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Être juste
À l?encontre des exactions, du pouvoir et de la violence, j?affirme mon droit, les droits imprescriptibles et indéniables de la personne. Contre la domination, l?oppression, j?invoque le droit à l?égalité, à la liberté, et c?est justice. La justice exprime un ordre intelligible de coexistence entre semblables, un ordre impersonnel et objectif, raisonnable et raisonné. Justice implique justesse de pensée et ajustement. Sous sa forme corrective, elle restitue, rembourse, dédommage ; elle compense et restaure un statu quo qui passe pour équation ou adéquation. Elle règle les échanges suivant le principe d?équivalence : l?équivalence des marchandises ne rapproche que des intérêts solitaires. La justice distributive pose en principe l?égalité de tous. Il n?y a pas de raison pour que l?on ait plus que l?autre. Je suis au moins égal, inférieur à personne. L?équilibre s?établit entre des termes réciproques et interchangeables, des unités uniformes, des places quelconques dans un espace isotrope. Une égalité arithmétique corrige les dissymétries : la règle assimile met à niveau. Détachée de tout intérêt immédiat, de l?instinct impulsif, la justice harmonise, pacifie, civilise. Elle favorise une amitié, pas de cadeaux : Suum civique tribuere, elle rend à chacun son dû abstrait, le même pour tous. La loi des proportions fait varier cette constante en fonction des mérites, des ?uvres et des capacités : en un mot, elle répartit. La loi est un tiers : elle implique une relation entre mon droit et mon droit. Mon droit se mesure ainsi à la juste raison. Dans le contraste entre le droit humilié et ses prédateurs, s?illustre sa dignité. Mais il faut qu?au droit la force s?ajoute, ce supplément irrationnel pour qu?il ne reste pas conscience ou notion, mais fasse événement. D?abord la force du verbe, l?énergie de la protestation. Dire le droit, c?est le faire exister formellement avant de l?appliquer effectivement. En ce sens, l?idée de juste est présupposée dans une telle démarche : la justice est à la fois un terminis ad quem, ce vers quoi l?on tend et un terminis a quo, ce qui est déjà donné au départ. Chacun sait déjà, mais tous doivent s?entendre sur ce qu?ils savent. Il faut du courage, audace et ténacité, vaillance et endurance. Mais je suis responsable de la victoire du mal si je ne résiste pas, je suis complice de la persécution de la tyrannie si je la tolère. Qui se résigne à l?injustice obéit à des ordres iniques, collabore. Se laisser utiliser, abaisser ou avilir n?est pas innocent. Chacun est tous, espèce et personne, collectivité et individu, homme et humanité ; « rien de ce qui est humain ne m?est étranger ». En pensant à moi, je pense à chacun. Quand un membre de la société est offensé, tous sont offensés et l?offenseur s?offense lui-même. Il serait contradictoire de taire mon droit, et nocif : l?ordre social s?affaiblit par ma faiblesse. Le recours à l?instance d?un tiers, à la médiation et à l?arbitrage, la soumission à une loi universelle garantit le désintéressement.
<B>de Christophe Vallée</B>
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