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“Je n’aime pas vivre dans le passé”
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“Je n’aime pas vivre dans le passé”
■ Michel Platini à Maurice, ce n’est plus un scoop. Vous êtes un habitué des lieux. Mais, cette fois, votre agenda est beaucoup plus chargé que d’habitude…
On peut le dire. En plus, demain je pars pour Madagascar où je vais inaugurer le projet Goal. Comme j’étais dans le coin et que Blatter ne pouvait faire le déplacement, il s’est avéré que la personne la plus représentative, la plus connue à la FIFA pour le faire, c’était moi.
Je rentre lundi et, mardi, je vais à Barcelone. Il y aura la conférence de presse pour le match entre l’équipe de Shevchenko et celle de Ronaldo, match dont les recettes seront versées aux victimes du tsunami. Ils ont souhaité que je sois là. Mercredi il y a le match France-Suède et samedi c’est jour d’élection à la Fédération française de football. Alors, oui, c’est un agenda chargé.
■ Officiellement, vous êtes venu inaugurer la Maison du Football, première étape du projet Goal. Ce centre technique répond-il à vous attentes ?
Répondre à mes attentes, ce n’est pas ce qui compte. Le projet Goal est taillé sur mesure pour les associations nationales. Nous donnons un budget d’à peu près $ 400 000 pour chaque projet.
C’est Ashford Mamelodi, responsable du Goal pour l’Afrique, qui a piloté le projet mauricien. Votre fédération a pensé que la meilleure chose à faire c’était une Maison du Football. Je n’ai pas à être content ou pas content. C’est un choix de la MFA qui a été approuvé par la FIFA.
■ Le bâtiment, c’est une chose. Reste à savoir si la MFA a les moyens, les compétences et l’envie pour en faire quelque chose de bien. Faut-il d’ailleurs rappeler que cela fait dix ans que notre football agonise, que le public boude les stades… La FIFA, si généreuse sur ce coup-là, n’a-t-elle pas l’obligation morale d’agir comme un chien de garde, histoire d’éviter des mauvaises surprises ?
Je pense que Mamelodi jettera un oeil attentif sur ce qui se passe à Maurice. Pour le reste, c’est un problème qui ne concerne que vous.
C’est vrai que tout n’a pas été rose pour votre football. Il faut laisser le temps faire son oeuvre. Vous repartez de zéro. Il y aura, vous verrez, une nouvelle ambiance, une nouvelle dynamique, une nouvelle mentalité au sein des clubs. Chacun voudra ramener le public au stade.
Avant, votre football était basé sur les ethnies. Depuis, il y a eu la régionalisation, ce qui a changé les données. Mais je pense que dans dix ans, vous aurez davantage de succès.
Pour le reste, je ne connais pas le football mauricien. Je n’ai pas d’opinion, je préfère ne pas me mêler de ça. La dernière fois que j’ai vu jouer l’équipe nationale, c’était en 1975, quand j’étais venu avec le Bataillon. Ça fait 30 ans. Les joueurs ont un peu changé depuis (rires).
■ Sans la formation, il n’y a pas d’avenir. Blatter a été le premier à le dire. Mais, à Maurice, on a un peu l’impression que la Maison du Football fait doublon. N’y avait-il pas mieux à faire qu’un centre de formation bis…
Je ne sais pas… Et puis, ce n’est pas mon problème.
■ Le projet Goal, dans son ensemble, va-t-il révolutionner le football, rééquilibrer le fossé qui sépare les petits des grands ?
Oh oui ! Vous savez, dès que vous donnez aux jeunes à potentiel des moyens de s’exprimer – des terrains, des ballons, des chaussures – ils vont forcément mieux jouer au football.
À partir de là, dans 20 ans, il ne faut pas s’étonner si les données changent complètement. Déjà, on aperçoit une nouvelle hiérarchie. La Grèce, par exemple, a gagné l’Euro.
Il y a beaucoup de pays émergents dans le football. De tout petits États ont des programmes de formation remarquables, comme le Liechteinstein, qui, chez les jeunes, rivalisent sans problème avec les grands pays.
■ Hors des terrains aussi, les petits se font entendre. L’Azerbaïdjan, par exemple, s’est porté candidat à l’organisation de l’Euro 2012. Etonnant, non ?
