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“Notre système bancaire n’est pas suffisamment efficient”
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“Notre système bancaire n’est pas suffisamment efficient”
●<B> Lors d’un récent débat, vous avez affirmé qu’il n’y a pas de compétition entre les banques. Sur quoi vous basez-vous pour faire un tel constat ? </B>
Il y a un problème structurel dans la politique de détermination des taux de change dans le secteur bancaire. Elle est asymétrique. J’ai effectué des recherches sur ce sujet et mes résultats seront d’ailleurs publiés bientôt dans le journal spécialisé Savings and Development en Italie.
J’ai aussi présenté mes résultats à l’African Econometric Society lors d’une conférence en 2002. Grâce à des analyses économétriques, j’ai démontré qu’il y a une collusion entre les banques dans la détermination des taux d’intérêt. Je me suis lancé dans ces travaux car il y a toujours eu cette perception de collusion entre les banques. J’ai voulu vérifier si c’était fondé.
J’ai étudié l’évolution des taux d’intérêt depuis 1991, construisant un modèle économétrique à partir de ces données. J’ai voulu observer la relation entre le “money market rate” – le taux d’intérêt sur les Treasury Bills vendus aux enchères – et les taux d’intérêt à l’épargne et sur le crédit pratiqués par les banques commerciales.
Je suis arrivé à la conclusion que la collusion entre banques existe bel et bien. La marge entre les taux d’intérêt à l’emprunt et à l’épargne reste élevée malgré la libéralisation des taux. Ceci est un important indicateur. Cette marge aurait dû baisser avec la libéralisation. Or, elle reste élevée. Il n’y a pas de compétition sur les taux d’intérêt.
Lorsque la Banque de Maurice augmente les taux, les banques commerciales révisent à la hausse les taux sur le crédit beaucoup plus vite que sur les taux d’épargne. Par contre, quand il y a une baisse des taux décidée par la Banque centrale, c’est le phénomène inverse. L’ajustement des taux est asymétrique. A Singapour, ce phénomène n’existe pas.
Je peux comprendre que cela prend du temps pour réajuster les taux sur le crédit car il faut revoir les contrats. Mais je maintiens qu’il y a collusion.
Peut-être qu’avec le développement du marché, maintenant, les choses évoluent positivement mais dans le cadre de mon étude qui porte sur la période de 1991 à 2001, j’ai observé une rigidité dans les taux d’intérêt.
●<B>Actuellement, pourtant, on assiste à une concurrence accrue entre les banques commerciales… </B>
Il y a effectivement la perception d’une plus grande compétition. Mais elle se situe davantage au niveau du marketing et de la communication qu’au niveau des taux d’intérêt. Il y a un semblant de compétition mais toutes les banques pratiquent presque les mêmes taux.
●<B>C’est normal, puisque le coût de l’argent est le même pour toutes les banques… </B>
C’est vrai que le coût est le même mais le fait que le différentiel entres les taux à l’épargne et à l’emprunt est élevé représente une marge de manœuvre pour une plus grande compétition sur les taux d’intérêt.
Aujourd’hui, les banques sont en train de changer de stratégie. Elles se concentrent davantage sur les non interest income que sur les revenus liés aux taux d’intérêt. Cette tendance est un reflet de la fragilité du secteur bancaire. Nous savons quels sont les problèmes qui affectent les secteurs réels de l’économie et comment cela affecte le porte-feuille de prêts des banques et notamment la croissance des prêts non performants.
Au cours de mes recherches, je me suis aussi rendu compte que l’efficience des banques du pays est faible comparée aux normes des grands centres. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles ont commencé à se restructurer et c’est une bonne chose.
Le coût d’opération des banques est élevé. Je ne suis pas d’accord avec la Banque mondiale qui trouve que notre système bancaire est efficient. Il est peut-être efficient en comparaison avec les pays d’Afrique mais il ne l’est pas par rapport aux pays développés et au centre financier que nous ambitionnons de devenir.
Le coût de la main-d’œuvre est élevé. Les hausses salariales ne sont pas accompagnées de hausses de productivité. Il y a un surnombre de personnel. Les banques s’en sont aperçues et ont commencé à dégraisser.
L’investissement des banques dans les obligations du gouvernement est une autre source d’inefficience. Elles n’ont pas d’autres alternatives d’investissement, surtout dans un contexte où le secteur réel de l’économie est en déclin.
Les Bons du Trésor son rémunérés à 8 % mais si les banques avaient des projets d’investissements à financer, elles auraient obtenu un meilleur rendement.
●<B>Vous dites que la marge sur les taux d’intérêt est trop élevée. Les banques répliquent que cette marge est nécessaire pour assurer leur solidité et la solidité du système bancaire et financier …</B>
Cet argument était valable avant la libéralisation. Les banques devaient alors conserver des réserves et des ratios de liquidités élevés.
Ces ratios impliquaient que le coût des fonds était aussi élevé. Il fallait donc un différentiel important pour permettre aux banques de satisfaire ces contraintes.
Aujourd’hui, la Banque centrale a réduit le cash ratio et il n’y a plus de liquid asset ratio, qui était de 33 % à l’époque. C’était effectivement un problème pour les banques et il était donc acceptable de permettre aux banques d’entretenir un différentiel élevé entre le taux d’épargne et le taux de crédit.
