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État impersonnel
Il était difficile d?imaginer que le réveil pouvait être aussi brutal. Entre la perception et la réalité, le fossé semble être encore plus grand qu?on ne pouvait se le représenter. Ces jours-ci, ce qui fait l?actualité à Maurice ce sont les affaires, les scandales. Société gangrenée ? M?urs trop légères ? Quoi qu?il en soit, sans préjuger du résultat des enquêtes en cours, on ne peut que constater que le mal est encore plus profond qu?on ne le croit. La société des affaires sort de son opacité. Les institutions publiques, elles, se réfugient dans la peur, sinon l?immobilisme.
Désormais, il ne fait plus de doute que les enquêtes menées sur les différents scandales laisseront de profondes séquelles. La société mauricienne est malade. À deux extrêmes de la criminalité, du délit économique aux viols et meurtres, il y a un continuum qui témoigne de l?étendue de la maladie. Pourtant, la thérapie qu?on applique à cette société ne constitue pas en soi un remède au mal. Une vision traditionnelle des choses nous a accoutumés à un fonctionnement où la transparence n?était pas de mise. Entre les intérêts contradictoires du monde des affaires et la dégradation des m?urs publiques, il y a une chute simultanée des valeurs et de la morale. Morale non pas dans le sens de moralisme, mais plutôt dans son acception éthique.
Jusqu?ici, l?État s?était investi et se satisfaisait de sa mission classique, soit sauvegarder l?intérêt général. Aujourd?hui, il se rend compte qu?il doit s?intéresser à toutes les sphères de la vie socio-économique, non seulement pour garantir un semblant de salubrité publique, mais aussi parce que sa pérennité repose sur ses capacités à remplir pleinement un rôle actif au sein de la société. L?État n?est plus un concept abstrait. Il est devenu acteur. À ce titre, il défend avec plus de vigueur ses intérêts. C?est dans cette logique que le décloisonnement de l?économie devient inéluctable.
Il y a une reconstruction, une réorientation en cours. Et cela, pour une fois, ne repose pas uniquement sur des calculs politiques ou électoralistes. Le monde dérive à pas de géant dans la logique de la concurrence. Faire abstraction de cet élément serait suicidaire. D?où la nécessité de pouvoir présenter une ardoise propre. La question est de savoir comment s?y prendre. La réponse est évidemment le droit. Il est sain, à cet effet, que des décisions de l?Icac, par exemple, puissent être renversées par une cour de justice. La judiciarisation de la société commence à devenir une chose normale.
Reste à présent de savoir comment l?État va renforcer le droit. Une certaine pusillanimité semble exister sur ce chapitre. Mais il pourrait bien être entraîné par les individus dans ce processus tant, de plus en plus aujourd?hui, ceux-ci recherchent l?avis du juge pour résoudre les conflits. De l?éducation aux scandales financiers, en passant par les associations des consommateurs, on y retrouve cet espoir que le droit saura faire régner la raison.
L?État, dans cette nouvelle équation, se doit de réconcilier ses intérêts économiques, une fonction qu?il accomplissait à peine, et la nécessité d?imposer des valeurs comme la bonne gouvernance et l?éthique à tous les échelons de la vie sociale. C?est une transition qui remet en question de nombreux repères. En fait, l?île Maurice est en train de se normaliser. C?est une étape, et les cris d?orfraies qu?on entend aujourd?hui finiront bien par s?effacer. Autant que s?effacera la révolte devant un État devenu trop rationnel, impersonnel. Cette critique est pourtant justifiée car, à ce jour, il n?y a aucune volonté pour former et informer la population sur ce qui se fait. Il ne suffit pas de mettre en place l?Icac et d?y laisser défiler des hommes puissants pour faire comprendre qu?il y a une lutte contre le crime économique. Il importe de former les citoyens à de nouvelles valeurs. Sur ce chapitre, l?État impersonnel ne fait qu?imposer? et aucune population n?aime qu?on lui impose quoi que ce soit, même si c?est pour son bien.
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