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“Le marché financier est peu développé en termes de produits sophistiqués”
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“Le marché financier est peu développé en termes de produits sophistiqués”
● <B>Quel est l’objectif du séminaire sur les produits dérivés que vous êtes venu animer à Maurice ?</B>
L’atelier a deux composants. D’abord, il vise à donner aux participants une meilleure compréhension des instruments financiers et des derivatives, c’est-à-dire comment les produits fonctionnent ainsi que leurs utilisations dans le marché par les divers opérateurs tels les banques, les sociétés d’assurance, les fonds d’investissement et les spéculateurs.
Dans la deuxième partie du séminaire, nous allons nous concentrer sur le traitement comptable des divers instruments. Nous allons aborder toute la complexité autour des normes comptables internationales par rapport aux derivatives. Il sera question du reporting de ces instruments dans les livres des entreprises qui en font usage, ainsi que les risques qui sont impliqués. Mais le plus important est de voir comment ces instruments peuvent être utilisés pour gérer les risques financiers. Les utilisateurs de produits dérivés ne réalisent pas suffisamment qu’ils peuvent s’en servir pour couvrir certains risques financiers.
Vous pouvez vous protéger contre plusieurs types de risques tels les risques de change à travers toute une panoplie de produits financiers dérivés à la fois standardisés et taillés sur mesure selon un accord entre deux parties. Les instruments standardisés sont disponibles sur des bourses officielles tandis que les autres sont échangés over the counter (OTC).
● <B>Qu’est-ce qui rend les produits financiers dérivés si exclusifs dans le monde de la finance ?</B>
D’un point de vue fondamental, les derivatives ne sont pas nécessairement des produits complexes. Mais la perception de complexité est alimentée par plusieurs facteurs. Les marges sont généralement très minimes sur ces produits. Cela incite les banques notamment à structurer des instruments plus complexes en vue d’une meilleure profitabilité mais aussi pour répondre à la demande de leurs clients.
Il existe une demande pour des produits à plus haut risque, car plus le risque est grand, plus le potentiel de rendement est élevé. Plusieurs sociétés financières qui utilisent ces produits à travers le monde étaient exposées à des risques conséquents mais qui n’étaient pas clairement compris par tous les stakeholders. Cette situation a provoqué pas mal de grosses pertes financières. C’est un peu cela qui a fini par créer une certaine effervescence autour des derivatives.
D’autre part, il n’y avait pas de norme comptable pour traiter ce type d’instrument financier. Il n’y avait aucun moyen prévu en termes de reporting et les stakeholders n’étaient pas suffisamment au fait des risques impliqués par rapport à l’utilisation de ces produits.
● <B>Qu’est-ce qui rend les produits dérivés vulnérables aux pertes ? </B>
De part leur définition, les produits dérivés signifient qu’ils sont dérivés d’un actif sous-jacent. Les banques et autres opérateurs financiers structurent les instruments de manière à ce que les derivatives évoluent différemment par rapport à leurs actifs sous-jacents telles les devises, les actions et autres dettes. Par exemple, un dérivative peut être construit de façon à ce qu’il bouge par un certain nombre de fois la valeur du mouvement du cours d’une action donnée.
Il y a un composant de leverage qui y apporte beaucoup de risque. Deuxièmement, l’investisseur n’a pas d’actif ou de passif sous-jacent à sa disposition pour se protéger. Il n’y a qu’un cash flow.
Enron se servait des commodity derivatives pour faire des transactions sur des Bourses d’énergie. Même si elle est une société d’énergie de par sa nature, elle a cru qu’elle pouvait améliorer sa profitabilité en faisant des opérations sur les produits financiers dérivés. Elle s’était exposée de manière significative sur des energy derivatives qui tiraient leur valeur des marchés pétroliers et du gaz notamment.
Cela peut être utile si vous vous en servez pour couvrir des risques. Mais si vous en avez recours à des fins de spéculation et augmentez votre exposition aux marchés sous-jacents, vous êtes vulnérables à des pertes conséquentes.
● <B>Quelles sont les dispositions prises pour éviter ce genre de situation ? </B>
Les Bourses sophistiquées de derivatives dans les pays avancés prévoient des mesures pour limiter les pertes. Ces Bourses exigent généralement un dépôt de la part des investisseurs. Le dépôt sert de protection contre les risques de crédit. Les mouvements peuvent être conséquents tous les jours. Les dépôts aident à absorber des pertes éventuelles.
Les règles sur le contrôle des risques liés aux instruments dérivés ont beaucoup évolué. Il y a plusieurs outils auxquels les banques, les compagnies d’assurances et autres entreprises peuvent avoir recours pour limiter les pertes. Le value at risk (VAR) est une technique qui est très répandue à cet effet. Le VAR évalue les pertes maximales potentielles durant une période donnée. Les calculs sont basés sur plusieurs quantifications statistiques. Ils donnent une bonne idée sur les expositions et les possibilités de pertes.
