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“Le textile se stabilise en termes d’emplois et de revenus”

10 août 2004, 20:00

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•<B>Comment réagit le ministre de l’Industrie lorsque Floréal Knitwear, le fleuron et symbole du textile mauricien, annonce le licenciement de 900 personnes ? </B>

C’est malheureux, mais la restructuration est inévitable et nécessaire dans le textile, et plus particulièrement dans la bonneterie à forte intensité de main-d’œuvre. Ce secteur peut difficilement faire face à la compétition internationale sans un ajustement de sa structure de production.

Floréal Knitwear employait quelque 4 000 personnes. Cette compression du personnel permettra à plus de 3 000 salariés d’envisager l’avenir avec plus de confiance. La filière du pull-over ne représente qu’une partie de l’activité du groupe Ciel Textile qui emploie en tout plus de 10 000 personnes.

Cette réduction du personnel est regrettable, mais elle permettra au groupe de se consolider pour mieux affronter l’avenir qui s’annonce difficile avec l’abolition des quotas dès janvier prochain.

Je persiste à croire que le pire est derrière nous en termes de pertes d’emplois.

•<B> Vous comprenez qu’on puisse avoir du mal à vous croire après les récentes mauvaises nouvelles concernant Floréal, Grove et éventuellement Arvind Overseas (Mauritius) …</B>

Pourtant les chiffres le prouvent. En 2003, la zone franche a perdu 13 000 emplois et en a créé 4 000. Ce qui donne une perte nette de 9 000 emplois. Les indications pour cette année montrent que les pertes seront moins nombreuses. Au premier trimestre 2004, on a enregistré une perte nette de 1 600 emplois dans le textile, contre 2 900 à la même époque en 2003.

Malgré les 900 emplois en moins à Floréal Knitwear, et ceux qui risquent de disparaître au cours des prochains mois, on estime que, cette année, les pertes nettes d’emplois seront de moitié moins importantes que l’année dernière. Elles se situeront autour de 4 500. Cette année sera bien moins grave que 2003. L’an prochain, l’emploi commencera donc à se stabiliser autour de 60 000 à 62 000 postes dans le textile.

•<B>Ne craignez-vous donc pas les effets de l’abolition des quotas qui sera effective à partir de janvier 2005 ? </B>

Le démantèlement de l’accord multi-fibre provoque des soubresauts dans l’industrie mondiale du textile. Il entraînera des changements fondamentaux et structurels dans ce secteur au niveau international. La Chine et l’Inde seront les principaux bénéficiaires de cette libéralisation. Les Etats-Unis et l’Union européenne seront les plus affectés.

Les producteurs textiles des pays développés vont se délocaliser vers la Chine et l’Inde ou d’autres destinations compétitives telles que Maurice. Je crois que nos efforts pour offrir un cadre attrayant pour l’investissement, avec comme base la bonne gouvernance économique, rapporteront des résultats. L’arrivée d’Italdenim pourrait être le signe annonciateur de la venue d’une nouvelle vague d’investisseurs. Nous n’allons pas négliger ces opportunités.

Avec le Board of Investment (BOI), nous irons en mission en Italie et en France, en octobre, pour cibler certains investisseurs potentiels dans le textile.

Il n’y a pas que le textile. Nous enregistrons en ce moment un intérêt accru pour des investissements importants pouvant créer des milliers d’emplois, que ce soit dans l’industrie ou dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. Nous y travaillons d’arrache-pied.

Nous saurons attirer des investissements pour soutenir la croissance de notre économie dans les années à venir.

•<B>En attendant, on annonce un éventuel départ d’Arvind Overseas. C’est un mauvais signe pour la stratégie de Maurice qui vise à favoriser la création de filatures…</B>

Ce serait un coup dur. Mais il faut replacer les choses dans leur contexte. Les données ont drastiquement changé pour la maison mère, Arvind Mills, en Inde. Les mesures budgétaires annoncées dans ce pays le 8 juillet dernier comprennent des incitations fiscales pour le secteur textile qui rendent l’environnement indien beaucoup plus attrayant. Ceci pourrait en partie expliquer la décision d’Arvind Mills de revoir sa stratégie globale.

Localement, Arvind Overseas a connu des difficultés financières car la rentabilité n’a pas été au rendez-vous, suite à l’effondrement du prix des jeans sur le marché mondial.

•<B>Le plus fâcheux c’est qu’Arvind Mills justifie sa volonté de partir parce que la production de tissu n’est plus intéressante à cause de l’extension de la dérogation du “third country fabric” sous l’Africa Growth and Opportunity Act…</B>

Il est vrai que si la provision du third country fabric n’avait pas été renouvelée les activités de filature auraient évolué positivement, avec des perspectives immédiatement plus rassurantes.

Il n’empêche que cette extension ne change rien à moyen et long termes. Cette dérogation expire dans trois ans. Ce n’est que partie remise. D’ici là, les activités de confection dans la région représenteront une forte demande de fil et de tissu.

