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À jeunes difficiles, parents coupables ?

10 avril 2005, 00:00

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Tout le monde parle aujourd’hui de la génération rebelle. Le thème est devenu récurrent, et ce sont souvent les parents que l’on montre du doigt. Dans certains pays, les politiques entendent même sanctionner ceux qui ne feraient pas leurs preuves en matière d’autorité vis-à-vis de leur progéniture. Qu’en pensent les parents?

« C’est facile de blâmer les parents quand on n’a pas d’enfants », lance une mère furieuse. «Vous croyez peut-être que c’est nous qui incitons nos enfants à se droguer », ironise une autre. Certains montent ainsi sur leurs grands chevaux et n’entendent pas qu’on leur colle sur le dos tous les maux de la société.

D’autres, en y réfléchissant, confessent qu’ils ont fait preuve d’un tel laxisme vis-à-vis de leurs enfants à certains moments, qu’ils n’ont plus aucune autorité sur eux. « J’ai peut-être eu tort de ne pas réprimander ma fille quand elle a emmené son copain à la maison. Maintenant, ils s’enferment dans la chambre et je ne sais plus comment leur dire que ça doit cesser. » Beaucoup sont déjà désemparés et impuissants face au comportement de leurs enfants . « Si j’ouvre la bouche, il risque de s’enfermer encore plus dans son monde, de ne se tourner que vers ses amis. D’ailleurs il m’a bien dit une fois”mo pa fime, mo pa droge, ki to le plis ki sa, ale get deor ki bann zenn fer, to a trouve si mo move” », raconte un père.

<B>Poser les limites dès la petite enfance</B>

Un enseignant qui essayait d’avoir un dialogue avec un parent d’adolescent difficile s’est retrouvé sur le banc des accusés : « C’est à cause de gens comme vous, qui disent que l’adolescence est une période difficile, que c’est normal que les jeunes soient rebelles et que les parents doivent les comprendre, que nous en sommes arrivés là », lui a lancé le parent.

En tout cas, ce qui est sûr pour les professionnels que nous avons rencontrés, c’est que les parents se doivent de poser des limites, de transmettre les règles de vie, d’accepter de frustrer parfois pour le bon développement et l’équilibre de l’enfant. Ils sont les garants des règles. Ce n’est certes pas chose facile. « Il ne suffit pas de blâmer, il faut aussi comprendre que les parents n’apprennent pas à jouer ce rôle dans une école. On ne leur a pas appris les techniques de communication, ainsi, quand ils essayent de poser des limites, ils le font souvent mal, et les jeunes se braquent », explique Wirinu Kanjaristic, présidente de l’association Teens in Control.

Le sociologue Om Varma est d’avis qu’élever un enfant est plus difficile aujourd’hui parce que ce dernier se retrouve avec tant de distractions, qu’il a du mal à distinguer entre le bien et le mal. Comment réagir face à un jeune qui ne cède pas devant les explications calmes, ni les menaces ? « Mon fils a refusé de quitter sa chambre pour venir dire au revoir à ma sœur et à sa fille qui quittaient le pays. Il en voulait à la fille qu’il traitait de pimbêche. Je ne pouvais pas en parler, j’ai dû dire qu’il était malade », explique une mère. Pour Om Varma, c’est dans la petite enfance qu’il faut déjà poser les limites. « Quand cette base existe déjà, c’est plus facile après. Atten-tion , cela ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de problèmes à l’adolescence, et il faudra toujours faire des ajustements. »

Il est vrai que parfois, par peur de provoquer des conflits, par crainte d’être moins aimés, les parents laissent faire.

« Je passe mon temps à dire à mon fils de ranger sa chambre, en vain. Maintenant, je préfère passer derrière et ranger moi-même. Je me stresse au travail, je me stresse avec mon mari, je ne vais pas maintenant me ronger les sangs avec mon fils. » Le hic, c’est que si vous supportez tout sans broncher, l’enfant se croira tout-puissant, et vous ne pourrez plus asseoir votre autorité. À l’opposé, il existe des parents qui cherchent absolument à s’imposer, quitte à avoir recours à la violence. Ils ont alors l’illusion d’avoir un pouvoir sur l’enfant, mais on sait bien que si on doit arriver au point de hurler et de cogner, c’est qu’il y a un sentiment d’impuissance.

