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“Nous méritons une plus grande reconnaissance du gouvernement”

6 septembre 2005, 20:00

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■ <B>Quelle est la place des petits hôtels dans le paysage hôtelier de Maurice ?</B>

Nous occupons 60 % du parc hôtelier, et nous employons plus de personnes que les grands établissements.

La croissance de l’industrie touristique en termes de recettes a connu une progression de 18 % en 2003-2004. La petite hôtellerie. Il y a aussi eu une augmentation énorme d’arrivées dans le secteur informel (bungalows, pensions de famille…). En général, dans les grands hôtels, il y a eu une certaine stagnation. Les petits hôtels ont beaucoup contribué à la performance nationale.

Le gouvernement doit nous accorder plus d’attention. Nous sommes le pouls de l’industrie. Si les petits opérateurs piétinent, les grands ne vont pas pouvoir marcher convenablement non plus. Il n’y a pas que les très riches qui voyagent maintenant. Il y a de plus en plus des gens qui appartiennent aux classes moyennes qui le font. Les petits hôteliers sont plus à même d’attirer cette clientèle.

■ <B>Où vous situez-vous par rapport à l’image haut de gamme que s’efforce de projeter la destination mauricienne ?</B>

Les petits complexes hôteliers sont souvent considérés comme des petits hôtels de charme. Nous sommes principalement dans la catégorie

trois-étoiles, mais nous offrons un service quatre-étoiles dans beaucoup de cas. Nous opérons selon les normes internationales. Nous procédons à la rénovation de nos établissements chaque cinq ans, et ce malgré les difficultés que nous rencontrons pour accéder aux financements nécessaires.

Nous sommes très bien vus sur le plan mondial en tant que prestataires d’hébergement de qualité. D’ailleurs, les tour-opérateurs se concentrent de plus en plus sur les hôtels trois-étoiles.

Les petites unités appartiennent principalement à des Mauriciens. Nous représentons la vraie hôtellerie mauricienne. Nous offrons un cadre convivial qui plaît beaucoup aux clients. Ils y retrouvent les valeurs du pays, et ils ne sont pas considérés comme des numéros.

C’est là une de nos principales forces. Pour preuve, 20 % de la clientèle sont fidélisés et reviennent chez nous régulièrement sur une période de dix à quinze années. Ils viennent voir le personnel ou même les gens qui habitent le voisinage avec qui ils se sont liés d’amitié. C’est toute une culture qu’il nous faut essayer de promouvoir. Je connais même des clients de notre hôtel qui viennent assister à des mariages chez les voisins de l’hôtel.

Ils y viennent et font beaucoup d’achat. De manière générale, nos clients ne restent pas cloisonnés à l’hôtel. Il y a beaucoup d’interaction avec la communauté, et cela comporte des effets multiplicateurs sur l’économie.

<B>“Nous avons trop longtemps été délaissés au profit des gros opérateurs de l’industrie. J’espère que nos attentes vont effectivement se concrétiser.”</B>

■ <B>Vous êtes plus à même de faire repartir le tourisme régional sur des bases plus solides…</B>

Il y a seulement l’île de la Réunion qui représente un gros potentiel de croissance dans la région. Je ne pense pas qu’un autre marché régional soit en mesure de générer un flux de visiteurs comparable. Je crois qu’il ne serait pas intelligent d’investir de grosses sommes dans des marchés qui ne vont finalement pas générer des retours satisfaisants.

Les Réunionnais ont un pouvoir d’achat élevé et ils voyagent beaucoup. Ils peuvent bouger à n’importe quel moment de l’année. C’est vrai qu’ils inondent le marché des petits établissements. Il nous faut toutefois innover le produit pour attirer encore plus de touristes réunionnais. L’on peut songer, par exemple, à des événementiels autour du pèlerinage au Père Laval ou lors de Maha Shivaratree.

Il faut créer de nouveaux pôles d’intérêt pour le visiteur réunionnais. Il y a un gros marché à prendre tant au niveau individuel qu’au niveau des groupes tels les associations féminines, les groupes du troisième âge, et les personnels administratifs des communes…

■ <B>Êtes-vous satisfait de la considération du gouvernement ?</B>

Nous constatons qu’il y a aujourd’hui une lueur d’espoir pour les petits hôteliers. Nous avons été délaissés trop longtemps au profit des gros opérateurs de l’industrie. J’espère que nos attentes vont effectivement se concrétiser.

