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“Bienvenue dans la jungle” Quand Arnold fait école
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“Bienvenue dans la jungle” Quand Arnold fait école
Bienvenue Dans La Jungle, film d’aventures signé Peter Berg, appartient définitivement à cette catégorie de films qui sortent presque en toute discrétion, qui ne prétendent ni n’aspirent à rien d’autre qu’à divertir leur public et qui, dans leur genre, sont non seulement tout à fait réussis mais aussi des plus sympathiques. C’est un petit film avec une histoire toute simple, de bonnes trouvailles, et avec un héros intéressant qui est interprété par un acteur tout en muscles, Dwayne Johnson, alias The Rock. Beaucoup prédisent qu’il remplacera Arnold Schwarzenegger dans les films d’action musclés. Au début du film, les deux se croisent à l’entrée d’une boîte de nuit. Schwarzenegger souhaite à Johnson de passer un bon moment et la scène, très brève, a quelque chose d’un passage de relais. Évidemment, comme The Rock est catcheur de formation et puisqu’il s’agit d’un film d’aventures avec des bagarres à chaque tournant, Beck, son personnage, est doué pour la castagne. Il travaille comme récupérateur de dettes pour un mafieux, on le découvre d’abord embarrassé d’avoir à réclamer le paiement d’une très grosse dette de jeu à un joueur de football américain. Ce dernier se montrant récalcitrant et le reste de l’équipe étant avec lui, on devine les conséquences (catastrophiques pour toute l’équipe). Non seulement la bagarre qui s’ensuit est pleine de péripéties qui augurent bien pour le reste du film, mais les scénaristes ont aussi attribué quelques particularités intéressantes à ce héros de film d’action. D’abord, un peu comme l’aurait fait Clint Eastwood, il a toujours la prévenance de proposer deux options au client. L’option A : payer / faire tranquillement ce qu’il demande, ou l’option B : les bobos. Ce qui est assez normal pour ce genre de personnage. L’autre particularité étant qu’il rêve de plaquer son métier pour ouvrir un restaurant (mais son patron le tient), on se dira que cela est intéressant voire même attachant mais que Steven Seagal l’a déjà fait. Par contre, cette troisième particularité tient du jamais vu dans ce genre de cinéma : ce héros de film d’action et d’aventures déteste passionnément les armes à feu.
“À chaque fois que je me sers d’un flingue, il se passe des choses terribles,” dit plus ou moins Beck à Travis / Sean William Scott, le fils du mafieux, qu’il est chargé d’aller chercher dans une bourgade au fin fond de l’Amazonie. Effectivement, il se passe des choses dignes d’une mini apocalypse lorsque, dans la toute dernière partie du film, Beck se voit bien malgré lui et à son corps défendant, obligé d’avoir recours à l’usage d’armes à feu. Mais jusque-là, l’imagination débordante des scénaristes l’aura fait utiliser toutes les options possibles et imaginables voire même celles qui le sont beaucoup moins. Non seulement cet aspect du personnage est exploité à fond dans les scènes de bagarres pour servir de prétexte à d’impossibles numéros d’acrobate et de jongleur qui viennent apporter un aspect nouveau (une nouvelle définition ?) à ce genre de scène mais en outre, il sert, lors de certaines scènes, à faire monter la tension, rendant la fin du film plus jouissive. La répulsion qu’éprouve ce héros pour les armes à feu est montrée aussi comme une fascination : on le voit saisi de tics, fébrile, son regard irrésistiblement attiré par le métal des armes avec gros plans sur les mécanismes, les munitions toutes scintillantes. Cela se passe exactement comme dans ces films qui racontent des histoires d’alcooliques qui ont renoncé mais qui risquent de replonger à chaque moment.