L’Azerbaïdjan a des moyens. Il y a du pétrole là-bas. Ils ont peut-être senti qu’un événement comme l’Euro provoquerait un déclic dans la population pour le football et, surtout, permettrait la construction de nouvelles infrastructures…
■ Vous êtes un des ambassadeurs officieux de Paris 2012. On a du mal à croire que vous n’avez pas profité de votre visite à Maurice pour rencontrer Ram Ruhee, notre représentant au CIO…
Je n’ai rien à faire avec Paris 2012, mais, bon, si je peux convaincre Ram de voter pour Paris, ça me ferait plaisir. De toute façon, ce n’est pas moi qui vais le changer. Mais il sait bien que Paris est une très belle ville (rires).
■ Vous lui avez parlé ?
Je lui ai fait un clin d’oeil, il a compris. Mais je n’ai pas insisté. Après tout, ça reste son choix. Ram votera comme il l’entend. J’espère quand même que ce sera Paris (rires).
■ Il ne vous a rien promis ?
Il ne m’a rien dit du tout !
■ Platini a changé de trajectoire ces dernières années. L’ancien n°10 de l’équipe de France est aujourd’hui un des grands pontes du football. Vice-président de la Fédération française, bras droit de Blatter à la FIFA, candidat annoncé à la présidence de l’UEFA… Le Platini costume-cravate est-il bien dans sa peau ?
Candidat à la présidence de l’UEFA, c’est vous qui le dites (rires). Non, sérieusement, je suis très bien dans ma peau. Quand on a 20 ans, on a une certaine façon de concevoir le football. Quand on en a 50, c’est différent. Déjà, on ne joue plus.
Pour moi, le football reste un jeu. Et tout doit être fait par les institutions responsables pour que le jeu, précisément, sorte vainqueur. C’est la philosophie de base qui m’anime et que je défendrai toujours.
Comme j’ai eu la chance de participer à toutes les familles du football depuis 30 ans, j’ai peut-être plus d’expérience que beaucoup de gens. Aujourd’hui, si des clubs ont des problèmes avec des associations nationales ou vice-versa, je pense que je suis un des rares à pouvoir régler le différend parce que j’ai joué sur les deux fronts. Je sais ce qui est bien, ce qui n’est pas bien et je peux aider à trouver un juste milieu.
■ Quand on a un niveau de responsabilité comme le vôtre, on doit parfois manier la langue de bois. Est-ce que Platini sait faire ça ?
Oui, tout à fait, je sais faire ça. Et on peut aussi apprendre l’hypocrisie en passant…
■ On naît diplomate ou on le devient ?
On le devient. Si je ne suis pas diplomate, je ne peux avoir aucune ambition politique.
■ Dans votre cas, comment s’est passé l’apprentissage ?
Le changement a été dur. J’ai plutôt tendance à dire les choses comme elles sont. Et ça ne fait pas toujours plaisir.
■ Ça vous arrive parfois de fouiller dans vos archives. Le coup franc à Arconada, l’épopée de St-Étienne par exemple…
Non, je n’aime pas vivre dans le passé. Je n’ai pas le temps aussi. J’ai toujours eu des choses à faire, toujours eu le besoin de regarder devant. Quand j’ai arrêté le foot, je suis devenu sélectionneur, après j’ai présidé le comité d’organisation de France 98 pour ensuite devenir conseiller de Blatter. Si les gens ne me rappellent pas en cours de route que j’ai été joueur, je n’y pense plus…
■ Pourtant, il y a eu Séville 1982, Guadalajara 1986…
Ce sont des moments forts, je sais, mais je n’y pense pas tous les jours. S’il faut vraiment choisir un moment parmi d’autres, je dirais le France-Allemagne de 82, en demi-finale de Coupe du monde. Ce match-là ne s’oublie pas. C’est le moment le plus intense de ma carrière. (NdlR : au terme du temps réglementaire, le score était de 1-1. La France a longtemps cru avoir fait le plus dur pendant les prolongations, menant 3-1. Mais l’Allemagne, héroïque, est revenue sur la fin pour égaliser à 3-3 avant de s’imposer aux tirs au but).
■ Le plus cruel aussi…
Non, le plus cruel a été le Heysel, la finale de la Coupe des champions à Bruxelles en 1985. France-Allemagne, c’est autre chose. À cause de l’intensité du match et de tout ce qui nous est passé dans la tête pendant deux heures. Il y avait tout. La joie, l’euphorie, l’anxiété, la peur, la haine. Et puis quel scénario ! C’était un film, un bouquin, une vie presque. En plus, on perd alors qu’on aurait dû gagner cent fois. C’est comme ça. C’est un des grands moments de ma vie de joueur, d’homme. C’est une page d’histoire.
■ Schumacher, Hrubesh, Littbarski, Breitner… C’étaient les héros allemands de Séville. Vous les revoyez encore de temps en temps ?
