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“On a perdu un arbre”
C’est la phrase lancée par Clive Parisienne, professeur d’éducation physique et collègue de Guylène Duval au Collège Lorette de Quatre-Bornes. Guylène symbolisait cet arbre, avec des racines solides, des valeurs intrinsèques, qui donnait des fruits : ses élèves.
D’emblée, la nouvelle du décès de Guylène Duval a eu l’effet d’une bombe. C’était impossible à imaginer, elle, cette athlète qui prenait un immense soin de son corps. “J’ai d’abord cru à un accident de moto”, confie Jean Chelin, prof d’éducation physique au collège Saint Esprit qui était également son ancien entraîneur. “On avait du mal à le croire, c’était impensable, inimaginable”, lance Christine Antoine, l’autre collègue de Guylène, depuis douze ans. “Je tremblais. J’ai eu un super choc”, renchérit-elle. “Mes amies ont essayé de me joindre, je savais que c’était une mauvaise nouvelle. Et quand j’ai fini par apprendre la nouvelle ça m’a fait un gros choc et j’ai fondu en larmes”, avoue Vanessa Larose, une élève qui était très proche de cette “prof idéale”.
Et pourtant, celle qui avait repoussé la mort l’année dernière après un grave accident de moto n’a pas survécu cette fois à un autre accident. Elle qui s’était battue pour revenir en forme s’en est allée sans crier gare. Battante, c’était d’ailleurs un de ses traits de caractère. “Après son grave accident de moto elle aurait pu y laisser la vie. Ses muscles étaient atrophiés et à mon avis si c’était une autre personne qui n’avait pas eu un mental fort, elle n’aurait pas été sur pied assez vite”, raconte Christine Antoine.
Le sport avait forgé sa personnalité. “C’était une fonceuse, une femme determinée, qui n’acceptait jamais la défaite. Si elle avait un objectif comme son entraînement d’athlétisme, elle n’hésitait pas à s’entraîner même un 25 décembre”, explique Jean Chelin.
En fait, sa vie se résumait au sport. “Son univers c’était le stade”, lance Christine. Elle a fait ses débuts en sport dans le collège même où elle enseigne. Comme Christine. Comme Valérie Gérard, l’autre compère de ce trio fusionnel, qui est maintenant prof au Lycée Labourdonnais. “Nos routes se sont croisées quand nous étions adversaires sur les mêmes distances, soit 800m et 1500m. On s’entraînait toutes les deux avec Monique Rayeroux”, se souvient Valérie Gérard. “Puis nous nous sommes retrouvées au département d’éducation physique. On a passé plein de temps ensemble et forcément ça crée des liens, même plus forts que les liens familiaux”, avoue cette dernière.
Elle voulait fonder une famille</B>
Durant ces moments privilégiés, elle a pu découvrir la Guylène que tout le monde connaît mais aussi et surtout cette face cachée si difficile à cerner. “Guylène est une fille franche, droite. Sa franchise fait parfois mal, mais derrrière sa sévérité, c’est quelqu’un de très, très sensible. Elle est remplie d’amour et de sensibilité”, déclare Valérie qui réalise après quelques secondes qu’elle parle au présent en évoquant son souvenir…
Cette ancienne collègue qui a partagé plus de trois quarts de la vie de Guylène ne cache pas aussi que son amie avait peut-etre manqué de quelque chose dans sa vie. “Quelque part elle est passée à côté des choses de la vie comme un époux et des enfants, mais elle avait ses élèves à qui elle donnait plein d’amour et de joie et en recevait”, précise Valérie Gérard. “Elle aurait bien aimé fonder un foyer mais elle avait soif de liberté et ce n’était pas évident de tout quitter”, pense, pour sa part, Christine Antoine.
Vanessa Larose est de celles qui recevait de “l’amour et la joie” de Guylène. “On passait beaucoup de temps ensemble pendant les entraînements et les récréations. Ce n’était plus la prof mais l’amie”, lance-t-elle avant de nous raconter une anecdote marquante : “Lors du discours au récent dîner d’athlètes, elle avait dit qu’elle nous avait beaucoup appréciés, nous les juniors, et que c’était dur de nous voir partir. Ce discours-là nous avait beaucoup touchés dans la mesure où Guylène, c’est quelqu’un de sévère qui n’avait pas l’habitude de livrer ses sentiments et là elle s’était lâchée.”
Au-delà de sa “sévérité”, Guylène Duval partageait son savoir comme tout bon prof. “Elle m’a inculqué la passion du sport, ses valeurs comme le respect, donner le meilleur de soi-même et aller au bout. C’était un modèle, la prof idéale. Elle avait un humour très distinct mais elle était sévère et stricte pour beaucoup d’élèves. Cependant, au fur et à mesure qu’on apprenait à la connaître, c’était une personne vraiment attachante”, lâche Vanessa Larose, avant d’éclater en sanglots. “Cela fait une semaine que nous les Upper, on a quitté l’école. Je savais qu’on allait se voir moins qu’avant. Elle me manquait parce qu’elle était vraiment en moi. Chaque compétition que je ferai, je penserai désormais à elle”, ajoute courageusement cette dernière.
Il y a une quinzaine d’années, mourait Monique Rayeroux, prof d’éducation physique du Couvent de Lorette de Quatre-Bornes. Guylène Duval était parmi les élèves qui ont assisté aux funérailles à l’église Sacré Coeur. “Jamais je n’aurais cru que j’enterrerai Guylène au même endroit”, avoue Christine.
Après une assemblée qui lui était consacrée hier matin, les profs, les élèves actuels et anciens lui rendront un dernier hommage, aujourd’hui à 11 heures, à l’Eglise Sacré Coeur à Beau Bassin. Valérie Gérard fera un témoignage. “En fait, je garde toujours cette image de Guylène, sexy, sur sa bicyclette”, lâche-t-elle.
On ajoutera avec ses Oakley et son sourire malicieux…
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