Les opérateurs ont des limites de risques auxquels ils peuvent encourir. Le VAR leur permet d’opérer dans les limites autorisées. Les opérateurs doivent décider de maintenir, de réduire ou de clore des positions sur la base des résultats du VAR.
Les sociétés qui utilisent les produits dérivés doivent avoir une stratégie claire de gestion de risques. Une entreprise peut décider à ne pas encourir aucun risque de taux de change et décider d’utiliser les produits financiers dérivés pour couvrir toutes ses expositions telles les dettes, les dépôts et les investissements libellés en monnaies étrangères.
La direction de l’entreprise doit toujours rappeler à l’ordre tout employé qui ne respecte pas les règles établies. Les responsables de banques doivent agir de manière très sévère à l’encontre des personnes qui outrepassent les directives en matière d’utilisation des derivatives.
● <B>Comment faire la différence entre l’utilisation des dérivés pour les besoins de couverture et celle destinée à la spéculation ?</B>
Les instruments financiers dérivés qui font usage de couverture de risques ont tous des expositions sous-jacentes qui doivent être protégées. Prenons le cas d’une compagnie mauricienne qui investit $100 millions dans un pays étranger. Si le taux de change de la roupie varie de façon défavorable pour la compagnie, la valeur de l’investissement peut diminuer. L’entreprise aura recours des produits financiers dérivés pour protéger cette exposition.
Un spéculateur, par contre, n’a aucune exposition sous-jacente. Son seul objectif est de faire un pari sur l’évolution du marché et d’en tirer des bénéfices.
De manière générale, l’existence ou pas des actifs ou des passifs sous-jacents détermine si les dérivés sont à usage de gestion de risques ou de spéculation.
<I>“Le plus important est que les managers et les responsables des entreprises doivent bien comprendre les implications en termes de risques par rapport à l’utilisation des ‘derivatives’.”</I>
● <B>Quelle est votre opinion sur le niveau du marché de produits financiers dérivés à Maurice ? </B>
Je pense que le marché ici est peu développé en termes de produits sophistiqués mais il est en croissance. Le plus important est que les managers et les responsables des entreprises doivent bien comprendre les implications en termes de risques par rapport à l’utilisation des derivatives.
Il faut aussi que les comptables puissent évaluer ces risques correctement. L’argent des actionnaires est en jeu, et il faut faire attention.
● <B>Dans quelle mesure l’absence d’un marché secondaire organisé pose-t-il un problème ? </B>
Les dérivés qui sont échangés sur ces Bourses officielles, ont des termes et conditions standards qui y sont attachés. Les contrats contiennent des dates de livraison et des tailles spécifiques. Cela rend le marché très liquide car les produits sont transparents et sont faciles à utiliser.
Le désavantage est que si les contrats sont très spécifiques, ils ne correspondent pas toujours aux attentes des utilisateurs. Ces derniers ont alors recours aux produits qui sont disponibles sur le marché OTC.
● <B>Les utilisateurs peuvent-ils créer leurs propres produits dérivés ? </B>
N’importe qui peut construire un derivative. Un produit dérivé est un contrat concernant le paiement d’un flot de cash flow sur la base du mouvement d’un marché sous-jacent ou d’un facteur sur lequel deux personnes sont tombées d’accord. C’est comme un pari sur des événements sportifs. Par exemple, si l’équipe A gagne son match, je vous donne $ 50. Si elle perd, vous me devez $100.
Les marchés sophistiqués ont beaucoup évolué vers des applications plus poussées. Ils utilisent les taux d’intérêt, les devises et les prix des marchandises et des equity instruments pour décider s’il faut effectuer des paiements ou pas. Auparavant, il n’y avait que les produits liés au taux de change et au taux d’intérêt. Il y a aujourd’hui des instruments plus sophistiqués tels les credit derivatives. Ces derniers agissent pratiquement comme une forme d’assurance.
● <B>Dans quelle mesure l’absence d’un marché secondaire organisé représente-il un handicap à l’évaluation des instruments dérivés ? </B>
Les normes comptables sont assez claires à cet effet. Les international accounting standards 39 traitent l’identification et l’évaluation de ces instruments. Ceux-ci suggèrent qu’il faut considérer les prix des produits dérivés qui sont cotés sur des marchés liquides.
Au cas échéant, il faut avoir recours aux techniques d’évaluation. Ces techniques vont incorporer tous les facteurs que les participants tiendraient compte pour déterminer un prix à l’avance. Elles peuvent aussi représenter une transaction récente aussi longtemps que celle-ci a trait à des instruments similaires.
Il y a toute une gamme de techniques d’évaluation sur le marché qui sont essentiellement basées sur la valeur annualisée des cash flows anticipés.
<I>Propos recueillis par</I> <B>Akilesh ROOPUN</B>
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