Non, je ne les vois plus. Il y a prescription aujourd’hui (sourire). Mais c’est vrai que nous nous étions sentis vindicatifs sur le moment.
■ Votre carrière est d’or. Et dire que le FC Metz vous avait à l’époque jugé inapte pour le football à cause d’un prétendu problème cardiaque…
Attention, ce n’est pas le FC Metz qui avait diagnostiqué que j’avais un gros coeur, mais plutôt les internes de l’hôpital de Nancy… Ils pensaient que je ne pouvais pas pratiquer le sport de haut niveau, ils ont envoyé leur rapport au FC Metz, qui m’a ensuite refoulé.
■ Remarquez que le hasard fait parfois bien les choses. S’il y avait eu Metz, il n’y aurait peut-être pas eu St-Étienne…
C’est une façon de voir les choses. Il n’y aurait peut-être pas eu Nancy aussi. Et s’il y avait eu Metz, ça aurait peut-être été Paris et le Milan ensuite. Le destin est ce qu’il est. Il ne faut surtout pas essayer de comprendre.
■ Parlons de Saint-Étienne justement. La résurrection des verts, vous y croyez ?
Aujourd’hui c’est très difficile. Le football comme il est fait crée de gros problèmes à des clubs de la dimension de Saint-Étienne. De nos jours, tout s’achète et tout se vend. Soit vous avez l’argent et vous achetez des joueurs. Sinon, vous ne pouvez même pas profiter de votre pépinière. Un bon joueur, dès qu’il a 16 ou 17 ans, il est appelé à partir dans un grand club parce qu’il va être vendu à coup sûr. Regardez les deux jeunes qui étaient au Havre (ndlr : Le Tallec et Sinama-Pongolle, tous deux vendus à Liverpool). Si, à l’époque, Saint-Étienne avait été dépouillé de son centre de formation, on n’aurait jamais pu faire ce qu’on a fait.
■ Zinedine Zidane a choisi d’abandonner l’équipe de France alors qu’il avait encore les jambes pour continuer. Comprenez-vous cette décision ?
Ecoutez, je ne me suis pas exprimé depuis six mois sur l’équipe de France et ce n’est pas maintenant, dans la presse mauricienne, que je vais le faire. N’oubliez pas que je suis le vice-président de la Fédération française (sourire).
■ Oui, mais là, justement, vous êtes loin. Ça ne va pas se savoir !
Ça c’est vous qui le dites. Qui sait si demain ça ne va pas être repris dans les journaux français (rires).
■ Dites ce qui peut être dit alors…
Je dirais simplement qu’il y a eu des choix qui ont été faits. Après la très belle génération qu’on a eue, c’est difficile de maintenir une équipe aussi talentueuse que la précédente. Pour le reste, j’ai ma propre idée sur beaucoup de choses mais je préfère ne pas l’exprimer publiquement.
■ Je parlais de Zidane. Ne risque-t-il pas un jour de regretter son choix ?
(Longue hésitation) J’espère que non ! On ne peut pas prendre une décision pour ensuite la regretter. Il faut qu’il l’assume maintenant.
■ En même temps, on peut comprendre Zidane. Domenech n’a pas été très franc du collier avec lui. On a presque l’impression qu’il a voulu se débarrasser de lui, qu’il y avait un plan pour écarter l’ancienne génération.
Ça c’est le choix du sélectionneur. Il a parié sur l’avenir. Il a dû en parler, je pense, avec Jacquet ou Simonet (NdlR : l’actuel président de la FFF). Moi, j’ai été complètement écarté de toutes les négociations. J’avais pensé mettre un autre sélectionneur (NdlR: Jean Tigana). Mais, avec Simonet, ce n’était pas forcément la grande idylle ces derniers temps.
■ Entre Laurant Blanc et Raymond Domenech, il n’y avait pas photo. Blanc n’a peut-être pas les diplômes, mais il a l’aura. C’est un leader naturel…
Il y a beaucoup de subjectivé dans cette histoire. Beaucoup de personnes ont eu la possibilité de donner leur avis.Moi, j’ai soutenu Jean Tigana, parce que je pensais que c’était le meilleur des trois candidats. Simonet a fait son choix. On verra après si c’était le bon ou le mauvais. C’est lui le président. Il a pris beaucoup de décisions alors qu’il va partir dans trois jours (rires). Maintenant je supporte Domenech parce que je souhaite de tout coeur que l’équipe de France aille à la Coupe du monde.
■ C’est quand même mal engagé…
Ça ne va pas être simple, mais j’espère qu’ils vont se qualifier.
■ Aimé Jacquet, on le sait, a usé de toute son influence pour faire nommer Domenech. N’est-il pas allé trop loin sur ce coup-là ?
