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À relire mes arbres
?pour saluer Noé Suret
Ma prédilection pour les arbres, le bois, remonte aux jours de l?enfance où je ne souffrais pas voir un adulte ou autre enfant, maltraiter un feuillage, une branche, pire : arracher gratuitement une feuille pour ensuite la laisser tomber avec indifférence. Je n?avais pas encore de faculté d?analyse, mais déjà, je trouvais ça cruel : l?arbre, qu?importe lequel, éveillait en moi, comme encore maintenant, une sorte de piété instinctive. La même que j?éprouve devant un jeune enfant et devant une vieille ou un vieillard. Un peu de romantisme bien placé ne fait de mal à personne? Donc, les arbres me touchent, m?interrogent et souvent m?étonnent quand ils ne m?émerveillent pas? Je dois à Noé Suret, un ébéniste mauricien, qui travaillait pour mon père dans la cour de notre maison, à Port-Louis, d?avoir décuplé et plus ma passion pour le bois. Ça sentait bon la sciure quand il utilisait le rabot, encore davantage quand de sa varlope, il faisait jaillir de larges copeaux qui parfois s?enroulaient en boucles autour de son poignet. Sa longue patience à sculpter le bois le plus dur, ébène, badamier ou autre eucalyptus sans se lasser, n?avait d?effet de comparaison que mon extrême impatience d?adolescent de voir, sous la caresse de ses doigts on dirait perpétuellement imbibés de vernis, surgir divers motifs de sa composition, le plus souvent des fleurs? Lors de mes séjours au pays natal, je ne compte pas les fois où j?ai tenté de savoir ce qu?était devenu mon tout premier fan d?artisanat mauricien, mais en vain. J?aurais tant voulu rendre grand hommage à Noé Suret, ne fut-ce qu?en lui accordant une interview radio ou écrite, pour qu?il me redise sa belle fréquentation, et qui sait, son union, toutes deux secrètes, avec le bois. En mince compensation, je lui dédie avec reconnaissance la présente livraison de mes Mémoriales? Une livraison toute végétale : à la librairie Exclusive Books de Pretoria, un livre-album paru en anglais chez Jonathan Ball
Publishers : The Remarkable Baobab de Thomas Pakenham, auteur de renommée mondiale, et dont un de ses chefs-d??uvre précédents du genre Remarkable Trees of the World, m?avait séduit au point que j?en avais envisagé une version française, projet qui me tient d?autant plus à c?ur que j?ai maintenant sous les yeux The Remarkable Baobab. L?Irlandais Thomas Pakenham, par ailleurs féru d?histoire de son pays et de celle de l?Afrique, double lauréat du Prix W.H.Smith et du Prix Alan Paton pour Scramble for Africa (Ruée sur l?Afrique), voue aux arbres une passion sans limites. Preuve en est qu?il n?hésite pas à parcourir le monde, à ses frais, pour d?abord pister, ensuite aller se documenter sur place et enfin photographier des arbres qui ont pour lui une histoire et une âme. Comme présentement The Remarkable Baobab. Un titre qui conviendrait au spécimen que nous connaissons bien à Maurice et que j?avoue ignorer depuis combien d?années, de siècles ( ?), il trône à l?entrée du Jardin de la Compagnie donnant sur la Chaussée, face le Musée de L?Institut. En effet, on retrouve dans le livre-album de Thomas Pakenham, le frère presque jumeau de notre Baobab national?Pour ma part, c?est en Afrique, au Sénégal, qu?au début des années 60, j?ai vu autant de baobabs dans une seule région donnée. J?en été fortement frappé, autant que la fois où, géant de liberté, dans un entourage de banians, j?ai surpris la présence quasi insolite d?un baobab dans les jardins du Taj Mahal, près d?Agra, en Inde?Telle n?est pas l?impression que l?auteur a laissée du malheureux spécimen transplanté du Venda, en Afrique du Sud, pour servir de curiosité aux joueurs invétérés du Sun City, près de la ville de Pretoria. On doit l?exploit au fameux propriétaire des lieux d?alors Sol Kerszner. ?L?arbre m?a paru terrible. En effet, il avait l?air d?un homme