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Compensation salariale

Attente fébrile pour un réel soutien financier

3 décembre 2025, 18:00

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Attente fébrile pour un réel soutien financier

Le panier ménager ne cessant de se renchérir, la question de la compensation salariale pour 2026 est cruciale. De nombreux Mauriciens se demandent quel montant sera attribué cette année et s’il contribuera réellement à alléger leur quotidien, plombé par la hausse des prix des produits de première nécessité et le manque de reconnaissance de leurs difficultés.

Au cours des cinq dernières années, la compensation salariale a suivi une hausse quasi continue du coût de la vie. Depuis la pandémie de Covid-19, l’inflation s’est installée durablement. Aliments, carburants, électricité, loyers… Tout a augmenté plus rapidement que les salaires, rendant ces ajustements indispensables pour préserver le pouvoir d’achat des ménages.

Du côté des entreprises, la situation reste également fragile. Plusieurs d’entre elles, encore affaiblies par les années Covid ou confrontées à une activité ralentie, affirment ne pas être en mesure de supporter de nouvelles augmentations salariales. Coûts opérationnels élevés, baisse de la demande, endettement et marges réduites compliquent leur capacité à absorber toute hausse de charges, particulièrement pour les Petites et Moyennes Entreprises (PME).

Avant que la pandémie ne touche Maurice, en janvier 2020, la compensation salariale s’élevait à Rs 300 pour les employés gagnant jusqu’à Rs 50 000. En pleine crise sanitaire, Rs 375 ont été accordés à partir de janvier 2021. Pour 2022, le montant était de Rs 500 pour les travailleurs percevant jusqu’à Rs 13 000 de salaire. Ceux gagnant plus ont obtenu Rs 400. La compensation salariale 2023 a marqué une nette hausse, avec Rs 1 000, versés à partir de janvier. Un an plus tard, le mécanisme changeait, la compensation représentant 10 % du salaire, et plafonnée à Rs 2 000 avec des révisions salariales.

Pour 2025, le montant a été fixé à Rs 610 pour tous les employés percevant un salaire de base. Ajouté à cela, le paiement d’un 14e mois en décembre 2024 a offert un soutien aux ménages. Cette mesure, présentée comme un oneoff et inscrite dans les promesses électorales, a permis de soulager temporairement les budgets ayant été payé par tranche en début de cette année. Toutefois, le budget 2025-2026 prévoit la réduction progressive des allocations sociales à partir de juillet 2025, et une suppression complète d’ici 2027. Malgré les mesures mises en œuvre pour réduire les prix (subventions des produits, élimination de la taxe sur certains produits), remplir le caddie demeure difficile.

? Un ajustement correctif lié à la hausse des prix, pour l’ACIM

Une question demeure : que représente réellement la compensation salariale pour les ménages ? C’est ce que rappelle Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM) : «Elle est versée pour rattraper le pouvoir d’achat perdu durant l’année écoulée, en raison de l’inflation.» Selon lui, ce paiement ne constitue donc pas une augmentation salariale réelle, mais un ajustement correctif lié à la hausse des prix.

Jayen Chellum avance également que le précédent gouvernement avait introduit plusieurs formes d’allocations et de soutiens, notamment à l’approche des élections. Des mesures comme le 14emois ou diverses aides sociales, «très bien accueillies par les ménages», parce qu’elles en ont réellement besoin. Parallèlement, les consommateurs font face à un autre défi : la hausse constante des prix. Le taux de change et les coûts d’importation et des «augmentations exagérées» sur certains produits continuent d’alourdir les charges de tous.

Ainsi, lors de la première rencontre tripartite, les syndicats ont réclamé un montant plus substantiel, soulignant la hausse du coût de la vie et l’absence cette année du 14ᵉ mois. Le secteur privé, de son côté, a mis en garde contre un risque de licenciements si la compensation devenait trop élevée. Selon Business Mauritius, une allocation «across the board» basée sur l’inflation estimée à 3,7 % par Statistics Mauritius pourrait représenter jusqu’à Rs 9,2 milliards pour les entreprises. Les syndicats ont proposé des montants allant de Rs 855 à Rs 1 694, reflétant le besoin réel des salariés et l’importance d’un soutien adapté.

Business Mauritius insiste sur la confiance qu’elle accorde aux institutions et au processus tripartite et réaffirme son engagement à travailler avec le Gouvernement et les syndicats afin de mettre en place, à l’avenir, une approche plus structurée et fondée sur des paramètres convenus. «Une telle méthodologie, claire et partagée par tous, offrirait une meilleure visibilité aux employeurs comme aux salariés et garantirait des décisions transparentes, équilibrées et soutenables pour le pays.»

