Publicité
Élections si pâles
La température monte lentement dans les villes mais, d?ores et déjà, on peut dire qu?elle ne sera pas assez élevée pour provoquer une fièvre électorale. A deux semaines des municipales, l?apathie des électeurs et l?absence d?enjeux mobilisateurs font craindre un scrutin plutôt terne.
Pourtant, contrairement aux dernières élections dans les villes, l?issue est, cette fois, assez incertaine. En 1996, il ne faisait aucun doute que l?alliance PTr-MMM allait écraser l?opposition PMSD-RPR. En 2001 le MSM-MMM était un favori logique face au PTr-PMXD-MR. L?affaiblissement du MMM a changé la donne électorale et rendu la course plus ouverte.
Il est vrai que, tout comme celles de1996 et 2001, les municipales du 3 octobre prochain ont lieu dans le sillage de législatives ayant livré un verdict très clair. Au lendemain des élections générales, la dynamique électorale joue normalement en faveur du vainqueur. Des électeurs qui ont voté pour un camp aux législatives ne peuvent se dédire aussitôt après. Suivant ce raisonnement, l?alliance dirigée par Navin Ramgoolam part avec un avantage. Seulement, il y a un phénomène nouveau qui apparaît cette fois. Le soutien accordé au vainqueur des législatives était inégal.
Le PTr a puisé sa force surtout dans les régions rurales. En dépit de la majorité très large qu?il a finalement obtenue, le PTr-PMXD-MR n?a pas eu les coudées franches dans les villes. Dans quatre circonscriptions urbaines, dont Grande-Rivière-Nord Ouest/Port-Louis-Ouest, Curepipe/Midlands, Stanley/Rose-Hill et Beau-Bassin/Petite-Rivière ses adversaires ont remporté les trois sièges. Le MSM-MMM-PMSD lui a tenu la dragée haute dans les autres villes. Ce qui porte à croire que le grand vainqueur des législatives n?aura pas forcément le même succès aux municipales.
Il y a un ré-équilibrage des forces qui aurait dû normalement susciter plus d?enthousiasme chez les électeurs. Le PTr est requinqué et le MMM abattu. Mais le parti des Mauves dispose, historiquement, d?assises solides dans beaucoup de villes. Cette conjoncture se prête à une lutte serrée. Or, une lassitude généralisée caractérise la campagne.
Le taux de participation aux municipales organisées depuis 1988 a tourné autour de 40 % sauf en 1991 où il s?est élevé à 23 %, le PTr s?étant alors déclaré forfait. En 1985, quand les clivages politiques étaient très prononcés, ce taux avait atteint le chiffre exceptionnel de 70 %. Ces statistiques démontrent qu?il y a un lien direct entre la tension politique qui règne dans le pays et l?intérêt que portent les citadins aux municipales. La qualité des aspirants gestionnaires des villes et les programmes électoraux qu?ils proposent ont peu d?incidence sur la mobilisation des électeurs.
Le PTr aborde la campagne sur un registre inhabituel. Il est resté plutôt sobre et n?a pas aligné de grosses pointures. Il est possible que ses dirigeants se mettent volontairement en retrait pour éviter de donner un caractère de plébiscite national à ce scrutin. Cela leur permettra, dans l?éventualité d?un revers, de continuer néanmoins à gérer les affaires du pays dans la sérénité. Quant au MMM, il a fait référence à la dimension nationale de l?événement. On peut se demander si cet argument n?est pas contre-productif pour lui après les mesures populaires prises par le gouvernement depuis l?alternance. Il reste le civisme, seul facteur encore capable d?amener les électeurs à ne pas bouder les urnes.
Publicité
Publicité
Les plus récents