Nous méritons une plus grande reconnaissance de la part des autorités. Nous employons plus de personnes que les grands hôtels tout en occupant des superficies nettement moins importantes qu’eux. Les petits complexes avec une capacité de 70 à 90 chambres occupent quatre arpents en moyenne. La superficie qu’occupe un grand hôtel peut aller jusqu’à 100 arpents. Nous employons beaucoup plus de personnes par unité de superficie occupée.

Nous attendons que le gouvernement nous donne son soutien pour que nous ne tombions pas entre les mains des gros opérateurs. Il faut qu’il veille à la survie des petits hôteliers car nous contribuons beaucoup à l’avancement de l’industrie dans son ensemble.

■ <B>Pourquoi pensez-vous que vous êtes la proie des grands groupes ? </B>

Beaucoup de gens à Maurice pensent que les petits hôtels ne font pas suffisamment d’effort de marketing, et que c’est la raison pour laquelle ils se retrouvent en difficulté. Moi, je pense qu’ils font trop de marketing. Ils ont beaucoup dépensé dans des projets dans lesquels ils ont beaucoup cru. Certains se sont retrouvés en difficulté financière. Ils n’ont pu survivre et ont finalement été rachetés par des grands groupes.

■ <B>Qu’attendez-vous du gouvernement sur le court terme ?</B>

Nous avons grand besoin d’accéder à des financements dans des conditions plus favorables que celles dont nous jouissons actuellement. Nous avons besoin de capitaux à des meilleurs coûts pour rénover nos hôtels et pour revoir la structure financière de nos opérations. Il faut que les autorités allégent le fardeau financier qui pèse sur nos activités et nous permettent de devenir plus compétitifs. Nous devons être considérés sur le même pied d’égalité que le secteur de l’habillement en termes de l’accès aux financements.

Par contre, j’estime que nous sommes bien représentés au niveau du marketing à l’étranger. La Mauritius Tourism Promotion Authority est en train de faire un bon travail pour promouvoir la visibilité de la destination, mais aussi de nos établissements. Les tour-opérateurs nous rendent visite régulièrement pour constater de visu la qualité de nos prestations. Ils font confiance aux hôteliers mauriciens.

■ <B>Comment s’organise la promotion pour les petits hôtels ?</B>

Dans la plupart des cas, les gros tour- opérateurs dont Thomas Cook et LTU sondent les marchés à notre place. Ils vendent nos hôtels sans que nous n’ayons à nous déplacer. Il n’est pas nécessaire de participer à tous les Salons du tourisme.

■ <B>Ce sont surtout les petits hôtels qui vont profiter le plus de l’ouverture de l’accès aérien…</B>

La libéralisation du ciel sera bénéfique à tous les points de vue. Elle relancera définitivement le secteur surtout dans des marchés encore non sondés. Si l’accès aérien n’est plus un problème et que les prix du billet sont beaucoup plus compétitifs, ces nouveaux marchés pourront connaître une forte croissance chez nous.

Je pense aux pays scandinaves, par exemple. Si les voyageurs de ces pays peuvent trouver des billets à des prix abordables, ils auront de l’argent à dépenser ici. Il faut que le tarif aérien ne décourage pas le touriste dès le départ. La structure de l’hôtellerie mauricienne fait que le touriste peut trouver des établissements de toutes les gammes.

■ <B>Les petits opérateurs ont été évincés de la direction de l’Association des hôteliers et des restaurateurs de l’île Maurice (Ahrim). Cela ne risque-t-il pas de vous marginaliser ?</B>

Nous espérons que cette nouvelle formule de contribution à l&#8217;Ahrim ne va pas avoir pour résultat que la relégation des petits hôtels à l&#8217;arrière-plan. Nous espérons que le gouvernement sera attentif à nos espérances, et les autorités concernées conscientes qu&#8217;il faut d&#8217;une aide spéciale aux petits et moyens hôtels pour les aider à faire face à une conjoncture difficile dans cette période de transition pour l&#8217;hôtellerie mauricienne.

<I>Propos recueillis par </I>

<B>Akilesh ROOPUN</B>

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