Je n’ai jamais parlé avec lui de ces choix, si c’était bien ou pas bien.
■ “J'ai l'impression quelquefois que Michel Platini n'est pas en phase avec le football français, qu'il ne défend pas toujours ses intérêts”… C’est Claude Simonet qui le dit…
Ecoutez, quand je défends le football français auprès de l’UEFA je me fais reprendre de volée parce qu’ils disent, justement, que je ne suis pas là pour ça ! À un moment donné, je ne sais plus où me mettre.
Ce que je sais, c’est que je défends un certain type de formation, qui correspond peut-être au football français. Mais, cela dit, n’oublions pas que je suis élu par les associations. Beaucoup ne considèrent peut-être pas que la formation à la française est la bonne, mais ils m’élisent quand même. J’ai eu30 voix. Je ne suis donc pas le représentant de la France, mais des associations qui m’ont élu.
■ De toutes façons, votre nouvelle mission dans le football, vos aspirations futures vous obligent à être avant tout un Européen, au sens le plus large du terme…
Simonet ne peut pas dire ça. Il a occupé exactement la même place que moi au sein du comité exécutif de l’UEFA et il sait très bien qu’on n’est pas là pour défendre la France.
■ Quand vous dites, en retour, que Simonet a voulu “se faire un dernier plaisir avant de partir”, vous confirmez que ça n’a jamais été le grand amour entre vous deux…
(Longue hésitation) Non, non, non, je ne dirais pas ça. Je trouve, au contraire, que ça a été plutôt sympathique. Mais le problème c’est qu’il pensait que j’allais le supporter pour un autre mandat. Et je ne l’ai pas fait.
■ Pourquoi justement ?
Parce qu’à 76 ans, il a fait son temps. Il faut qu’il passe la main.
■ Et vous supporterez qui, samedi, au moment de l’élection ?
Escelettes. Je crois qu’il a les capacités pour diriger le football français.
■ À vous entendre, on a l’impression que vous êtes un nostalgique de Fournet-Fayard…
Non, pas du tout. Je vis avec mon temps. Il y a des choses difficiles aujourd’hui dans le football. Il y a beaucoup de choses à prendre en main. Il faut des gens qui connaissent les problèmes et qui les règlent.
■ Platini président de l’UEFA, c’est pour bientôt ?
Ça, je ne sais pas. Vous le saurez si un jour je me déclare.
■ Pourquoi le sujet est tabou ?
J’ai décidé de ne pas en parler, c’est mon choix. Et ce n’est certainement pas à Maurice que je vais me mettre à le faire. En plus, on n’est pas en Europe ici.
■ Lennart Johansson, l’actuel patron du football européen, est-il en déphasage avec la réalité du football ?
Non, pas du tout. Il a eu ses idées, il a fait son bout de chemin. Aujourd’hui, lui aussi a 76 ans. Mais lui a dit plusieurs fois qu’il allait arrêter. Et je pense que c’est logique.
■ Si Platini devient un jour président de l’UEFA, qu’est-ce qui va changer dans le football européen ?
Si je dois un jour me présenter, j’aurais un programme. Ça aussi vous l’apprendrez en temps et lieu…
■ Vous êtes également un homme de télévision. Les soirées Ligue des champions sur Canal Plus aux côtés de Thierry Gilardi, c’était quand même quelque chose… Gilardi est passé chez TF1, qu’attend Platini pour le suivre…
Je n’irai jamais chez TF1.
■ Avec Mathoux, ce n’est pas la même chose…
Si, c’est pareil. Il est aussi bon que Gilardi.
■ La Ligue des champions, justement, votre favori…
Je pense que le vainqueur de Chelsea-Barcelone fera un grand pas vers la victoire.
■ Chelsea ? Ce n’est pas trop votre tasse de thé pourtant.
Pourquoi vous dites ça ? Non, non, ce n’est pas vrai. Abramovich, la chose la plus intéressante qu’il ait faite, c’est de prendre un très bon entraîneur. Ce que fait Jose Mourinho est remarquable. Il fait de bons choix, il est intelligent, il sait gérer un groupe, il fait gagner son équipe.
Le France-Allemagne de 82, ça ne s’oublie pas. Il y avait tout : la joie, l’anxiété, lapeur, la haine. Et puis, quel scénario ! C’était un film, un bouquin, une vie presque…
Le problème avec Claude Simonet, c’est qu’il pensait que j’allais le supporter pour un autre mandat. Et je ne l’ai pas fait. A 76 ans, il a fait son temps. Il faut qu’il passe la main.
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