Aujourd’hui, tel n’est plus le cas. Si Maurice veut devenir un centre financier et si les banques veulent devenir des “global players”, on ne peut continuer à pratiquer une marge si élevée.
●<B> Pourtant, on peut se dire que c’est grâce à sa forte rentabilité que la Mauritius Commercial Bank (MCB) peut se permettre de rembourser Rs 881 millions avec aisance, sans ébranler sa solidité financière et sans ébranler le système bancaire.</B>
C’est effectivement un argument valable. Mais la MCB est un cas particulier. It is too big to fail. C’est une institution qui a des ramifications à travers tout le secteur réel de l’économie.
C’est une bonne chose que la MCB soit si solide car si elle devait connaître des difficultés, c’est tout le système financier et l’économie même qui en pâtiraient. La stabilité de la MCB et du système bancaire est primordiale.
Si la MCB souffre, cela peut créer une perte de confiance dans les institutions bancaires, des retraits massifs des banques et l’effondrement du système financier.
J’en profite pour reconnaître les efforts faits par les autorités et la Banque centrale pour consolider les banques, améliorer la réglementation prudentielle et professionnaliser ce secteur. Il faut restructurer notre système bancaire pour que nous puissions vraiment bénéficier des bienfaits de la libéralisation.
●<B>Dans la conjoncture devrait-on s’inquiéter du sort des petites banques ?</B>
Il est un fait que la taille de notre marché ne permet pas d’accommoder un nombre illimité de banques. Je trouve un peu dommage l’arrivée d’une nouvelle banque, en l’occurrence la Mauritius Post Savings Bank.
Pour qu’une banque puisse survivre, il lui faut détenir une part de marché suffisante qui lui permet de dégager un bénéfice adéquat lui donnant les moyens d’investir dans les dernières technologies. Avoir trop de banques n’est pas une bonne chose. Ce n’est pas économiquement efficient.
Avec la stagnation de l’économie réelle, l’augmentation des coûts d’opération et la nécessité d’investir dans la technologie, les petites banques auront du mal à survivre à moins de fusionner ou de mettre leurs ressources en commun pour l’acquisition des technologies.
●<B> Que pensez-vous du débat actuel sur les taux d’intérêt. Faut-il réviser les taux à la hausse ? </B>
Il n’y a pas de relation significative entre le taux d’épargne et le taux de crédit. Je pense qu’il faut assurer une rémunération minimale sur les dépôts, qui représente un taux d’intérêt réel par rapport à l’inflation. Cela ne peut pas être un taux réel négatif.
A Maurice, l’épargne dans les comptes bancaires est résiduelle. Mais une augmentation des taux à l’épargne, surtout si elle est conséquente, peut avoir un impact psychologique important.
Il suffit de voir comment les gens font queue pour acheter des Bons du Trésor quand la Banque centrale en vend “over the counter”. Il y a donc besoin de multiplier les instruments d’investissement pour les épargnants. Je pense qu’il faudrait ramener à Rs 10 000 l’investissement minimum dans les T-Bills qui est actuellement de Rs 100 000. Une telle baisse permettrait aux petits épargnants d’en acheter.
Pour ce qui est du taux sur le crédit, je ne pense pas qu’on puisse l’augmenter, compte tenu de la morosité économique. Maurice est un pays où le loyer de l’argent est encore élevé. Il est autour de 8 % alors que dans le monde il est de 3 %.
Avec la politique de libéralisation il faut laisser le marché dicter les taux. Cela ne doit pas être directement du ressort de la Banque centrale même si elle influence les taux indirectement à travers le “money market”.
Je pense qu’il ne faut pas croire qu’un ajustement de 0,5 % des taux d’intérêt puisse influer significativement sur les taux pratiqués. A Maurice il n’y a pas de mécanisme rapide de transmission.
●<B> Dans la conjoncture certains se posent des questions sur l’indépendance de la Banque centrale. Peut-elle relever les taux contre l’avis du secteur privé et de la zone franche qui inquiète le gouvernement ? </B>
L’indépendance de la Banque de Maurice est un faux débat. En théorie c’est bien que le gouvernement réaffirme l’indépendance de la Banque centrale. Mais le fait est que la Banque centrale est déjà indépendante. Cette indépendance vient de l’extérieur, notamment du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), qui représentent des formes de “monitoring externe” de la politique monétaire.
La politique fiscale est plus sujette à des lobbys de la part de groupes d’intérêts à la recherche d’avantages en termes d’impôts. La politique monétaire est moindrement sujette aux pressions. Fonctionnellement, la banque centrale est déjà indépendante.
●<B>Mais vous dites qu’elle est dictée par le FMI et la BM ? </B>
Non je ne dis pas qu’elle est dictée. Je constate qu’elle suit les conseils de ces institutions qui nous rendent visite chaque année. Les technocrates et responsables de la Banque centrale ont de tout temps tenu compte des bons conseils de la BM et du FMI. Ainsi, ils sont moins sujets aux influences des politiques locaux.
<I>“Le coût d’opération des banques est élevé. Je ne suis pas d’accord avec la Banque mondiale qui trouve que notre système bancaire est efficient. Il est peut-être efficient en comparaison avec les pays d’Afrique mais il ne l’est pas par rapport aux pays développés et au centre financier que nous ambitionnons de devenir.”</I>
<B>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</B>
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