Ce qui n’est pas pour dire que Bienvenue dans la jungle est un film construit entièrement sur un seul personnage et dans lequel il ne se passe pas grand-chose hormis les bagarres. Loin de là. Travis, le fils du mafieux, refuse de rentrer à la maison parce qu’il est à la recherche d’une idole qui le rendra célèbre en tant qu’archéologue, lui qui a échoué sa deuxième année à l’université. Il faut donc user de persuasion musclée et entre Beck et lui, s’établit un rapport genre flic – prisonnier, comme entre Nick Nolte et Eddie Murphy dans 48 Heures. D’ailleurs, SeanWilliam Scott, dans ce personnage un peu dérangé du cerveau, très grande gueule et pas très scrupuleux, rappelle beaucoup Eddie Murphy. Ce n’est pas tout : il y a aussi Rosario Dawson dans le rôle d’une serveuse de bar qui est très intéressée par la valeur marchande de l’objet que recherche l’apprenti archéologue. Elle est ravissante et son interprétation se révèlera être plus que celle d’une simple serveuse de bar. Mais il y a surtout Christopher Walken dans le rôle d’un homme d’affaires pourri, exploitant une mine d’or et qui se trouve être un véritable buveur de sang. Avec sa milice privée, il tient toute la région sous sa coupe et les mineurs doivent lui payer la location de leurs outils à un prix qui dépasse le montant de leurs salaires (ce qui, en passant, était réellement pratiqué par certaines compagnies minières dans cette région, il y a quelques années). Comme d’habitude, le rôle lui va à merveille, les scénaristes ou dialoguistes lui ayant confié quelques discours qui sont soit complètement loufoques (sur le petit garçon à qui on a volé sa pièce de monnaie, par exemple), ou qui sont la caricature des propos que tiennent les grandes multinationales opérant dans des régions défavorisées. Ce qui est assez rare pour un film d’aventures de série B (car c’est de cela qu’il s’agit) : non seulement les scénaristes ont l’air d’être des contestataires tendance gauche libérale, mais, en outre, ils ont l’air d’avoir de la culture. En effet, dans la VO, on entend brièvement un accent australien, et Ewan Brenner, le pilote du coucou, s’exprime avec un très pittoresque accent écossais. Plus sérieusement et sans ironie, il y a aussi ces images de mine à ciel ouvert qui rappellent celles très célèbres prises par Sebastiao Salgado, photographe brésilien, témoin des communautés défavorisées. Elles sont une très impressionnante vision de l’enfer sur terre.
<B>Trame simpliste</B>
La trame de l’histoire en elle-même a beau être des plus simplistes et des plus convenues, elle parvient néanmoins à surprendre lors des tournants; que ce soit avec le vieux gag des lianes-pièges dans la brousse, une attaque de babouins, un combat d’arts martiaux dans la jungle, ou encore avec l’une des chutes les plus vertigineuses jamais montrées dans ce genre de films. Il s’agit d’une chute en jeep dans un ravin; une chute digne de celle que l’on voit dans A La Poursuite du Diamant Vert : elle est très longue mais elle est aussi pleine de “rebondissements” dans le sens le plus littéral du mot. Sans compter que l’épisode vient s’inscrire dans la logique même du développement de l’histoire.
Chaque temps fort dans ce film est justifiable du point de vue scénaristique, et certains de ces moments servent aussi à faire ressortir un aspect d’un personnage tout en faisant avancer l’histoire avec çà et là quelques vrais moments d’émotion. Ajoutons aussi que certains critiques mentionnent le fait que, pour une fois dans ce genre de production, les images d’Amazonie sont réellement des images d’Amazonie (et non de Hawaï, pour réduire les frais) et qu’il y a des paysages magnifiques vus du sommet des montagnes.
Dommage pour la fin un peu abrupte et trop hollywoodienne qui vient remettre en question la réussite de tous les moments d’avant. Mais on suppose qu’il fallait absolument une confrontation finale dans laquelle le méchant est puni. C’est une des conventions du genre sans laquelle le public n’est jamais satisfait. Ce n’est pas qu’elle soit mal faite, c’est juste qu’à ce moment-là, le film devient un film ordinaire.
<B>Gilles Noyau</B>
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