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Assad Bhuglah : communalisme, faits et effets

20 avril 2026, 17:30

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Assad Bhuglah : communalisme, faits et effets

Parler des communautés. Depuis leur définition dans la Constitution, jusqu’à la réalité des Mauriciens et leurs identités qui, loin d’être figées, sont multiples. Un sujet ambitieux, polémique et détaillé choisi par Assad Bhuglah dans «Community identity in a multicultural society». L’ouvrage a été lancé jeudi dernier au «Hennessy Park Hotel».

C’est l’un des paradoxes mauriciens. Continuer de nos jours, à utiliser le recensement ethnique de la population datant de 1972, pour les besoins électoraux. Malgré les recommandations du Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD). En dépit de toutes les voix appelant à une réforme électorale en profondeur. Un processus enclenché par l’actuel gouvernement. Qui a déjà reçu une série de propositions.

C’est dans ce contexte où, «though Mauritius officially moved away from ethnic-base censuses after 1972, ethnicity still plays a central role in politics, identity, and resource distribution», que s’inscrit le dernier ouvrage d’Assad Bhuglah. Community identity in a multicultural society a été lancé le jeudi 16 avril dernier, au Hennessy Park Hotel, en présence du Premier ministre par intérim, Shakeel Mohamed.

Le sujet fait l’objet de débats passionnants et passionnés, qui ne sont pas prêts de s’éteindre, surtout autour du Best Loser System par exemple. L’auteur, lui, choisit la sobriété : des sondages, les chiffres de Statistics Mauritius. Ce qui ne l’empêche pas de porter un regard intransigeant sur diverses sphères de la société. Il fait ainsi œuvre utile en alignant faits et observations, pour que le débat soit, non point basé uniquement sur du ressenti viscéral, mais pour qu’il débouche sur des réflexions éclairées. L’auteur écrit aussi noir sur blanc, ce qui se dit tout bas, crevant des abcès, ces réflexes communautaires que nous avons intégrés, parfois sans penser à mal. «The stubborn reality in Mauritius is that the island is still a community-based society, and breaking away from communalism remains one of its greatest challenges.» Voilà qui gratte le vernis de l’île-nation, de l’unité qui se manifeste lors des grands moments – sportifs ou de crise – mais qui semble hélas en retrait, dans des comportements du quotidien.

Rôle des politiciens

La faute à qui ? «In Mauritius, the term ‘community’ is understood differently as it is ingrained in the local politics”, écrit Assad Bhuglah. Il va plus loin, affirmant :«Some political leaders spend a lot of time telling us that there is no small community in our country.» L’auteur souligne en avant-propos que les divisions raciales et religieuses de l’ère coloniale, «are still woven into the Mauritian political fabric (…) Politicians know that votes are mobilised not only by policies but by appeals to identity. In practice, many Mauritians cast their vote not as citizens of a single nation, but as members of a particular group defending its share of representation». À charge pour les historiens d’éclairer ce postulat à la lumière du 60-0 de 2024.

L’auteur consacre tout un chapitre à étayer la thèse de « Mauritius : A community based society». Il commence en haut de la pyramide, avec les quatre catégories religieuses et ethniques prévues par la Constitution. Alors même que le pays, «has no official religion, and the Constitution guarantees religious freedom». L’auteur se réfère à un jugement de la Cour suprême pour expliquer que, «what matters most in the determination of the community is the way of life». Ce qui dépend d’une série de caractéristiques, comme la religion pratiquée, la nourriture consommée, le nom porté etc. Aux côtés des quatre catégories légalement reconnues, Maurice compte – rappelle l’auteur – «11 main languages». Il souligne également que, «if the law recognises only four communities for electoral purposes, the ethno-cultural policies of the government are directed towards 8 ou 9 (Ndlr, des chiffres écrits en caractères gras dans le texte) communities to reflect that cultural diversity». Ce qui est visible, dans le l’«allocation of public holidays and even for the alignment of candidates at elections», ou encore dans le paiement des subventions aux religions et dans le nombre de centres culturels. En aparté, rappelons que le présent gouvernement a promis le réveil du centre culturel mauricien.

Tout cela est la démonstration éclatante que l’île Maurice aux quatre communautés est peuplée de citoyens aux multiples identités. «Dual identity in Mauritius is not a contradiction- it is the essence of Mauritian life (…) Research indicates that Mauritians often report strong identification with both their national and ethnic groups», souligne Assad Bhuglah. «Dual identity can be a way for individuals to navigate complex situa- tions and social dynamics, while also preserving their sense of self».

Dans ce contexte de débat, en préface, le ministre Shakeel Mohamed rassure. «The present government of Mauritius is taking a lot of care to avoid cultural conflicts or clashes, eliminate discrimination and prejudice and stand up firmly to the integration challenges. It is aware that difficulty in fully integrating diverse communities into the mainstream society, can potentially lead to social exclusion or marginalisation.»


Cassam Uteem : «The Mauritian national identity is generally weak»

En introduction de «Community identity in a multicultural society», Cassam Uteem, ancien président de la République corrobore : «The contemporary Mauritian has grown into a multi-cultural individual, a cultural half-cast or metis». Observateur averti de la société mauricienne, Cassam Uteem partage un regard à la fois lucide, attendri mais surtout sans concession sur nous-mêmes. De quoi nous tendre un miroir grossissant. Provoquer, quand ce n’est pas poursuivre, la réflexion sur les dérives qui nous entraînent. Nous reproduisons un extrait de l’introduction :

«A typical Mauritian is respectful of his/her neighbours’ religious beliefs, traditions and way of living. His/her high level of tolerance quotient allows him/her to make a lot of allowances and, often times, to the detriment of his won personal convenience. He/she always tries to show understanding and how to accommodate others. This is in keeping with his/ her upbringing and education since early childhood and also because of the surrounding environment that makes a typical Mauritian a basically democracy-fanatic. He/she is a staunch believer in the freedom of religion, expression and association. He/she learns very early in life to be a magnanimous winner as well as a good ‘loser’.

Notwithstanding, the Mauritian national identity is generally weak while ethnic identity, with such factors like religious and cultural affiliations and caste affinity, continues to play a prominent role in a Mauritian’s daily life and influence his/her behavior patterns. We tend, at various degrees, to develop parochial attitudes that do not, unfortunately, make for strong and abiding social cohesion. Many believe that this situation hinders the emergence of a ‘Mauritian nation’ and the fault therefore lies with politicians who thrive on pitting one community against another in their bid to win power or with the manner of our political practice itself.»

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