Quoi qu’il en soit, il n’est jamais trop tard pour redresser la barre en usant du dialogue, ce qui ne sera pas pour autant de tout repos. N’empêche, la relation parents-adolescents pourrait se passer mieux. Un enfant n’est jamais content quand on le punit ou quand on l’empêche de sortir à n’importe quelle heure, mais il sait que le parent a raison, quand c’est juste ou non.

JAYA BALGOBIN, PSYCHOTHÉRAPEUTE

<B>« Les enfants apprennent en imitant les adultes »</B>

<B>On accuse les parents de manquer d’autorité. Qu’en pensez-vous ? </B>

On ne doit pas blâmer les parents et oublier que les jeunes peuvent très bien distinguer entre le bien et le mal. Il existe, en plus, de nombreux facteurs psychologiques, sociaux et biologiques qui expliqueraient les variables liées aux troubles de comportements dans l’enfance et l’adolescence. Toutefois, les parents jouent un rôle déterminant dans l’upbringing de leurs enfants.

<B>Pourquoi semblent-ils avoir autant de mal à éduquer leurs enfants ?</B>

Il y a plusieurs facteurs. Les messages qu’on reçoit de la société sont « sois le meilleur », « sois parfait ». Tout est axé sur les performances. Les parents en retour ressentent cette pression et cela sabote souvent la qualité de la relation qu’ils ont avec leurs enfants. Certains adolescents tiennent parfois la famille en otage parce qu’ils ont des « armes » à leur disposition (anorexie, pensées suicidaires, etc.). Les parents ont alors peur de fragiliser le rapport qu’ils ont avec leurs enfants. Cette crainte peut, en partie, provenir d’un sentiment de culpabilité si les deux parents travaillent trop et ne consacrent pas suffisamment de temps à leur progéniture. En voulant les protéger des difficultés, ils n’apprennent pas à leurs enfants à se maîtriser, chose essentielle pour le développement du caractère de la personne.

<B>On dit souvent que les enfants d’aujourd’hui sont trop gâtés. Qu’en pensez-vous ?</B>

Je souscris aux idées du célèbre psychologue Dan Kindlon. Certains pa-rents ont une tendance à accepter tous les caprices de leurs enfants. Et en retour ils exigent trop peu. Ainsi, ils entravent une partie de leur développement. Les parents qui se plient en quatre pour que tout soit parfait pour leurs enfants et qui détestent quand ces derniers sont dérangés, les poussent à se sentir comme le centre du monde. Les enfants qui reçoivent tellement sans avoir à travailler pour cela peuvent ne pas développer le code d’éthique dont ils auront besoin plus tard dans la vie.

<B>Que pensez-vous des parents qui sont amis avec leurs enfants ?</B>

Si être l’ami de votre enfant signifie que ce dernier vous fait confiance et peut vous parler de tout et de rien sans crainte d’être grondé, méprisé or jugé, alors naturellement tous les parents doivent être des amis avec leurs gosses. Mais il faut aussi mettre en place des paramètres et les respecter.

<B>Comment faire pour bien encadrer son enfant ?</B>

Les enfants apprennent en regardant et en imitant les adultes autour d’eux. Être un bon parent, c’est aussi être un bon role model pour ses enfants. C’est donc savoir écouter sans juger, prendre du temps et du plaisir à faire des activités avec ses enfants, ne pas se détacher de ses responsabilités et mettre cela sur le dos de quelqu’un d’autre, ne jamais mentir à ses enfants, s’intéresser à tout ce qu’ils font. C’est aussi et surtout savoir gérer son tempérament et ne pas avoir recours à la violence physique et verbale. Beaucoup de parents veulent que leurs enfants soient de « bons petits soldats », qu’ils aient les meilleures notes à l’école, etc. car tout ce qu’ils font rejaillit sur eux. Je ne dis pas qu’un parent ne doit pas vouloir le bien-être de ses enfants, mais attention à ne pas leur imposer vos attentes et vos rêves.

<B>Et quand la punition est inévitable?</B>

Elle doit suivre immédiatement la rupture d’une règle et elle doit être faite calmement. Elle ne doit toutefois pas inclure le retrait de l’amour et de l’affection. Elle n’est pas une affirmation de la puissance, de la colère, ou de la frustration d’un parent et doit inclure des explications claires et justifiées. Il faut que la punition soit une pénalité ou une perte provisoire du privilège. Elle ne doit surtout pas revêtir la forme d’une douleur physique ou émotive. Nous érodons le self esteem des enfants quand nous les humilions.

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