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“Win-win situation”
Faire de Maurice un paradis du shopping. L’idée n’est pas nouvelle en soi mais la nouveauté est que le gouvernement étudie sérieusement la question. L’abolition des droits de douane sur une panoplie d’articles – vêtements, bijoux, montres, maroquinerie, parfums, audiovisuel, électroménager – pourrait même être la principale mesure forte du prochain budget.
Si cela s’avère, il n’y a pas à douter que le gouvernement veuille ainsi marquer les esprits avant les prochaines consultations populaires. Comme cadeau électoral, on ne peut rêver mieux. Après la ruée vers les magnétoscopes des années Vishnu Lutchmeenaraidoo, les Mauriciens se jetteront cette fois sur les DVD et équipements “home cinema”.
Même si l’idée de faire du pays un “duty free island” fait partie de la “winning formula” de Paul Bérenger, le concept est défendable sur le plan économique.
La première considération concerne l’impact d’une telle détaxe sur les revenus de l’Etat. Il sera important mais pas insurmontable. Pour l’exercice 2004-2005, les droits de douane représentent 16 % des taxes indirectes du gouvernement, soit Rs 4,3 milliards sur un total de Rs 25,3 milliards. Si on inclut la taxe directe, les droits de douane représentent 13 % des revenus fiscaux de l’Etat.
Ce que le gouvernement risque de perdre en termes de droits de douane il pourra en rattraper une partie en termes de taxe sur la valeur ajoutée en supposant que la détaxe augmentera les volume des ventes suffisamment pour compenser la baisse des prix aussi, puisque la TVA est une taxe ad valorem. De plus, une réduction significative des revenus douaniers obligerait les autorités fiscales à améliorer l’efficience de la collecte des autres types de revenus – impôt, “corporate tax” – et à lutter plus efficacement contre la fraude et l’évasion fiscale.
De toute façon le niveau des droits de douane baisse inexorablement depuis plusieurs années et continuera à baisser à cause de nos engagements auprès de l’Organisation mondiale du commerce et auprès des blocs régionaux que sont le Comesa et la SADC.
Au lieu de subir le processus, Maurice peut prendre les devants et transformer ce qui est inévitable en un avantage économique.
La consommation qui est plus ou moins stagnante pourrait être dopée par la baisse des prix qu’implique l’abolition des droits de douane et contribuer à la croissance économique.
Tout le monde aurait préféré une croissance tirée par la production et l’exportation mais avec les difficultés du textile-habillement et bientôt celles du sucre, il n’est pas interdit de rechercher des alternatives.
Après les trois “s” - “sea, sand and sun” – Maurice pourra avec le shopping ajouter un quatrième “s” à son argument marketing du tourisme. On ne peut rêver d’attirer des touristes chinois et japonais sans une offre conséquente en termes de shopping.
Les dépenses par touriste stagnent autour de Rs 27 000. Ce chiffre comprend les frais d’hébergement et la restauration qui représentent environ 75 % des dépenses.
Cela fait des années que les autorités recherchent les moyens de faire nos visiteurs dépenser davantage. L’offre est limitée. Il n’y a plus de Ralph Lauren. Mais les diamants et bijoux, les maquettes de bateau et les meubles de qualité sont toujours prisés. Il s’agit donc d’accroître l’offre pour stimuler les cartes de crédit.
Faire de Maurice un paradis du shopping s’inscrit aussi dans la vision de faire de Maurice un “hub ”des services et du savoir avec son “integrated resort scheme” pour des “high net worth people” et sa cybercité attirant des professionnels du monde entier.
L’abolition des droits de douane pourrait être payante électoralement et économiquement. Une “win-win situation”, comme dirait l’autre.
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