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“L’innovation, un des ingrédients du succès économique”

14 septembre 2004, 20:00

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<B> Quel constat faites-vous du récent sommet sur l’innovation ?</B>

J’étais à Maurice il y a deux ans afin de partager l’expérience de la Malaisie dans la promotion de l’innovation. J’avais alors expliqué la nécessité de bouger vers une économie basée sur le savoir. Pour un pays de petite taille comme Maurice, seule sa capacité à créer et à innover peut lui permettre de tenir tête aux grands pays telles l’Inde et la Chine. Celles-ci disposent de vastes réservoirs de main-d’œuvre. Pour demeurer compétitif, il faut pouvoir exploiter non seulement la main d’œuvre mais aussi la connaissance.

Lors du récent sommet sur l’innovation, j’ai cons-taté qu’il y a eu beaucoup de propositions intéressantes en vue de favoriser l’éclosion d’idées nouvelles. Les interventions et exposés étaient d’un très bon niveau. Le professeur Issac Getz de la European School of Management de Paris a formulé plusieurs suggestions en faveur d’une bonne gestion des idées. Il est important de générer des idées mais encore faut-il bien les gérer pour obtenir des résultats.

Le sommet du National Productivity and Competitiveness Council (NPCC) a réuni plusieurs partenaires dans le monde de la recherche à Maurice tels l’université de Maurice, le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), le Mauritius Research Council et les ministères directement concernés par l’économie et l’industrie. Tous ces acteurs doivent maintenant travailler de manière coordonnée.

<B> Parlez-nous brièvement du modèle malaisien dans le domaine de l’innovation ? </B>

En Malaisie, nous avons développé un système d’innovation dans le cadre de notre Science Policy. Ce mo-dèle peut s’avérer très pertinent pour Maurice. A la fin de la journée, le pays va devoir innover et aussi importer certaines idées de l’étranger afin de développer son économie. Si vous souhaitez plus d’innovation, il faut encourager les idées. Celles-ci proviennent principalement des activités de recherche et de développement (R&D). Il y a également d’autres activités inventives telles le brainstorming.

Depuis 1989, la Malaysian Invention and Design Society (Minds) organise chaque année l’International Invention, Innovation, Industrial Design and Technology Exhibition. Celle-ci est devenue, au fil des années, un forum d’échanges de choix pour les inventeurs, les innovateurs, les designers industriels et les techno-entrepreneurs. Nous espérons accueillir des Mauriciens lors de notre prochaine édition prévue pour le mois de mai 2005.

L’exposition qui aura pour thème “R&D : Towards an Innovative Society” bénéficie du soutien du gouvernement malais et de plusieurs institutions de la région Asie-Pacifique. La World Intellectual Property Organisation (Wipo) est aussi un des partenaires clés de cette manifestation. Celle-ci verra la participation des fonds de capital à risque. L’apport des financiers est vital pour transformer les idées en des projets commercialement viables sur le marché.

<B>Que suggérez-vous pour mieux soutenir financièrement les nouvelles idées ? </B>

Le gouvernement malais a mis sur pied plusieurs fonds dont l’objectif est d’assister le cheminement des concepts vers le marché. Il y a tout un réseau de venture capital qui aide les entrepreneurs lors des différentes étapes de leur innovation.

Il existe chez nous un Cradle Investment Programme destiné à ceux qui ont une idée qui n’a pas encore été testée. L’entrepreneur obtient une somme équivalente à Rs 400 000 pour développer son concept, concevoir un prototype et mettre en place un business plan. Il reçoit aussi l’assistance d’un mentor pour mener à bien cette tâche.

Après cette étape, l’entrepreneur peut solliciter l’apport d’un autre fonds de capital à risque. Ce dernier l’aide à promouvoir son produit sur le marché. Toutes les procédures se font en ligne et les informations sont disponibles sur un site web.

La question de financement est cruciale. Vous pouvez avoir des idées mais il faut aussi avoir les fonds et le savoir-faire nécessaire pour aller de l’avant.

<B>En sus des fonds de capital à risque, qui doit contribuer financièrement à la recherche ?</B>

Prenons le cas du MSIRI. Ses financements proviennent de l’industrie sucrière. Il doit ainsi mettre les résultats de ses recherches à la disposition de celle-ci gratuitement. Toutefois, si une société est intéressée par un projet de recherche particulier, celle-ci doit payer une somme au MSIRI.

