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À bas la violence !

8 octobre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Bann dimounn ine anlev moi. Zot finn fors moi prostitie ek pran ladrog. Finn ariv enn moman kot mo ti pe panse pou suiside. Ena tro boukou mizer pou rakont tou. » Un témoignage terrible. Puis vient une autre histoire, différente, certes, mais toujours cette même misère et cette même souffrance.

Elle, n?a que 17 ans mais a déjà un lourd fardeau à porter. « Mo papa ti pe boir, ti pe batte mo mama, mo frer, mo ser ek moi. Mo ti pe gaign per lerla monn ale ress kot enn paran. » Les tourments de cette jeune fille ne cessent pas pour autant. Bien au contraire, la situation ne fait qu?empirer là où elle croyait enfin trouver un refuge. Là-bas, elle se fait violer et n?a aucun d?autre recours que de retourner chez elle, dans cet univers déjà cauchemardesque. Au cours d?une énième bagarre, elle devient le témoin du meurtre de sa mère par son père.

Les vies de ces femmes qu?on appelle des survivors sont entachées de ce mot : « violence ». Elles en témoignaient lors de l?atelier gender justice organisé du 3 au 5 octobre par la Media Watch Organisation, en collaboration avec Gender Links (GL) d?Afrique du Sud.

Paradoxalement, pour reprendre les mots de Loga Virahsawmy la présidente de Media Watch, « à Maurice nous avons les meilleures lois qui peuvent exister ». En effet, il existe le Criminal Code, le Child Protection Act, le Sex Discrimination Act, le Domestic Violence Act, ou encore le Sexual Offences Act. N?empêche, la violence continue et prend d?autres dimensions.

La liste est longue et choquante

« Dans quel monde vivons-nous ? Viols, incestes surviennent trop souvent. Une fillette de dix ans qui donne naissance à un bébé dont le père et le grand-père sont la même personne, une vielle dame qui se fait violer ! » martèle Loga Virahsawmy. Ces mots viennent accentuer la vive émotion et l?indignation suscitée par la projection d?une vidéo, qui a fait l?ouverture de l?atelier, et de témoignages poignants de femmes racontant leurs souffrances en tant que victimes de violence. La liste est longue, choquante et ne peut laisser de marbre.

Force est donc de constater que toutes les lois qui existent à Maurice ne sont que de fragiles remparts protégeant à peine les victimes de cette violence qui vient briser leur vie. Les survivors présentes lors de l?atelier ont réussi à s?en sortir, non pas grâce à l?aide des autorités, mais surtout par la main tendue des ONG qui leur ont offert une écoute plus humaine et attentive.

Membres d?ONG, fonctionnaires de différents ministères, professionnels du social et religieux ont donc profité de cet atelier pour se pencher non seulement sur les moyens à mettre en place pour arriver à bout de la violence, mais aussi sur l?encadrement qu?on donne aux victimes. Ils ont travaillé sans relâche durant ces trois jours et ont partagé leurs expériences dans différents domaines de spécialisation. Au bout de leur réflexion, ils ont produit un plan d?action contenant une liste d?amendements à être apportés pour que cesse cette violence qui détruit.

Différents aspects ont été analysés pour parer aux différentes formes de violence qui peut être physique, sexuelle, verbale ou morale. Il est question en premier lieu de simplifier les procédures et de les rendre plus rapides. Le suivi adéquat, par des professionnels, des victimes, mais aussi des abuseurs, est aussi revenue sur le tapis. Pour ce qui est des délits sexuels, le plan d?action prône l?élargissement de la définition du viol pour y inclure le viol marital.

Des peines plus sévères

Il demande également que dans certains cas, l?avortement soit permis. L?importance d?établir une family court est de nouveau mise en avant.

En outre, le plan d?action parle d?offrir des infrastructures plus adéquates et bien plus accueillantes pour les victimes.

Le plan insiste aussi sur la nécessité d?utiliser un langage neutre dans la législation. Il touche le harcèlement sexuel au travail, une meilleure protection contre la violence domestique, des peines plus sévères à l?encontre des abuseurs, la sécurité dans les lieux publics tels que les arrêts d?autobus, la sensibilisation des enseignants, des parents et des médias, etc.

Ce plan d?action sera prochainement présenté au ministre de la Justice, au ministre de la Femme, ainsi qu?au Premier ministre, dans l?espoir que ces propositions soient prises au sérieux et amènent des amendements au niveau de nos lois. Mais tout le monde est conscient que les lois ne suffisent pas pour changer les mentalités.

Nita Deerpalsingh n?hésite pas, par exemple, à montrer du doigt les textes des différentes religions qui confèrent une position de subordonnée à la femme dans la société mauricienne. Elle souligne le fait que, dans plusieurs cas, son manque d?éducation la rend économiquement dépendante.

« Nous pouvons signer des conventions, mais sur le terrain comment cela se passe ? » se demande Loga Virahsawmy. L?attitu-de de ceux qui travaillent avec les victimes de violence est tout aussi importante, et une prise de conscience s?avère primordiale à ce niveau.

Georgette Talary, qui travaille au Centre Chrysalide, considère que certains officiers de police n?ont pas de considération pour les prostituées qui sont victimes de violence. « Les policiers banalisent ce genre de situation. Lorsqu?ils voient arriver une femme bien habillée et une autre habillée pauvrement, leur attitude est complètement différente. » Ainsi, une femme peut se rendre à plusieurs reprises au poste de police, mais être renvoyée à chaque fois.

« Dans ces cas, les femmes sont découragées et ne se rendent plus au poste de police, elles n?ont pas d?appui et se retrouvent seules. » En résumé il y a encore beaucoup à faire pour instaurer une gender justice à Maurice. Le combat contre la violence devrait être celui de tout le monde. La manière de faire, mais aussi la manière de penser, sont tout aussi primordiales dans ce combat.

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