qu?on torturait. Ses branches principales avaient été coupées afin de faciliter son transport par camion, ses racines évidemment mutilées, des tubes attachés à son tronc. Le spectacle était choquant mais j?espérais qu?il ne durerait pas. Je revins l?année suivante, et à ma surprise, l?arbre, dans un sens, vivait encore, et bien. Le prisonnier avait l?air d?avoir tout ce qui lui plaisait. (?) Mais il avait toujours l?air d?un être tourmenté. Les nouveaux propriétaires (?) j?en suis persuadé, ont les meilleures intentions. Je pense qu?aucun des joueurs soit intéressé par cet arbre mutilé. Ce serait faire acte de miséricorde que de libérer le prisonnier et de le renvoyer chez lui.?? Le récit que fait Thomas Pakenham du ou des baobabs est ainsi semé de moments empreints d?une grande sympathie pour ces arbres souvent bizarres. Il les comprend. Il les aime, même quand ils ont des formes anarchiques comme le Géant de Hoedspruit, toujours en Afrique du Sud qui en compte au total quatre de même dimension, dont Le géant de Sagole, le plus grand baobab du monde. Dans la vallée du Limpopo, son âge lui donne son l?allure d?un roi. ?Il n?est pas étonnant que le chef tribal de la région, le Roi Shivasa du Venda s?y soit récemment rendu en procession solennelle avec tambours et danses. C ?était au moment où les astronomes avaient prédit que la vallée du Limpopo aurait la bénédiction d?une éclipse totale du soleil. Et que l?arbre vétéran ( le géant de Sagole) serait alors le point d?observation idéal pour le Roi Shivasa et sa suite?? D?autres spécimens aussi illustres poussent entre Broome et Derby, des contrées situées dans l?angle de l?extrême nord-ouest de l?Australie. L?histoire raconte que l?immense creux de certains baobabs qu?on y trouve ont servi de prisons : des aborigènes ayant échoué dans ses parages étaient enchaînés comme des esclaves et logés là durant les derniers jours de leur trajet jusqu?au tribunal de Derby. S?ils étaient déclarés coupables, ils étaient condamnés à travailler dans les pêcheries de perles(?) ?ce qui équivalait à une sentence de mort?? À propos de l?esclavage, toujours selon Pakenham, il y a long à raconter sur les baobabs dans les Caraïbes, plus particulièrement dans l?île Sainte Croix où les spécimens de l?arbre auraient été introduits au 17e et 18e siècles, les colonisateurs anglais et danois ayant débarqué avec leurs cargaisons d?esclaves : Blancs et Noirs auraient emporté des graines de baobab. Peu importent les versions, on dénombre à ce jour, à Sainte-Croix, plus de cent arbres?Mais à Madagascar, lorsqu?on tourne les surprenantes pages du volume que Thomas Pakenham a amoureuse composé, le baobab, dans sa forme de ?bouteille en sens inverse?, prend ses allures les plus majestueuses. On serait tenté d?en citer verbatim, les six uniques espèces rien que pour leur noblesse. Ce sera pour une autre occasion? Mais on ne saurait surtout pas quitter tout à fait le baobab, sans indiquer pêle-mêle certaines de ses catéchistiques les plus tentantes : les fleurs blanches se dégustent en salade ? les graines, grillées, elles sont délicieuses à croquer ? la pulpe qui entoure ces graines, une fois pressée donne un lait riche en vitamine C ? l?écorce peut être arrachée et comme pour le liège, servir de bouchons, pilée elle sert à fabriquer de la corde, des harnais, des lignes de pêche, des paniers et des filets, tissée elle sert à faire de la toile, aplatie elle est taillée en tuiles pour le toit? Bref, l?Avenue des baobabs malgaches au soleil couchant, à Morondava, est un miracle qui tient du réel et pas seulement de la légende de la fable? (à suivre)
?J?en été fortement frappé, autant que la fois où, géant de liberté, dans un entourage de banians, j?ai surpris la présence quasi insolite d?un baobab dans les jardins du Taj Mahal??
Edouard J. MAUNICK Pretoria, les 16-17.12.2004
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