Publicité
À la conquête du nouveau monde
Le monde change et le marché du travail aussi. Alors que le pays regarde vers de nouveaux secteurs pour remplacer ceux qui sont en perte de vitesse, la formation sera appelée à revoir ses priorités et son mode de fonctionnement. Divers acteurs de ce domaine tentent donc de relever les nombreux défis posés par l’industrialisation rapide du pays.
Selon le directeur du Human Resource Development Council (HRDC), Vinod Seegoolam, la nouvelle direction de la formation devra prendre en considération les besoins des jeunes qui terminent leurs études secondaires mais aussi ceux de la main-d’œuvre existante. Pour cela, le HRDC travaille sur un national human resource development plan sur lequel la politique en matière de formation sera “calquée”.
Le plan, qui est en voie d’être finalisé, a été conçu à partir d’un sondage de 15 000 employeurs. Il identifie quels métiers sont les plus demandés et les techniques qu’ils requièrent. Un national training guide sera également établi afin de permettre aux institutions d’adapter leurs cours en fonction de la demande. Il s’agira aussi de “redéployer et reformer” les travailleurs de certains secteurs vers les secteurs émergents identifiés par le gouvernement, en l’occurrence le seafood hub et le pharmaceutical village.
Les manquements actuels dans le domaine de la formation interpellent aussi bien les secteurs privé et public. De son côté le président de la Mauritius Employers Federation (MEF), Mookeshwarsing Gopal, parle d’une “crise de confiance”. Il plaide en faveur d’une “sensibilisation nationale à la création nationale de la richesse”. La MEF, qui collabore étroitement avec le HRDC et l’Industrial and Vocational Training Board (IVTB), compte initier à ce travail en offrant des conseils aux petites et moyennes entreprises.
Le président de la MEF pense que “sans efficacité et sans productivité, le pays ne pourra pas réussir” dans un monde de plus en plus compétitif. Pour le président de l’Association des centres d’appels de Maurice, François de Grivel, le marché du travail est “complexe”. L’Association sur laquelle il préside collabore avec le ministère du Travail afin de marier “les besoins du marché et la formation académique.” “ça ne se fait pas du jour au lendemain”, prévient-il. Le jeu en vaut la chandelle car les secteurs des centres appels et du business process outsourcing ont le potentiel d’employer 15 000 personnes.
Il explique aussi que le concept d’une éducation de classe mondiale élaboré par le ministère de l’Education ne devra pas se limiter à l’aspect académique des choses. Car “modernisation et restructuration” obligent, la formation continue devient le mot d’ordre.
<B>“La formation à vie est devenue incontournable”</B>
C’est l’opinion que partage le directeur du Centre pour le développement professionnel et la formation (CPDL) à vie de l’université de Maurice, Azad Parahoo. Pour lui, le défi des universités est de “mettre à la portée des apprenants (le mot est soigneusement choisi) quelque chose qui est flexible et qui peut accommoder les contraintes modernes”. “La formation à vie est devenue incontournable pour la survie”, soutient-il. Par exemple, un cadre moyen a “ besoin de diplômes” s’il espère être promu.
Cette philosophie est illustrée par le CPDL lui même. D’un centre réservé uniquement aux études à distance, il a changé de “vocation” l’année dernière. “On cherche surtout les gens qui travaillent déjà”, explique son directeur. Le CPDL offre donc une formation continue aussi bien à des policiers qu’à des infirmiers, à des cadres du transport maritime qu’à des enseignants. Azad Parahoo souligne également la nécessité de “mettre en place des mécanismes pour accréditer les connaissances acquises ultérieurement”. Ainsi, l’employé moderne doit être “multi-skilled, flexible et disponible à être reformé”.
<B>La formation : un domaine en pleine ébullition</B>
Pour sa part, le directeur de l’IVTB, Roland Dubois, explique que les grands défis de la formation consistent en partie à “répondre d’un côté aux demandes des industries pour des techniciens et, de l’autre, aux aspirations des gens qui n’ont pas reçu une éducation pointue”. En d’autres mots, il faut balancer des qualifications qui ne sont pas élevées avec des exigences qui le sont.
L’IVTB, qui a accueilli presque 3 000 étudiants en 2005, fait face toutefois à un problème de capacité. Les cours les plus prisés, tels la gestion hôtelière et le graphisme, peuvent attirer jusqu’à neuf candidats pour chaque place disponible. Cet organisme met donc en place un système qui verra ses étudiants passer cinq jours dans les entreprises et seulement un jour à l’IVTB. Ainsi, Roland Dubois espère “libérer des places pour répondre aux besoins conjoncturels”.
Il déplore toutefois que “le financement reste un problème. La formation professionnelle coûte cher.”
L’IVTB lancera bientôt un “joint programme” avec la compagnie mauricienne de textile grâce auquel les élèves seront garantis d’obtenir un emploi dans l’entreprise après y avoir suivi un stage de formation.
Le placement de jeunes dans des entreprises alors qu’ils poursuivent encore leurs études est une approche prometteuse. Depuis quatre ans déjà, un Student work experience programme (SWEP) existe à l’université de Maurice. Le SWEP permet à des étudiants de deuxième année de travailler dans une entreprise pendant leurs vacances.
Ceux qui souhaitent se former ailleurs peuvent se tourner vers le Centre d’information, d’orientation et de documentation (CIFOD) qui offre annuellement 50 bourses à des Mauriciens souhaitant étudier en France. Une commission composée de représentants du gouvernement et de l’ambassade de France décide des “secteurs prioritaires” dans lesquels les bourses doivent être attribuées.
Actuellement, ce sont les sciences, la médecine, le droit, l’économie, la gestion, l’hôtellerie et, le dernier venu, la psychologie qui sont considérés comme étant les secteurs prioritaires. Et comme l’explique la directrice du CIFOD, Roselyne Rivoire, “nous insistons que les jeunes retournent à Maurice”.
La tâche de concilier les demandes du marché du travail et l’offre en matière de ressources humaines reste plus ardue que jamais. Cependant le domaine de la formation est en pleine ébullition, même si de nombreux manquements logistiques et didactiques persistent. Mais comme le conclut un cadre qui travaille dans le secteur du textile, “On aurait dû s’y mettre il y a 15 ans de cela”.
Publicité
Publicité
Les plus récents