une corde sensible à ces sons nés de la fusion. Il fallait un DJ, qui ne se contente pas de passer la musique des autres qu’elle provienne d’Europe, d’Amérique du Sud ou de Maurice, mais qui a la volonté de la mettre en valeur. Discret derrière ses platines, Avneesh Bacha mixe désormais dans différents créneaux. Son «passion project», comme il le dit, c’est le concert-anniversaire pour les 70 ans de Menwar, le mardi 21 octobre au Caudan Arts Centre. Et tout l’encadrement.
Exemple parfait pour illustrer que ce qui avait commencé sous la marque Babani en 2017, avec des sound system et des DJ set, puis qui s’était fait connaître sous le nom Electrocaïne s’appelle désormais tout simplement ë.
Une simplicité derrière laquelle il y a une plateforme numérique complexe, une «pyramide». Car elle structure la vaste panoplie d’activités d’Avneesh Bacha. Lui qui s’est mis au design et à la mise en page, «pour réduire les coûts». Quand on sait que la fabrication d’un vinyle va chercher dans les «trois à cinq mille euros (NdlR : entre Rs 158 000 à Rs 264 000). Le pressage revient à dix euros pièce». Dessus, il faut ajouter les charges. «S’il fallait tout payer on ne s’en sortirait pas».
Le label ë a son côté Bad, c’est-à-dire le label qui produit de la street music qui cartonne : Joker Kartel, Ayef, Ced Ric, Helix Dynasty, Owen Gaspard etc. La marque ë c’est aussi Zanana Records, qui a travaillé sur le single Memman de Big Frankii, sorti le 1er juin dernier. Zanana Records compte parmi les pépites de son catalogue digital, l’album Lèv’ de Baster, sorti en 2006. Gramoun Lélé aussi figure dans le catalogue. L’achat de l’un des titres coûte €1.50 (environ Rs 80) sur la plateforme.
ë c’est aussi des services de photographie, d’enregistrement en studio, de la scénographie, de la vidéographie, du video mapping.
«Le déclencheur de tout cela, c’est Menwar», explique Avneesh Bacha, qui produit le concert-anniversaire pour les 70 ans de l’artiste. «Je ne suis pas le manager», précise-t-il. En insistant qu’il gère la «présence en ligne de l’artiste». Leur rencontre date d’il y a 15 ans environ. À l’époque, Avneesh Bacha se fait connaître sous le label Babani. «Menwar nous a expliqué que 20% du ‘babani’ c’est bon et 80% du ‘babani’ c’est de la magie noire». Le griot ajoute que dans la musique, dans le sega, «l’esprit babani positif domine le négatif. Cela devient une transe musicale, son rayonnement amène une lumière dans le noir, c’est ce qui va connecter tous ceux qui écoutent cette musique, ceux qui sont transportés par elle. Et ‘babane’, sans le i veut dire ancêtre en malgache». En se référant à un documentaire sur la technique de la ravanne de Menwar, Avneesh Bacha balance au rythme de la main frappant lapo mor, pour commémorer les ancêtres. Les ancêtres se manifestent dans la transe qui saisit l’artiste sur scène. Pour qu’à son tour, celui-çi envoûte le public.
C’est dans cet esprit que démarre Babani Records. Une transe qui s’est étendue dans une série d’activités. Avneesh Bacha veut même se lancer dans la musicologie, «étudier comment la musique européenne a impacté la musique de Maurice, sans oublier les racines africaines».
Explorer tous les horizons
Il n’y a pas un créneau de la musique qu’Avneesh Bacha ne souhaite pas explorer. «Nous voulons mettre en ligne toute la discographie de Georgie Joe», annonce-t-il. Elle pourra à terme être écoutée et achetée en ligne. En s’appuyant sur le numérique pour bâtir une «présence internationale forte». Il est aussi derrière les Kaya Archives. Une remise à plat du catalogue d’œuvres de Kaya. «Tout cela, c’est une logique qui s’emboîte». Car après Kaya Archives, place à Menwar Archives. Cela comprend The Store, une boutique physique où l’on pourra acheter des vinyl de Menwar, écouter la bande où il a chanté avec Cesaria Evora, à l’entrée du Caudan Arts Centre, qui ouvre le 21 octobre. C’est aussi une présence en ligne massive, qui regroupe notamment une revue de presse avec les très nombreux articles consacrés au griot, localement et à l’international. À venir : les Mario Armel Archives.
Bien sûr, la passion pour des activités culturelles «pures» ne se nourrit pas que de l’artistique. Avneesh Bacha n’en rougit pas. C’est la réalité économique. Il faut s’appuyer sur d’autres occupations plus «alimentaires». Comme gérer le lancement d’un nouveau modèle de téléphone. Collaborer à des manifestations organisées par des institutions publiques, comme le Mahatma Gandhi Institute, le ministère des Arts et de la culture et les institutions privées.
Dans cet univers où il faut jongler entre passion, accès gratuit à la musique et impératifs financiers, comment se positionnent Avneesh Bacha et la plateforme ë ? Il fait d’abord remarquer à tous ceux qui se flattent de poster des vidéos sur Youtube, que sur cette plateforme «à Maurice, il n’y a pas de publicité.» Le plus important c’est de «rendre toutes les musiques du catalogue disponibles, en respectant les droits. C’est un investissement pour le futur. Peut-être que dans dix ans cela rapportera.»
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