? «Un répit moral important»

Pour les petites et moyennes entreprises (PME), déjà confrontées à des marges infimes et à des coûts de fonctionnement élevés, la question est particulièrement délicate. Logen, directeur d’une PME d’achards à Beau-Bassin, explique : «Depuis le Covid, tout est plus cher. Cette aide permettra à nos salariés de respirer un peu, surtout sans 14ᵉ mois cette année. Même si ce n’est pas une solution miracle, c’est un répit moral important.» Il insiste également sur son engagement envers ses employés: «Si je fais un profit, je veille à ce qu’ils en bénéficient, car grâce à eux, mon entreprise progresse. Ma philosophie: pli mo donne, pli mo gagne.»

À Port-Louis, Abdel Ellayee, patron d’un commerce de détail, partage le même constat : « Nous sommes conscients de l’impact de cette compensation sur les entreprises, mais nos salariés font face à la hausse du prix des légumes, du lait et des produits essentiels. Même une petite somme supplémentaire les aidera à mieux gérer leur quotidien.» Philippe Clément, dirigeant d’une autre PME, souligne la nécessité d’un équilibre : «Nous voulons protéger nos employés, mais si la compensation devient trop lourde, certaines entreprises pourraient réduire leurs effectifs.»

Du côté des salariés, la frustration dépasse le simple enjeu financier. Ah-Kim, employé dans un centre de BPO à Ebène, déplore : «Chaque gouvernement nous dit que la caisse est vide, que les finances sont limitées… mais au final, ce sont toujours eux qui se remplissent les poches. Nous, les ti dimounn, subissons les conséquences.» Pour Vashil, employé de banque, il s’agit de mesures concrètes et réalistes: «Parler d’inflation sur le papier ne suffit pas. Les gens ressentent la hausse tous les jours, dans les marchés, dans les transports, dans leur quotidien. Une compensation adaptée ferait vraiment la différence et montrerait que l’État comprend nos difficultés.»

Pour Ritika, employée dans une entreprise de services à Moka, «même avec un salaire correct, il y a toujours des imprévus : factures qui augmentent, écoles, alimentation… Une petite compensation nous permettrait de mieux respirer et de planifier nos dépenses sans stress chaque mois». Joshan, technicien dans une société informatique, ajoute : «On sent la pression à chaque achat. Recevoir cette aide montrerait que notre travail et nos efforts sont pris en compte.»

Le besoin est d’autant plus crucial pour les ménages les plus modestes. Le Household Budget Survey 2023 révèle que 101900 personnes vivaient sous la Relative Poverty Line, fixée à Rs 12378 par mois. La hausse constante des prix, combinée à des salaires qui peinent à suivre, pousse de nombreux foyers à réduire des dépenses essentielles comme la santé, l’éducation ou l’alimentation. Le rapport Prosperity Gap de la Banque mondiale indique également que le revenu moyen à Maurice devraient être multipliés par 2,4 pour atteindre le seuil mondial de prospérité de 28 dollars par jour. Toujours selon ce rapport, 105900 personnes vivent sous la National Poverty Line, mettant en évidence l’écart constant entre revenus réels et besoins fondamentaux.

Ainsi, la compensation salariale ne représente pas seulement un soutien ponctuel, elle traduit également une prise en compte des difficultés concrètes des citoyens. Dans les rues de Rose-Hill, Quatre-Bornes ou Port-Louis, les habitants s’inquiètent de la date de versement, d’autres du montant. «C’est toujours la même histoire: on espère quelque chose, on reçoit un peu, mais à peine le temps de souffler que les prix ont encore augmenté», résume une employée de bureau. Le ton général est celui de la vigilance : chacun attend de savoir si l’aide annoncée sera à la hauteur des besoins.

? Une incidence sur le moral des troupes

Pour les PME, l’enjeu est double. Outre le respect des budgets et la gestion des charges, elles doivent également préserver la motivation de leurs salariés. Logen insiste : «Nos employés font déjà beaucoup d’efforts pour joindre les deux bouts avec le salaire minimum. Une aide, même modeste, leur apporte un soulagement psychologique. C’est important pour le moral et la productivité.» Abdel Ellayee ajoute : «Nous ne pouvons pas ignorer l’impact sur les ménages. Si nos employés se sentent soutenus, ils peuvent mieux gérer leurs dépenses et rester concentrés sur leur travail.»

Les syndicats, pour leur part, souhaitent une compensation reflétant la réalité des ménages. Selon eux, il s’agit d’une mesure capable de soulager les foyers et de protéger le pouvoir d’achat. Les discussions avec le secteur privé restent tendues. Philippe Clément résume le dilemme : «Il faut trouver un juste milieu. Protéger les salariés est essentiel, mais certaines entreprises ne peuvent pas absorber n’importe quelle charge. La prudence est nécessaire.» La question de la compensation salariale dépasse donc la simple logique budgétaire. Elle touche à la cohésion sociale et à la perception de l’équité.

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