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“A mort l’arbitre ?”

27 juin 2006, 00:00

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Ça y est, on a trouvé le véritable héros de cette Coupe du monde 2006. Parce qu’il y a trop de favoris et aucune équipe qui n’écrase, totalement, ses adversaires, on va donc décerner la palme à monsieur… l’arbitre !

Si les stars très attendues avant l’épreuve, comme Ronaldinho, Rooney ou Zidane ne se sont pas encore montrées sous leur meilleur jour, l’homme en noir est, quant à lui, toujours au centre des débats, match après match, faute d’arbitrage après faute d’arbitrage. Dans tous nos petits salons, depuis plus de quinze jours, on ne parle que de ça…

Que certains nous pardonnent de nous acharner de la sorte sur les sifflets de la Coupe du monde, mais, que l’on sache, un bon arbitre est un homme dont on n’oubliera pas vite le nom, ou presque, parce qu’il aura bien fait son boulot. L’inverse est toujours plus inquiétant…

L’erreur est humaine, d’accord. Un arbitrage entièrement robotisé anéantirait le jeu, ok. L’utilisation systématique de la vidéo hacherait trop le jeu, d’accord aussi.

Mais pas question de cautionner non plus quelqu’un qui va entrer dans le Guinness Book des idioties pour avoir sorti trois fois de suite un carton jaune sur un même joueur avant de l’expulser ! N’est-ce pas monsieur Graham Poll ?

Cette histoire n’est qu’une anecdote bien sûr, mais bien d’autres décisions plus graves ont entaché la compétition. Un arbitre de la Coupe du monde a beau être éleveur de lamas au Pérou ou avocat à Katmandou, il sait que la tâche qui l’attend est ingrate et qu’il a de grandes chances de morfler à chacun de ses choix. Qu’il s’appelle Pierluigi Collina ou Joël Quiniou. D’autant qu’il n’a pas les ralentis télés qui nous permettent de jaser et doit prendre une décision dans l’instant.

Pourtant, “celui qui dirige une rencontre dans un Mondial porte une lourde responsabilité sur la qualité du football qui sera pratiqué pendant le mois de compétition et les quatre années à venir” soulignait, récemment, le chroniqueur français de L’Équipe, Didier Braun.

On ne peut donc que regretter les erreurs répétées depuis le 9 juin.

Outre la nécessité d’introduire la vidéo, il faut aussi prendre en compte la pression qui pèse sur les épaules des arbitres qui croulent sous le poids des enjeux économico-politiques.

Il est plus facile de siffler un penalty en faveur d’une grande nation du football que pour un petit pays africain n’est-ce pas ? Cette approche peut paraître cynique de prime abord, mais il est évident que les “petits” ne bénéficient pas du même traitement que les autres dans ce Mondial 2006. Le Togo, la Côte d’Ivoire, la Tunisie et l’Angola ont, tous, été lésés à un certain moment.

D’ailleurs, le scandale des matches truqués en Allemagne et, tout récemment, en Italie implique aussi l’arbitrage non ?

De là à devenir parano et voir le mal partout, il y a un pas qu’on ne franchira pas, mais il est clair que les erreurs d’arbitrage pourrissent le football moderne.

L’arbitre et ses assistants fonctionnent d’après un système archaïque supposé réguler un jeu ultra- rapide où évoluent des athlètes de très haut niveau. Ce n’est plus possible en 2006.

La FIFA doit les aider et les accompagner au lieu de continuer à attendre que ça se passe et de leur faire endosser seuls le chapeau. À quoi bon donner un pistolet à eau à un arbitre pour faire régner la loi dans une jungle sauvage ?

Pour rappel, la profession a beaucoup évolué ces dernières années. Jusqu’en 1990, les arbitres avaient paru désarmés face à la pollution grandissante du jeu et des mentalités. Qui ne se souvient pas de ces plongeons intempestifs dans la surface de réparation ou de ces énervants tirages de maillots ?

Mais depuis 1994, de sévères consignes consistant à mieux protéger les attaquants ont été appliquées et un renversement de tendance est perceptible. Le Mondial 2006 est, d’ailleurs, déjà le plus sévère de l’histoire.

Le match Portugal - Pays Bas (1-0), dimanche, a ainsi accouché du record de cartons dans un match : 16 jaunes et 4 rouges.

Le précédent record appartenait à Allemagne-Cameroun (1-0, le 11 juin 2002, 16 cartons jaunes et 2 rouges).

En attendant, comme dans le film “À mort l’arbitre”, de Jean-Pierre Mocky en 1984, où jouait notamment Michel Serrault, l’homme en noir continuera d’assumer sa tâche ingrate avec honneur et bravoure. Dans l’espoir de matches meilleurs…

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