•<B> Mais les opportunités ratées sont souvent définitivement perdues …</B>

Je note des développements encourageants dans le secteur de la filature. La capacité de production de la filature de Tianli est en expansion et celle de la Compagnie mauricienne de textile est déjà entrée en opération.

D’autre part, alors qu’on annonce le départ éventuel d’Arvind Overseas, un autre producteur de jeans, Novel a été repris par un géant italien du textile, Italdenim.

•<B>Outre les difficultés spécifiques du pull et du jeans, l’ensemble du secteur ne se porte guère mieux. Une contraction de 1% est à prévoir…</B>

Les prévisions du Bureau central des statistiques confirment une stabilisation au niveau de la production et de l’emploi. Il est vrai qu’on enregistrera une contraction de 1% cette année, mais il faut comparer cela à une croissance négative de – 4% en 2003 et de – 6% en 2002.

La valeur des exportations de textile-habillement se stabilise. Elles ont été de Rs 31 milliards en 2000, Rs 29 milliards en 2001, Rs 28 milliards en 2002 et Rs 27 milliards en 2003. En 2004, les exportations totales de la zone franche devraient tourner autour de Rs 34,7 milliards.

Ainsi, malgré les pertes d’emplois, les revenus de la zone franche et du textile se maintiennent. Ce qui traduit précisément le processus de restructuration que connaît notre industrie manufacturière d’exportation. C’est un processus douloureux mais nécessaire. Il n’y a pas d’autres remèdes pour continuer à faire marcher nos secteurs d’exportation, que ce soit le sucre ou le textile.

•<B>Où en est-on justement avec la Textile Emergency Support Team (Test) ? </B>

Cette initiative a indéniablement été utile pour réaliser des interventions dans des entreprises en difficulté. Les entreprises devaient être volontaires pour se soumettre à l’intervention de la Test.

Le nombre d’entreprises ayant participé à cette démarche n’est donc pas élevé. Mais l’exercice a permis de démontrer à toutes les entreprises que des gains de productivité appréciables peuvent être réalisés. Voilà le message le plus important envoyé par la Test.

A ce jour, 17 entreprises ont participé. Toutes ont entrepris une restructuration interne de la production et de l’organisation. Cinq d’entre elles ont été aidées par Kurt Salomon Associates. Huit ont opté pour la méthode Gemba-Kaizen et quatre autres ont eu recours à des consultants privés.

Outre la production et l’organisation, 13 entreprises ont soumis une demande de restructuration de leurs dettes à travers le Corporate Debt Restructuring Council. Une solution a pu être trouvée dans quatre cas. Et le problème de huit autres entreprises sera résolu bientôt.

La Test marche. Cette année, nous allons formaliser cette initiative en l’institutionnalisant sous la forme d’une nouvelle organisation de soutien à l’industrie : Mauritius Enterprise.

Cette institution sera un partenariat entre le secteur privé et le gouvernement reflétant l’esprit de la Test. Mauritius Enterprise bénéficiera d’un budget de l’Etat mais les responsables des opérations auront un contrat spécifiant les résultats et objectifs à atteindre. Ce sera loin d’être un autre corps para-étatique. Ce nouveau cadre de soutien industriel s’inspire des expériences de la Nouvelle-Zélande et de l’Irlande, et ces pays ont bien réussi.

•<B> La Test devait également déboucher sur des mesures politiques telles que le coût des utilités publiques. Un progrès est-il possible sur cet aspect ?</B>

L’Etat fera de son mieux pour minimiser les coûts pour l’industrie, tant les tarifs des utilités publiques que le loyer des bâtiments industriels. Mais l’expérience industrielle mauricienne est basée sur un modèle différent de celui du sud-est asiatique ou d’importantes subventions sont octroyées pour soutenir les exportations.

Ces pays adoptent une politique de taux de change stable tandis qu’à Maurice, tout au long du développement de notre zone franche, nous avons adopté une politique de taux de change flexible. Les gains de compétitivité que cela implique ont permis aux exportateurs mauriciens d’être viables et de continuer à produire profitablement.

En moyenne annuelle, notre roupie s’est dépréciée de 6% par rapport à l’euro en 2001, de 9% en 2002 et de 11% en 2003. Par rapport au dollar la roupie s’est dépréciée de 9% en 2001 et de 3% en 2002. En 2003 notre monnaie s’est toutefois appréciée de 6%.

Nous continuerons à maintenir cette politique de taux de change flexible pour assurer la compétitivité de nos exportations.

<I>“Nous enregistrons en ce moment un intérêt accru pour des investissements importants pouvant créer des milliers d’emplois, dans l’industrie ou dans le secteur des technologies de l’information et de la communication.”</I>

<B>Propos recueillis par Stéphane Saminaden</B>

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