Des fonds sont mis à la disposition des universités pour des programmes de recherche. Ces institutions peuvent lever des fonds au moyen des royalties. Celles-ci pourraient être distribuées aux membres du personnel engagés dans les activités de R&D. Il s’agit là d’une idée qui devrait faire son chemin à l’université de Maurice. Une bonne formule de partage peut profiter les chercheurs et l’université à la fois.

<B>Comment promouvoir les sources de financement pour soutenir l’innovation à Maurice ?</B>

Plusieurs formules que nous venons d’évoquer peuvent être appliquées chez vous. Nous sommes disposés à partager avec vous notre expérience en la matière. Vous allez devoir mettre en place des fonds de capital à risque afin de mieux soutenir les efforts d’innovation.

Je constate qu’il y a effectivement beaucoup de Mauriciens qui sont innovateurs et créatifs. Il faut leur donner tout l’encouragement nécessaire. Les venture capital sont très importants pour réussir sur ce plan.

<B> Comment mieux utiliser les capacités créatrices et innovatrices pour transformer l’économie ?</B>

Maurice est à la recherche de nouveaux pôles de croissance. L’innovation peut s’appliquer à deux niveaux. Il y a d’abord les industries existantes. Prenons le cas du sucre. Il vous faudra analyser les raisons pour lesquelles vos coûts de production sont plus élevés que ceux de vos concurrents. Moyennant de nouvelles méthodes de production, vous pourriez réduire considérablement vos coûts d’opération.

Mais la main-d’œuvre n’est pas l’unique problème. L’industrie de la canne génère non seulement le sucre mais contribue également à la production d’énergie électrique. Il y a encore des possibilités pour transformer cette matière première en des produits de plus grande valeur.

Vous pourriez imaginer d’autres utilisations pour les sous produits de la canne, telle la production de nouveaux matériaux. Il y a même des opportunités de transformation des sucres spéciaux à des fins médicinales. Ces activités à meilleure valeur ajoutée peuvent rendre l’industrie sucrière mauricienne nettement plus profitable.

L’innovation s’applique tant dans le design de nouveaux produits que dans le procédé de production. Même l’industrie du tourisme se prête à des innovations. On peut imaginer, par exemple, le développement d’un tourisme médical.

De la même manière, il faut toujours innover dans les services financiers et les technologies de l’information et des communications.

<B>Il faut aussi savoir protéger les idées nouvelles…</B>

Maurice doit pouvoir protéger ses idées si elle veut relever les défis de l’innovation. Je crois savoir que plusieurs institutions à Maurice se réunissent pour se pencher sur cette question si vitale. La Wipo a récemment défini un système qui vise à mieux protéger les créations. Si vous souhaitez avoir plus d’innovateurs et de créateurs, il est urgent d’assurer une meilleure protection de la propriété intellectuelle.

<B> Le R&D demeure néanmoins une activité risquée…</B>

Mais si vous ne prenez pas ce risque vous n’obtiendrez rien. L’innovation est un des ingrédients du succès. Toutefois, il n’y a pas de garantie de réussite. Je vous cite l’exemple de l’industrie de l’huile de palme en Malaisie où une idée innovatrice a changé les données de fond en comble. On y a introduit un système naturel de pollinisation par les insectes. Auparavant, cette activité mobilisait une importante main-d’œuvre. Cette découverte a permis à l’industrie de faire d’énormes économies. En même temps, elle possède les ressources adéquates pour financer la recherche pendant plusieurs années encore.

Mais ce n’est pas uniquement une question d’argent. Il faut surtout trouver des gens compétents pour mettre à la tête des institutions de recherche et pour diriger les équipes. Il faut avoir des personnes capables de réaliser des projets de R&D plus performants.

Idéalement, il faudrait recruter de meilleurs cadres sur le plan international. Ceci bien que le pays dispose de très bonnes compétences. Il faut toujours penser globalement et garder les yeux toujours ouverts sur le monde extérieur.

<B>Propos recueillis parAkilesh ROOPUN</B>

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